- Image : un enfant attend la nourriture à Mogadiscio ce 24/7
Le spectre de la famine ressurgit en Afrique et relance les habituelles et nécessaires campagnes d’aide afin de parer au plus pressé. Cette famine était plus que prévisible, sans compter que ce genre de phénomène, a tendance à se répéter de manière cyclique et qu’il se répètera tant que l’on n’aura pas changé les bases d’une organisation politique et économique mondiales produisant des effets pervers tels, notamment, les famines à répétition dans des endroits bien spécifiques de la planète. Après, les ONG et l’ONU, malgré toutes les bonnes volontés et le cœur mis à l’ouvrage, ne pourront que colmater quelques brèches, endiguer l’hémorragie et attendre la prochaine –parler de colmater des brèches et d’endiguer l’hémorragie lorsqu’il s’agit de morts d’innocents par centaines de milliers, de 500.000 enfants de moins de dix ans condamnés dans les semaines qui viennent à mourir de faim, possède, je vous le concède, effectivement quelque chose d’indécent. Cette indécence n’est pas à mettre sur le compte de l’auteur de ce propos, mais bien sur cette perversion généralisée d’un système qui ne peut ne pas produire ce genre de résultats, ce type de conséquences et qui, par après, se lave les mains en se donnant bonne conscience grâce à de gigantesques campagnes de mendicité organisée et d’énormes messes médiatiques orchestrées par des chanteurs ou des personnalités, par ailleurs, milliardaires et à la générosité sans appel.
Perversion généralisée dont une autre conséquence se reflète dans cette atrocité sans nom commise ce week-end par un demeuré, imprésentable et xénophobe Norvégien. On rapporte qu’il serait «du genre isolé mais avec un énorme réseau virtuel »… On rapporte. Or, l’essentiel n’est évidemment pas là. D’abord, toutes ces attaques très récentes contre le multiculturalisme qu’ont lancées Merkel, Cameron et les autres sans autre argument que la caresse à « l’opinion publique » dans le sens du poil, ensuite l’idée de croisade qui règne en maîtresse depuis la chute du Mur, comme s’il s’agissait d’une nouvelle guerre de religions (crise de civilisation tonnent certains), enfin l’endoctrinement des forces de l’ordre qui, par la force des choses et de manière collective, s’en rapportent principalement au faciès et permettent à de gentils blonds, propres sur eux et provenant de zones rurales, de s’en donner « à cœur joie », seuls, sans contrôle, sans la moindre suspicion. Ce à quoi il faudrait ajouter deux points qui sont d’importance et qui, eux aussi, ont avoir avec la perversion du système : la crise économique (avec ses détissages des liens sociaux et la création de liens mélancolico-virtuels ou liens sociaux mélancoliques et/ou virtuels) ; l’absence d’alternative réelle qu’offrent les partis politiques du « spectre démocratique » et qui laissent l’extrême-droite en position d’unique porteuse d’alternative réelle hors l’image d’Epinal du « capitalisme à visage humain » que prônent, Urbi et Orbi, l’ensemble et redonne une crédibilité, une respectabilité, même, à des individus tels que les membres du FN en France, la droite radicale en Espagne ou en Italie, aux droites des anciens pays de l’Est (très occupés, quant à eux, à enfermer les Roms dans des camps de travail), etc.
Il ne faut pas chercher ailleurs que dans cette perversion du système (que gèrent les agences de notation et les tenants de masses faramineuses d’argent virtuel sur des marchés virtuels, avec des intérêts et des paris aux remboursements de dettes virtuelles), les élans des « indignés » d’Afrique, du Makrech, d’Espagne ou d’ailleurs. Des sociétés sans perspective à moyen ou à long terme (je parle des citoyens car les multinationales, quant à elles et à en croire les derniers chiffres avancés, se portent comme des charmes) ; des sociétés sans cohésion ni au niveau des discours ni à celui des pratiques nationales ou internationales et qui privilégient l’excellence, la réussite à tout prix et le bonheur comme objectif ultime, quel qu’en soit le prix, ne peuvent produire que des frustrations, des adultes frappés du sceau de l’enfant « tyrannique et tout-puissant », des demeurés ou des dégénérés, quand ce n’est (et voilà bien le pire des symptômes et sans doute notre seul espoir) des révoltés, des indignés prêts à se battre pour que les choses changent. A se battre, pacifiquement, pour que cette toute-puissance n’amène plus personne à abuser d’autrui, fut-ce dans le luxe et fut-ce dans des lieux dits privés, plus personne à prendre son nombril pour le centre de l’univers (un univers virtuel, dans lequel tout est possible, mais qui évacue l’autre) ; qu’il n’y ait plus personne pour accepter que l’ONU en soit réduite à venir panser des plaies que, par ailleurs, elle aura elle-même (l’immense majorité de ses membres) ouvertes…
Oui, il reste encore pas mal de boulot : la situation semble désespérée et il faut bien se dire que ce n’est pas si grave –à moins que ce ne soit l’inverse. Les pages de ce blog, toute modestie à part, sont pleines de ces « possibles » atroces qui ne pourront pas ne pas germer toutefois que nous laisserons, par notre passivité ou notre inconsistance, le terreau en l’état !
José Camarena 250711
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