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lundi 24 décembre 2012




Vidéo en ligne 'La monnaie, du pouvoir d'achat au pouvoir d'être'




La monnaie, du pouvoir d'achat au pouvoir d'Être : Ce film a vocation d'éclairer sur la question monétaire afin de gommer l'ignorance qui nous tient en esclavage et de voir comment il est possible de mettre l'argent au service de l'humain et de la planète. Cette video en ligne comporte 7 séquences.  En voici les liens :
  1. Séquence 1
  2. Séquence 2
  3. Séquence 3
  4. Séquence 4
  5. Séquence 5
  6. Séquence 6
  7. Séquence 7



Source: Blog de Philippe Derruder

mardi 27 mars 2012

Etienne Chouard n'est pas mort, il soigne les orphelins du « non »

Les candidats à l'élection présidentielle draguent la « France du “non” ». En 2005, un homme avait été son porte-parole. Sept ans après, Etienne Chouard reste mobilisé.


Etienne Chouard, chez lui, en mars 2012 (Mathieu Deslandes/Rue89)
François Hollande et Nicolas Sarkozy sont d'accord au moins sur un point : pour l'emporter le 6 mai, il faut « réconcilier la France du “oui” et la France du “non” ». Ces deux camps dessinés en 1992 lors du référendum sur le traité de Maastricht et renforcés treize ans plus tard à l'occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen.
En 2005, la « France du “non” » avait un héraut : Etienne Chouard. Un prof marseillais qui avait fait l'effort de décortiquer le projet de Constitution européenne avant de recenser toutes les raisons qu'il y avait de s'y opposer. Son blog était devenu un point de ralliement.
Sept ans après, Etienne Chouard reste une référence pour de nombreux « nonistes ». Ils le lisent, lui écrivent, l'invitent à prononcer des conférences. Depuis un an, cet émotif volubile aux faux airs de Guy Forget est en tournée permanente. Lyon, Montpellier, Nice, Gap, Paris, Bruxelles...
Un soir, il se produit dans une MJC ou un café citoyen ; le lendemain, dans une université ; la semaine suivante, dans une antenne d'Attac ou chez des militants mi-écolos mi-« indignés ». « On est quelquefois 15, quelquefois 200. En général, on est autour de 80. » Ça peut durer cinq, six, sept heures. Refaire le monde est un marathon.

« Je fais comme Hippocrate »

L'invitation est souvent lancée par « des vieux militants qui se battent contre les injustices sociales depuis trente ou quarante ans ». Ils « se sont rendu compte que ça ne changeait rien mais reprennent espoir quand ils m'entendent, parce que je leur apporte une lumière ».
A tous, cet athée de 55 ans révèle que « nos malheurs » (la catastrophe écologique, la destruction des services publics, l'exploitation au travail, le règne de l'argent...) ont été rendus possibles « à cause de notre impuissance à résister ». Il indique :
« Je fais comme Hippocrate. Je cherche à remonter la cause des causes. Il est vain de s'en prendre aux conséquences. »
Il croit que cette « impuissance à résister », cette « infantilisation », est « programmée dans la Constitution ».
Comme « ceux qui rédigent les Constitutions pensent d'abord à préserver leurs intérêts », pour « changer les choses », et instaurer « la vraie démocratie », il ne voit qu'une seule voie : tirer au sort des citoyens qui écriraient eux-mêmes une nouvelle Constitution, « comme en Islande et en Colombie britannique ».
Ils sont quelques uns à s'être déjà mis au travail. Pendant trois ans, à Aix, au sein d'une « université populaire ». Désormais sur le forum et « le wiki » hébergés sur le site d'Etienne Chouard.

« Je suis prêt à croiser le fer avec Hollande »

Son modèle est vieux de 2 500 ans ; c'est la démocratie athénienne.
« On vient de vivre 200 ans de gouvernement des ultrariches. Mais les hommes ont déjà inventé un autre système qui a marché 200 ans aussi. Ils tiraient au sort des délégués pour six mois et le président d'Athènes était tiré au sort tous les jours. »
Il est convaincu que « mettre du tirage au sort en politique va tout changer en bien ». Il est très sûr de lui :
« J'ai des milliers d'heures de travail là-dessus, je me sens invulnérable, je prends Strauss-Kahn ou Giscard d'Estaing quand ils veulent en débat, je n'ai pas peur. Je suis prêt à croiser le fer avec Mosco, Hollande, Barroso, toute la clique. »
Des extraits de certaines de ses conférences circulent sur Internet. Tous les jours, le « père Chouard » – comme il dit – est destinataire de témoignages de gens bouleversés d'avoir enfin identifié une issue possible. Ils l'ont aussi encouragé à se présenter à l'élection présidentielle : « On aurait quelqu'un derrière qui se mettre... »
Patiemment, il a répondu qu'il ne cherchait pas à être élu. « Je cherche juste le bien commun, je ne veux pas le pouvoir, le pouvoir transforme toujours les êtres – c'est pour ça que les Athéniens avaient mis en place une rotation des charges. »

« Je pense comme Robespierre »

Il ne donnera pas non plus de consigne de vote à ses disciples :
« Comment choisir entre le cancer et le sida ? J'aime beaucoup Mélenchon mais il ne veut pas sortir de l'UE. Des lecteurs me disent qu'ils veulent voter Le Pen pour tout faire péter, mais ce n'est pas comme ça qu'on sort du piège.
Hollande fera la même chose que Sarkozy, à quelques bricoles près. C'est un jeu de dupes. On va perdre dans tous les cas. Ce sont tous des marionnettes aux mains des hommes d'affaires. »
Les riches ! Chouard y revient toujours. « L'histoire de la République, c'est celle du gouvernement par les riches pour les riches », répète-t-il. « Qu'est-ce qu'ils se sont goinfrés depuis 200 ans, les Versaillais ! »
Il pense que « l'argent gouverne tout », que « l'élection met toujours Goldman Sachs au pouvoir ». La preuve ? « Les grandes avancées ont toujours été portées par la grève générale, jamais par l'élection. »
Entre deux bouchées de pintade, il peut déclarer : « Je pense très profondément, comme Robespierre, que les trop riches sont les fléaux de l'humanité. » Ou encore :
« La logique de l'Union européenne et des entreprises, c'est des salariés privés de moyens de résistance qui doivent se contenter des rémunérations les plus basses possible. Le bout du bout de cette logique, c'est les camps de travail. C'est bien plus dur de se battre contre ça que contre le fascisme à la papa. »

« Je suis bientôt mort »

Les références historiques et théoriques prolifèrent dans son discours. Depuis 2005, il est lancé dans une quête intellectuelle forcenée. Il vit avec les auteurs qu'il découvre, parle d'eux comme d'êtres familiers.
Au fur et à mesure qu'il investit une nouvelle période, il établit des parallèles avec le présent : « On ne comprend rien à notre époque si... » Il repère des permanences, des sens cachés, des forces à l'œuvre derrière les événements. Cela le réjouit et le terrifie à la fois :
« Fallait m'apprendre tout ça à l'école. A 50 ans, c'est trop tard. Je suis bientôt mort. »

Etienne Chouard, chez lui, en mars 2012 (Mathieu Deslandes/Rue89)
Sa bibliothèque contient désormais 3 000 livres. « Je les ai tous feuilletés, mais je ne vais pas avoir le temps de tous les lire en entier. » Alors il les scanne, page à page, en écoutant des enregistrements de conférences de l'historien Henri Guillemin, puis il les « transforme en documents pour y faire des recherche par mot-clé ».

« Comme un fumeur en manque »

Il y a des papiers partout et une poubelle Obélix. On parcourt les rayonnages :
« Y a les anars, les cocos, ceux qui résistent au travail et à l'idéologie du progrès. Ici, c'est les républicains radicaux, là la pensée de la résistance au totalitarisme... Orwell, Michéa, Lasch, c'est génial.
Puis on a ceux qui s'intéressent à la fabrique du consentement et les lanceurs d'alerte. Le colonialisme, l'économie générale, la création monétaire, les théories du gouvernement représentatif, la critique du sionisme, la critique de Freud, l'éthologie...
Mon fil d'Ariane, c'est la résistance aux abus de pouvoir. »
(Dans cette logique, il rêve d'être végétarien, il a arrêté la viande trois mois, mais il avait mal partout, « comme un fumeur en manque ».)
C'est un peu vertigineux. Il a l'impression de toucher du doigt la vérité. De l'avoir atteinte au terme d'une démonstration méthodique. Il supplie :
« Si je me trompe, qu'on me le montre. Je ne demande pas mieux. Mais qu'on ne me dise pas que je suis paranoïaque, c'est un argument de cour de récré. »

« Je m'en fous du 11 Septembre »

Parano ? Il se voit aussi régulièrement accusé d'avoir « glissé à l'extrême droite » et d'être devenu « complotiste » :
  • parce que sa critique du parlementarisme et des élites est jugée « fasciste » (« Ils oublient que cette critique relève aussi d'une tradition anarchiste libertaire ») ;
  • parce qu'il a eu le malheur d'avouer qu'il trouvait Thierry Meyssan « intéressant » et qu'il n'avait « rien trouvé de diabolique dans ses écrits » ;
  • parce qu'il estime qu'on ne connaît pas « toute la vérité sur le 11 Septembre ».
Il s'explique :
« Je m'en fous du 11 Septembre. Mais on m'a posé la question un jour et j'ai répondu. C'est devenu le truc qui sert de marqueur pour savoir qui peut parler ou pas. Or, moi, je suis pour l'isegoria, le droit de parole pour tous à tout propos. »
En 2005, ceux qui voulaient le discréditer insistaient sur son statut de prof « de BTS » et rappelaient que son œuvre publiée se composait en tout et pour tout de deux méthodes d'informatique (« Créer une application avec Access » et « Prendre de bonnes résolutions avec Excel »).
Il enrage autant qu'il y a sept ans. Et recourt au même remède : le parapente. « Ce qui compte », dit-il, « c'est voler ». Danser avec les martinets dans les nuages. Survoler Gréoux, Valensole, Digne, et toute la chaîne de la Blanche, le lac de Serre-Ponçon au soleil couchant, déboucher face au Grand Morgon. Et rentrer en stop. « La vie est plus belle en haut qu'en bas. »
On vient de se parler cinq heures d'affilée. Il a été tour à tour enthousiaste, grave, inquiet, grandiloquent. On va se quitter et tout à coup, il s'assombrit. Il a une question :
« Est-ce que vous pensez que je pourrais être devenu fasciste sans le savoir ? »

mardi 28 février 2012

 L'UNIVERSITÉ DES VA-NU-PIEDS

 A Rajasthan, en Inde, une école hors du commun forme hommes et femmes venant de milieux ruraux -- illettrés pour la plupart -- pour devenir ingénieurs en énergie solaire, artisans, dentistes et docteurs dans leur propre villages. Elle s'appelle l'Université des Va-nu-pieds, et son fondateur, Bunker Roy, nous explique comment elle fonctionne.

mercredi 22 février 2012



Contrôler le respect de l'isègoria         
        Etienne Chouard

La liberté d'expression (la vraie) est un pilier fondateur — absolument indispensable — de toute démocratie digne de ce nom.

L'appropriation des médias de masse par les acteurs les plus riches du pays est une plaie pour l'essence même de la démocratie.

Les éditorialistes subordonnés de ces médias vendus (au sens strict) façonnent de plus en plus l'opinion selon une idéologie qui n'a manifestement plus rien à voir avec l'intérêt général.

Le petit monde des éditocrates (qui monopolisent la parole publique) discrédite radicalement tout acteur public défendant une pensée vraiment dissidente (par exemple, contre l'Union européenne, ou contre le sionisme, ou contre la thèse officielle sur le 11 septembre), en l'accusant commodément "d'adhérer à la théorie du complot" (sic) ; ce banissement professionnel systématique en cas de trangression d'une pensée officielle met en danger la liberté d'expression, pilier protecteur de la démocratie.

Comment ?! Tu crois, toi aussi, à la théorie du complot ?! Ha ha ha...
 
Étienne Chouard : la liberté d’expression, la... par cinequaprod

lundi 13 février 2012

Athènes, janvier 2012

13 février par Patrick Taliercio
Des images d’Athènes sous austérité avec Sonia et Giorgos Mitralias.

 Source:CADTM





MÉMOIRES D’OUVRIERS



Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).
Le 9 février 2012.
« Mémoire d’ouvriers » est le nouveau film réalisé par Gilles Perret qui veut ancrer la parole ouvrière au cœur de la campagne de l’élection présidentielle et des législatives.
Le M’PEP vous invite à faire circuler l’information dans le cadre de vos organisations ou réseaux, afin de démultiplier les initiatives locales. Par exemple, les salles Art et Essai dans votre ville peuvent être sollicitées pour organiser une soirée-débat autour du film. Le M’PEP peut fournir des intervenants.
  • Bande annonce du film :

 


BA De Mémoires d'Ouvriers par lavaka

samedi 11 février 2012

 L’élection n’est pas la démocratie
  1. L’élection permet essentiellement de choisir parmi des candidats déjà présélectionnés par des partis politiques
  2. Une campagne électorale coûte cher, se faire élire coûte très cher, le soutien de puissances d’argent est indispensable
  3. Obtiennent donc des pouvoirs sans contre-pouvoir les membres d’une caste politique (qui forment une oligarchie) redevables de leur élection à des puissances d’argent
  4. La véritable démocratie n’utilisait pas l’élection mais le tirage au sort pour choisir ses représentants
  5. De plus la véritable démocratie confiait des pouvoir limités à ses représentants pour un mandat court
  6. Et enfin la véritable démocratie organisait des contre-pouvoirs efficaces
Conséquence de ces institutions en général et du tirage au sort en particulier, la véritable démocratie athénienne a permis pendant 200 ans que les pauvres soient toujours au pouvoir et jamais les riches. Ce qui n’a pas empêché la société athénienne de prospérer.
L’élection est utilisée en France depuis 200 ans et a toujours provoqué mécaniquement le résultat inverse : le pouvoir des riches toujours, le pouvoir des pauvres jamais. Vous en subissez chaque jour les conséquences (cf. chapitre 1).
Elle n’a jamais été un outil démocratique et pourtant nous vouons un culte quasi religieux à l’élection. Le tirage au sort est à redécouvrir.

Les citoyens frnçais n’ont pas décidé un beau jour d’élire leurs représentants. Le principe de l’élection des chefs (qui devraient en fait être nos serviteurs) est inscrit dans notre constitution, la loi supérieure du pays. Savez-vous qui a écrit la constitution ?


mercredi 8 février 2012

6 mai 2012, Le printemps Français...
Daniel Mermet -
Labas si j'y suis (France Inter) .




mardi 7 février 2012

Comment construire une conférence gesticulée...Avec Frank Lepage


Une conférence gesticulée, c'est de l'autobiographie, de l'analyse, et de la théorie,
Mélange de choses vécues et de choses comprises et de choses apprises.
Pour construire une conférence gesticulée, contactez nous.
Et regardez celles en cours avec le Théâtre du grand parquet à Paris.

Une conférence d’accord, mais pourquoi « gesticulée « ?



On pourrait définir la conférence gesticulée comme la rencontre entre des savoirs chauds et des savoirs froids.
Cela ne donne pas un savoir tiède, cela donne un orage ! Les savoirs « chauds » : savoirs « illégitimes », savoirs populaires, savoirs politiques, savoirs de l’expérience…savoirs utiles pour de l’action collective…d’où l’idée « d’inculture », ou encore de « conte politique non autorisé »…s’il faut faire partie du CNRS pour être autorisé à poser une parole publique en France sur un sujet, du coup, ce qu’on a compris pendant 20 ans d’activité ne vaut pas grand-chose et n’a que le statut méprisé d’« états d’âme ».

Les savoirs « froids » : L’université publie d’excellentes analyses politiques, sociologiques, sur tous les sujets dont nous avons besoin…Boltanski et Bourdieu sur la culture du capitalisme, Castels sur le social, Eme et Wuhl sur l’insertion, Dubet sur l’école, Donzelot sur la Ville…comment se fait il que ces savoirs ne servent à rien dans la mobilisation et l’action collective ? Les « acteurs » sociaux ne lisent pas ou peu la production des intellectuels, qui elle-même ne rencontre pas ou peu le travail des acteurs sociaux.

On pourrait rétorquer que les assistantes sociales n’ont qu’à aller dans les colloques mais quand donc les colloques s’intéresseront ils au travail de l’assistante sociale ? Et à Quelle occasion aurons nous la chance de nous faire raconter, expliquer, et analyser le travail d’une assistante sociale, auquel – il faut bien le dire – nous ne connaissons rien !
L’idée de la conférence gesticulée est celle d’une transmission, qui n’est JAMAIS autorisée, jamais organisée : la transmission de l’expérience collective, (c'est-à-dire politique) que nous emmagasinons au fil de notre expérience. La conférence gesticulée est une arme que le peuple se donne à lui-même. C’est une forme volontairement pauvre, pour ne pas être parasitée par des considérations « culturelles » où l’esthétique prendrait le pas sur le politique. Permettre à autrui d’entrer dans notre subjectivité et d’y atteindre l'universel et donc le politique. Dévoiler les systèmes de domination à l’œuvre tels que nous les avons vécus et rassembler des savoirs utiles pour l'action collective

1 – Le contenu

- Un récit personnel, des anecdotes autobiographiques, qui illustrent et rendent « véridiques » les analyses. Le pouvoir de l’anecdote est réel.
- Un commentaire politique analysé du problème en question (les savoirs « chauds »)…ce que j’ai compris moi-même. Mes réflexions.
- Des apports extérieurs universitaires sur la question les savoirs »froids)…ce que d’autres en ont dit. On apprend quelque chose.
- Une dimension historique : l’historicité c’est le rappel de la marge de manœuvre, c’est de comprendre comment le problème s’est construit.

2 – la forme

Raconter des histoires vécues qui font réfléchir en y apportant nos éclairages et prolongements (vers l’action). Elle emprunte à la convention spectaculaire. Pourtant ce n’est pas de « théâtre » à proprement parler dont il s’agit. Il s’agit d’un moment militant. Subjectif. Radical. Il vise à communiquer une émotion : colère ou enthousiasme, tristesse ou amertume…on n’est pas dans le seul registre de l’intellect. Il s’agit de partager de l’intime ! Tout est permis ! pédagogie de l’intimité : pour l’humour (sketch, autodérision, mise à mal de l’image de l’expert … par quelle scène commencer à mettre le pied à l’étrier de la conférence qui nous positionne dans cette intimité ?

3 - Comment travailler ?


L’idéal est de maîtriser un sujet….c’est à dire de pouvoir en parler librement sans préparation…comme dans une conversation de repas ou de bistrot. C’est pour cela que les souvenirs ancrés dans une pratique professionnelle longue sont favorables…pour prendre des exemples, une responsable d’une association Freinet, peut parler sans trop préparer de la pédagogie Freinet. IDEM pour une assistante sociale sur le RSA, ou une Infirmière psy sur la psychiatrie, etc.… ce n’est pas une condition rédhibitoire, mais nous n’avons pas encore essayé de conférence sur un sujet sur lequel il y a tout à apprendre et à découvrir : par exemple : « je voudrais faire une conférence sur la banque », parce que je pense que c’est important, mais je n’y connais rien…il va falloir se lancer dans un travail d’enquête et de documentation. Pourquoi pas, il n’y a pas contre-indication, mais probablement une difficulté supplémentaire.

a – Créer un archipel…on verra plus tard comment le premier. Identifier et lister les « bouts » de trucs à dire. Ce que l’on veut absolument dire ! Ne pas chercher un ordre ou des transitions, cela procèdera plus tard du processus de construction d’un « récit »…on n’en est pas là ! Établir une liste ! S’aider pour cela en pensant à des choses que l’on a souvent racontées, ou que l’on raconte encore souvent : des anecdotes, des bouts de théorie, etc…qui constituent notre discours et noter fonds militant, notre culture…

b) Ne pas hésiter à mêler deux histoires qui n’ont apparemment rien à voir…et tenter une métaphore. On sera là pour aider.
- l’ascension sociale et le parapente (inculture 2)
- la culture et le jardinage (inculture 1)

c) Trouver un début…par quelle scène commencer à mettre le pied à l’étrier de la conférence qui nous positionne dans cette intimité partageable ? L’idée du début entraîne souvent la situation générale : « Tiens si je jouais ça dans un bistrot »…ou « Tiens, si je faisais comme si j’étais en panne dans ma voiture »…

d) trouver une fin…sur quel message voulons nous faire atterrir le spectateur ?

e) trouver des transitions entre les îles de l’archipel, pour voir peu à peu émerger un récit…du calme on a le temps.

etc.


La critique peut entreprendre aussi de faire surgir les contradictions contenues dans un certain état de la réalité sociale en se manifestant dans l’ordre de la provocation. Un geste (….) est accompli publiquement de façon à faire réagir les spectateurs – à les faire sortir de leur gonds- ie à les forcer à se conduire d’une façon qui ne parvient plus à se tenir dans les limites des grammaires complexes qui encadrent les contradictions, dont la présence estompée dans le cours ordinaire [1] de la vie se trouve alors dévoilée.

Cf sur le pamphlétaire p 153 Boltanski (2009) :

« le pamphlétaire (…) se présente comme un homme seul mais qui s’adresse à tous et ‘jette sa bouteille à la mer’. », « Il a en commun avec le théoricien critique de prendre à partie l’ordre social dans son ensemble. Mais à la différence de ce dernier, il ne cherche pas à établir un compromis avec une description sociologique susceptible de prétendre à l’objectivité. Au contraire, il s’autorise uniquement des droits de la subjectivité pour injurier, ridiculiser et déployer une violence verbale qui fait de lui un imprécateur ». Cette figure limite met bien en lumière une des exigences qui pèsent sur des acteurs étrangers aux sciences sociales, principalement les écrivains, quand ils entreprennent de se livrer publiquement à la critique sociale : qui est d’enraciner leur parole dans une expérience existentielle personnelle. En effet, c’est dans cette expérience personnelle, à l’origine de leur engagement, qu’ils peuvent revendiquer leur accès à une lucidité particulière, parce que c’est d’elle qu’ils rient (…) un accès au monde à partir duquel peut être mise en question la réalité de la réalité.

On peu parler de spectacle d’interpellation, mais il y en a d’autres . C’est une conférence masi c’est aussi son contraire car elle casse le code de l’expert. C'est tout sauf un cours magistral descendant, il n'y a pas cette vocation là. Il s’agit d’accéder au contenu, au fond, mais d’une façon différente de l’apport. On n’est pas sur l’analytique, sur le concept, l’outil d’interpellation publique va travailler sur l’allusif, le littéraire, de l’émotionnel (toucher les gens sur la part intime du sujet, sur leur part subjective), de la poésie et de l’elliptique, et l’humour (autodérision, sketch,…) »

on s’aperçoit que l’intime est partageable.

samedi 28 janvier 2012

ÇA N’EST PAS L’ÉCOLE QUI FABRIQUE LE CHÔMAGE.

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).
Le 27 janvier 2012.
France 2, mercredi 4 janvier 2012, journal de 20 heures. David Pujadas : « Voici, sans aucun doute, l’une des racines du chômage structurel qui handicape la France : l’échec scolaire et ses 2 à 300 000 élèves qui sortent du système scolaire sans diplôme. »
Est-il bien vrai que les causes structurelles du chômage ont un rapport avec le niveau de qualification de la population ? Le rôle premier de l’école est-il de fabriquer des personnes employables ? L’exclusion fabriquée par le système scolaire français n’est-il pas pour partie le résultat de son pilonnage par les politiques libérales et par l’idéologie libérale ?

 Le « chômage des jeunes » : un arbre médiatique pour cacher la forêt du réel

Les libéraux et leurs médias répètent à l’envi qu’il y a un problème de « chômage des jeunes », de « chômage des seniors », de « chômage des personnes handicapées », etc. Pour monsieur Sarkozy, pour monsieur Hollande et pour l’ensemble des libéraux, la cause du chômage chez les jeunes serait l’inadaptation du système scolaire au marché de l’emploi. Pour le chômage des « seniors », la faute s’en trouverait dans le coût de l’embauche (c’est-à-dire le coût du travail). Ce discours vise à faire diversion sur les causes réelles du chômage en tant que phénomène structurel et donc sur les remèdes à y apporter. En trouvant des boucs émissaires, ils tentent :
  • de porter de nouveaux coups à la République à travers son école et le code du travail des salariés.
  • de faire oublier 40 ans de chômage structurel de masse.
  • de taire le fait que le chômage est inscrit dans la stratégie patronale pour re-discipliner un salariat qui était de plus en plus organisé depuis la fin du XIXe siècle.
  • de ne pas dire que le chômage est lié à la mise en place d’une monnaie forte (l’euro) qui a pour but de préserver le capital des plus riches de toute baisse provoquée par l’inflation.
  • de présenter le chômage comme un phénomène apolitique, alors qu’il est le produit du « marché de l’emploi » spécifique à la société capitaliste, qui, comme son nom l’indique, rabaisse le travail humain au rang d’une vulgaire marchandise.
Quels que soient les chiffres du chômage dans notre pays depuis quarante ans, la part des 25 ans et des plus de 50 ans parmi les chômeurs a toujours été plus importante pour une raison qui tient à l’essence même du « marché du travail » : une logique de concurrence. Les jeunes qui arrivent sur ce marché ont moins d’expérience à faire valoir que les demandeurs d’emploi qui ont un CV mieux garni. Quant aux plus anciens, ils coûtent plus cher et sont moins malléables. Dans la même logique de concurrence, les femmes et les personnes handicapées, jugées moins productives, connaissent un chômage plus fort.
Si le chômage était résiduel, un discours visant à faire baisser le chômage des plus jeunes s’entendrait parfaitement. Dans la situation d’un chômage structurel de masse, cela n’a pas le même sens. Le chômage affecte l’ensemble de la société, l’ensemble du monde du travail. Il affecte même indirectement les gens qui ont un emploi. C’est donc au chômage dans son ensemble et à ses causes qu’il faut s’attaquer. Le M’PEP propose une stratégie pour mettre fin au chômage en un seul mandat et propose que le droit à l’emploi devienne un droit opposable car c’est un droit constitutionnel. Lire à ce sujet :
http://www.m-pep.org/spip.php?article1035
Il y a en réalité une surqualification des demandeurs d’emploi
Selon certaines sources le niveau de connaissance d’un bachelier d’aujourd’hui serait comparable à celui d’un ingénieur de 1950. Le niveau général de connaissance et de qualification de l’ensemble de la population scolaire aurait considérablement augmenté depuis l’après-guerre, avec des nuances en fonction des domaines. Et c’est globalement une des grandes réussites du système scolaire. Le niveau des besoins en qualification des entreprises a suivi une courbe bien moins pentue. A tel point que de très nombreuses personnes en France sont sous-employées par rapport à leur niveau de qualification. Le décrochage scolaire ne signifie donc pas que ceux qui sortent sans qualification ont un niveau de connaissance et de compétence égal à zéro. Cela signifie qu’ils n’ont pas atteint le niveau de qualification qui leur permet de faire jeu égal avec les autres dans la compétition pour l’emploi.
Cette compétition bénéficie grandement aux employeurs qui peuvent embaucher pour le même salaire sur un poste donné une personne sans qualification ou une personne qualifiée. Ils peuvent mettre en concurrence les niveaux de qualification et tirer le coût du travail vers le bas. Dans la situation de chômage de masse que nous connaissons depuis 40 ans, les diplômes ne garantissent plus l’accès à l’emploi, ce qui aggrave la situation de ceux qui n’en n’ont pas. La compétition mondialisée des économies sert de justification à cet immense gâchis.
Au total, la mise en concurrence des travailleurs européens entre eux et avec le reste du monde provoque l’augmentation du chômage. En effet, les entreprises embauchent là où les salaires sont les moins élevés.

 Y a t-il une inadaptation des qualifications par rapport au marché de l’emploi ?

On entend dire régulièrement que certains secteurs du marché du travail ne trouvent pas assez de personnes à employer et qu’il y aurait donc un décalage problématique entre la formation scolaire et les besoins des entreprises. Cet argument est avancé par le patronat pour développer une dépendance toujours plus grande des salariés vis-à-vis du monde de l’entreprise. On a même vu une régionalisation de certains diplômes pour coller aux besoins de grandes entreprises locales. L’idéal pour le patronat serait que l’entreprise assure une formation et une qualification internes, spécifique à un poste, mais que le coût en soit assumé par la collectivité. C’est bien sûr l’exact contraire qu’il faut défendre au nom d’une école républicaine : une qualification qui assure à toute personne une grande autonomie et une haute polyvalence. Quant à l’adaptation au poste, le coût doit rester entièrement à la charge de l’entreprise.
Il est exact que certaines filières de formations manquent de candidats. Mais ce phénomène est à la marge et n’est pas significatif parmi les causes du chômage. Dans ce cas, il faut interroger le niveau des salaires et les conditions de travail. Certains métiers, dont celui d’ouvrier, ont été volontairement dévalorisés par l’idéologie libérale pour effacer la culture ouvrière (et ses valeurs) de l’imaginaire collectif. Rien d’étonnant par conséquent que les jeunes d’aujourd’hui méprisent parfois certains corps de métiers ou en ignorent même l’existence.

 L’élitisme du système éducatif

Le « décrochage scolaire », c’est-à-dire la sortie du système scolaire sans qualification, trouve sa source dans les causes générales de l’échec scolaire. Le premier facteur de l’échec scolaire est l’origine sociale des élèves. Cela a toujours été le cas pour la raison que l’école n’a jamais eu pour objectif, contrairement à ce qu’on lit et à ce qu’on entend très fréquemment, de permettre « l’ascension sociale » des personnes. Seuls 1% des enfants d’ouvriers accèdent aux grandes écoles depuis l’après-guerre. Et une quantité négligeable de ces 1% en sortent diplômés (la plupart ne parviennent pas au terme du cursus).
L’école française a toujours été élitiste. C’est d’ailleurs dans sa capacité à faire émerger des élites qu’elle est la plus réputée. La reproduction sociale des élites et de la pyramide sociale par l’école est une constante du système scolaire. Dans un système élitiste, il ne peut pas y avoir un égal accès aux diplômes ! Pour mettre fin à l’échec scolaire, il faut sortir des logiques élitistes – ce qui n’empêcherait aucunement la sélection par la qualification.
« L’égalité républicaine ne peut exister dans un pays où les lois civiles, les lois de finance, les lois de commerce rendent possible la longue durée des grandes fortunes. » Condorcet, 1787.

 Le productivisme appliqué de manière croissante à l’enseignement

On ne peut que s’inquiéter de l’augmentation du nombre d’élèves en échec scolaire, même si les chiffres existants se contredisent. Cependant, ce phénomène semble assez probable, pour la raison qu’il y a une aggravation de la compétition dans l’accès aux qualifications liée à l’aggravation de la compétition dans l’accès à l’emploi. Plus l’accès à l’emploi est difficile, plus l’école se comporte de manière sélective si elle est dans une recherche d’adaptation aux besoins du patronat. Or, c’est bien dans ce sens que se font les réformes successives.
  • Le principe des « niveaux de compétences » se substitue peu à peu au principe des diplômes et de métier. D’où ce concept provient-il ? Les grandes entreprises capitalistes ont besoin d’un personnel facilement mobile et interchangeable au sein de l’Union européenne. On sait déjà que la dérégulation inscrite dans les traités de libre-échange met les travailleurs européens en concurrence les uns avec les autres, et par conséquent, font augmenter le chômage et tirent les droits sociaux vers le bas. Mais il reste que les diplômes nationaux freinent cette mise en concurrence internationale en raison de leur imparfaite équivalence. Le principe de « validation de niveaux de compétences » harmonisés à l’échelle européenne est le résultat du travail de lobbying des grandes entreprises européennes en direction de la commission européenne chargée des systèmes scolaires nationaux (longtemps présidée par la socialiste Édith Cresson).
  • Le « recentrage sur les fondamentaux », c’est-à-dire dans la conception élitiste des libéraux, les mathématiques et le français. Un bachotage permanent complété par un infernal dispositif d’évaluation des élèves, survalorise la performance personnelle. Les conséquences en sont à la fois une baisse de l’enseignement des connaissances générales et la disparition de toute référence au plaisir d’apprendre. Tels sont les effets du remplacement d’une vraie pédagogie par les préceptes productivistes. Une conception des finalités de l’enseignement et de la scolarité calquée sur celle du travail, avec les mêmes conséquences : une recherche de la productivité conduisant à l’explosion des maladies « professionnelles » (dans le cas de l’école : les « dys » - dyslexie, dyscalculie, dyspraxie, dysorthographie, etc.), symptômes de l’inadaptation au système. La réforme réactionnaire du système psychiatrique en cours dans le cadre européen (enfermement autoritaire et isolement des patients) est la réponse du système libéral aux destructions psychiques provoquées dans la population par la recherche sans fin de plus de productivité. Des expérimentations sont d’ailleurs en cours dans les écoles, à la demande des institutions européennes, pour détecter dès la petite enfance les signes de l’inadaptation et leur traitement par la psychiatrie. Tel se présente le dangereux mouvement pour la médicalisation de la difficulté scolaire.
  • « L’assouplissement » de la carte scolaire, s’inscrit dans une logique de concurrence généralisée basée sur les résultats : concurrence des établissements, des enseignants et des élèves.

 Le changement des missions du système scolaire se fait dans une optique antirépublicaine

Bien qu’élitiste, le système scolaire républicain avait historiquement une mission émancipatrice : donner aux individus les moyens intellectuels de comprendre le monde dans lequel ils vivent, leur permettre de s’insérer dans ce monde et disposer d’outils conceptuels pour intervenir sur ce monde. Même si cette perspective était loin d’être parfaitement réalisée, les libéraux n’ont eu de cesse de la remplacer par la fabrication de futurs salariés dociles et adaptés aux besoins de la sphère productiviste-marchande. Ainsi, les changements successifs des programmes scolaires ont introduit des principes antirépublicains :
  • la notion de minimum scolaire (« socle commun ») visant prioritairement les élèves des milieux défavorisés a été développée dans le même temps que les moyens de l’aide (en personnel qualifié) aux élèves étaient dramatiquement réduits, traduisant un renoncement radical d’avec une école égalitaire ;
  • l’enseignement obligatoire de l’anglais et de la culture anglo-saxonne dès les petites classes, en lieu et place d’une initiation à la diversité des langues vivantes et à l’ouverture sur le monde. L’anglais est la langue utilisée par le système économique marchand dans une optique colonialiste. Aujourd’hui, c’est la langue de la mondialisation libérale, celle des patrons des grandes firmes transnationales. C’est par conséquent celle que les salariés doivent maîtriser pour permettre à l’entreprise de conquérir de nouveaux marchés extérieurs. Celle qu’ils doivent maîtriser pour être « transplantables » d’un pays à l’autre et pour être plus facilement interchangeables. Il y a aujourd’hui plus de mots en anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots en allemand durant l’Occupation.
La vassalisation des enseignants et la caporalisation du pouvoir au sein des établissements. En 1951 le pouvoir politique a mis en place un statut des enseignants dans le but de leur permettre de remplir leur mission laïque et de les protéger des pressions religieuses, politiques et marchandes. Ce statut est régulièrement attaqué, comme l’est l’ensemble des statuts de la fonction publique. L’annonce faite récemment de la mise en place d’une évaluation des enseignants par leur chef d’établissement (en lieu et place d’un personnel spécifique extérieur à l’établissement) est le résultat d’une volonté d’installer un caporalisme en lieu et place de toute forme collégiale de prise de décision ; les hôpitaux et les universités connaissent une semblable dérive.

 L’affaiblissement des principes de service public d’éducation

La suppression massive des moyens affectés à l’école (80 000 postes supprimés depuis 2005) fait augmenter les effectifs dans les classes et amenuise dramatiquement les moyens de l’aide aux enfants rencontrant des difficultés. C’est le résultat du non-remplacement d’un fonctionnaire partant en retraite sur deux inscrits dans la RGPP (révision générale des politiques publiques). Cette loi est une traduction dans le droit national des traités européens visant à l’affaiblissement des services publics au bénéfice des services marchands. Pour preuve, il suffit de voir comment fleurissent les grandes sociétés privées de soutien scolaire et de connaître les lois mises en place ces dernières années pour faire financer les écoles privées par l’argent public.

 La surveillance sociale

L’Éducation nationale a grandement augmenté ses outils de gestion statistique de la population scolaire grâce à l’informatisation. Tous les élèves ont désormais, dès l’âge de trois ans, un matricule qui ne les quittera plus et auquel sont associés des fichiers rassemblant des données toujours plus nombreuses et précises sur leur parcours scolaire. Des fichiers dont la compatibilité avec les logiciels de la police, de la justice, des services sociaux et de certaines grandes entreprises sont avérés. Des fichiers dont la gestion est d’une telle opacité que même les services désormais vassalisés de la CNIL n’ont pas pu faire autrement que de les dénoncer... dans un silence médiatique assourdissant.
Il y a peu de place pour le hasard dans le système médiatique. Vingt-quatre heures après les propos de monsieur Pujadas, Nicolas Sarkozy annonçait son intention de faire travailler davantage les enseignants sans que cela coûte plus cher à l’État, en prétextant l’urgence de l’échec scolaire. Et des réformes du système scolaire pour faire baisser le « chômage des jeunes ». Il faut bien comprendre que dans la logique du système libéral européen, l’école ne sera JAMAIS assez adaptée aux besoins du patronat.
L’école ne doit pas servir à formater un simple travailleur-marchandise. Elle doit former le citoyen complet, cultivé, ouvert sur le monde et aux autres. Ce sont ces citoyens, par leurs exigences issues de leur formation, qui détermineront les biens et services à produire en fonction de l’intérêt général national et international. Ce n’est évidemment pas l’économie marchande, fondée sur la recherche du profit privé maximal à court terme, qui doit indiquer les qualifications dont elle a besoin.

dimanche 22 janvier 2012

Allocution prononcée par ANATOLE FRANCE à la fête inaugurale de l'EMANCIPATION UNIVERSITÉ POPULAIRE du XVe arrondissement le 21 novembre 1899.
 







Citoyennes et citoyens,
L’association que nous inaugurons aujourd’hui est formée pour l’étude. Ce sont des hommes qui se réunissent pour penser en commun. Vous voulez acquérir des connaissances qui donneront à vos idées de l’exactitude et de l’étendue et qui vous enrichiront ainsi d’une richesse intérieure et véritable. Vous voulez apprendre pour comprendre et retenir, au rebours de ces fils de riches qui n’étudient que pour passer des examens et qui, l’épreuve finie, ont hâte de débarrasser leurs cerveaux de leur science, comme d’un meuble encombrant. Votre désir est plus noble et plus désintéressé. Et comme vous vous proposez de travailler à votre propre développement, vous rechercherez ce qui est vraiment utile et ce qui est vraiment beau.
Les connaissances utiles à la vie ne sont pas seulement celles des métiers et des arts. S’il est nécessaire que chacun sache son métier, il est utile à chacun d’interroger la nature qui nous a formés et la société dans laquelle nous vivons. Quel que soit notre état parmi nos semblables, nous sommes avant tout des hommes et nous avons grand intérêt à connaître les conditions nécessaires de la vie humaine. Nous dépendons de la terre et de la société, et c’est en recherchant les causes de cette dépendance que nous pourrons imaginer les moyens de la rendre plus facile et plus douce. C’est parce que les découvertes des grandes lois physiques qui régissent les mondes ont été lentes, tardives, longtemps renfermées dans un petit nombre d’intelligences, qu’une morale barbare, fondée sur une fausse interprétation des phénomènes de la nature, a pu s’imposer à la masse des hommes et les soumettre à des pratiques imbéciles et cruelles.
Croyez-vous, par exemple, citoyens, que, si les savants avaient connu plus tôt la vraie situation du globe terrestre tournant en compagnie de quelques autres globes, ses frères, autour d’un soleil qui nage lui-même dans l’espace infini, peuplé d’une multitude d’autres soleils, pères ardents et lumineux d’une multitude de mondes, — pensez-vous que, si dans les siècles anciens un grand nombre d’hommes avaient eu cette juste idée de l’univers et y avaient suffisamment attaché leur pensée, c’eût été possible de les effrayer en leur faisant croire qu’il y a sous terre un enfer et des diables ? C’est la science qui nous affranchit de ces vaines terreurs, que certes vous avez rejetées loin de vous. Et ne voyez-vous pas que de l’étude de la nature vous tirerez une foule de conséquences morales qui rendront votre pensée plus assurée et plus tranquille ?
La connaissance de l’être humain n’est pas moins profitable. En suivant les transformations de l’homme depuis l’époque où il vivait nu, armé de flèches de pierre, dans des cavernes, jusqu’à l’âge actuel des machines, au règne de la vapeur et de l’électricité, vous embrasserez les grandes phases de l’évolution de notre race.
La connaissance des progrès accomplis vous permettra de pressentir, de solliciter les progrès futurs. Peut-être voudrez-vous vous tenir de préférence dans des temps voisins du nôtre et rechercher dans un passé récent l’origine de l’état actuel de la société. Là encore, là surtout l’étude vous sera d’un grand profit. En recherchant comment s’est formée et accrue la force capitaliste, vous jugerez mieux des moyens qu’il faut employer pour la maîtriser, à l’exemple des grands inventeurs qui n’ont asservi la nature qu’après l’avoir patiemment observée.
Vous étudierez les faits de bonne foi, sans parti pris ni système préconçu. Les vrais savants— et j’en vois ici— vous diront que la science veut garder son indépendance et sa liberté, et qu’elle ne se soumet à aucune puissance étrangère. Est-ce à dire que vous poursuivrez vos recherches sans direction ni but déterminé ? Non. Vous entreprenez une œuvre idéale mais définie, immense mais précise.
Vous vous proposez de travailler mutuellement à développer votre être intellectuel et moral, à vous rendre plus sûrs de vous-mêmes, et plus conscients de vos forces, par une connaissance plus exacte des nécessités de la vie sur la planète, et des conditions particulières où chacun se trouve dans la société actuelle. Votre association est constituée pour vous solliciter les uns les autres à penser et à réfléchir à la place des privilégiés, qui ne s’en donnent plus la peine, et pour vous assurer ainsi une part dans l’élaboration d’un ordre de choses nouveau et meilleur, puisque, malgré les coups de force, c’est la pensée qui conduit le monde, comme la boussole dans la tempête montre encore la route aux navires.
Votre association recherchera ce qu’il y a de plus utile à connaître dans la science. Elle vous découvrira ce qu’il y a de plus agréable à considérer dans l’art. Ne vous refusez pas à mêler dans vos études l’agréable à l’utile. D’ailleurs, comment les séparer, si l’on a un peu de philosophie ? Comment marquer le point où finit l’utile et où commence l’agréable ? Une chanson, est-ce que cela ne sert à rien ? La Marseillaise et la Carmagnole ont renversé les armées des rois et des empereurs. Est-ce qu’un sourire est inutile ? Est-ce donc si peu de plaire et de charmer ?
Vous entendez parfois des moralistes vous dire qu’il ne faut rien accorder à l’agrément dans la vie. Ne les écoutez pas. Une longue tradition religieuse, qui pèse encore sur nous, nous enseigne que la privation, la souffrance et la douleur sont des biens désirables et qu’il y a des mérites spéciaux attachés à la privation volontaire. Quelle imposture ! C’est en disant aux peuples qu’il faut souffrir en ce monde pour être heureux dans l’autre qu’on a obtenu d’eux une pitoyable résignation à toutes les oppressions et à toutes les iniquités. N’écoutons pas les prêtres qui enseignent que la souffrance est excellente. C’est la joie qui est bonne !
Nos instincts, nos organes, notre nature physique et morale, tout notre être nous conseille de chercher le bonheur sur la terre. Il est difficile de le rencontrer. Ne le fuyons point. Ne craignons pas la joie ; et lorsqu’une forme heureuse ou une pensée riante nous offre du plaisir, ne la refusons pas. Votre association est de cet avis. Elle est prête à vous offrir, avec des pensées utiles, des pensées agréables, qui sont utiles aussi. Elle vous fera connaître les grands poètes : Racine, Corneille, Molière, Victor Hugo, Shakespeare. Ainsi nourris, vos esprits croîtront en force et en beauté.
Et il est temps, citoyens, qu’on sente votre force, et que votre volonté, plus claire et plus belle, s’impose pour établir un peu de raison et d’équité dans un monde qui n’obéit plus qu’aux suggestions de l’égoïsme et de la peur. Nous avons vu ces derniers temps la société bourgeoise et ses chefs incapables de nous assurer la justice, je ne dis pas la justice idéale et future, mais seulement la vieille justice boiteuse, survivante des âges rudes. Celle-là, qui les protégeait, les insensés, dans leur folie, ils viennent de lui porter un coup mortel. Nous les avons vus triompher dans le mensonge, aspirer à la plus brutale des tyrannies, souffler dans les rues la guerre civile et la haine du genre humain.
A vous, citoyens, à vous, travailleurs, de hausser vos esprits et vos cœurs, et de vous rendre capables, par l’étude et la réflexion, de préparer l’avènement de la justice sociale et de la paix universelle.


Source: Wikisource.org

mercredi 30 novembre 2011

Comment se désintoxiquer de la langue de bois

ÉDUCATION VRAIMENT POPULAIRE


PAR LINDA MAZIZ (30 NOVEMBRE 2011)
Alors que les licenciements sont devenus des plans de sauvegarde de l’emploi, ou que votre banquier se veut votre partenaire, il est temps de se poser certaines questions. Franck Lepage s’est lancé dans cette bataille très politique : celle des mots. Avec d’autres travailleurs socioculturels, lassés des euphémismes et des mensonges du langage du pouvoir, il a lancé une coopérative d’éducation populaire : la Scop Le Pavé. Leurs « conférences gesticulées » sillonnent la France... et la Toile.
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Photo : source
Les vidéos de ses « spectacles » cartonnent sur la toile. La plus connue, « langue de bois » a été vue plus de 500 000 fois sur le Net (Youtube et Dailymotion cumulés). Il s’agit d’un extrait de six minutes d’un one-man show de Franck Lepage, Inculture(s). Ce n’est pas simplement drôle, c’est incroyablement intelligent, à la fois politique et instructif. D’ailleurs, ce n’est pas un sketch. Et Franck Lepage n’est pas un humoriste. Et ce ne sont pas vraiment des spectacles, plutôt des « conférences gesticulées ». La Scop (société coopérative et participative) Le Pavé, qui les produit, n’est pas une troupe de saltimbanques mais une coopérative d’éducation populaire, créée en 2007 par des travailleurs socioculturels, écœurés par le fonctionnement des institutions publiques.
« Je me suis battu pendant plus de dix ans au niveau national pour réhabiliter la question de l’éducation populaire. Et puis j’en ai eu marre. Nous étions plusieurs lassés ne pas pouvoir faire d’éducation populaire, à devoir nous prostituer dans des logiques de projets pour obtenir des subventions. Nous avons alors décidé de créer notre propre machin pour faire exactement ce que nous souhaitions », explique-t-il crûment. Franck Lepage a voulu monter sa boîte, et aussi voulu monter sur scène pour dénoncer « le mensonge de la démocratisation culturelle » : « Cette idée que balancer du fumier culturel sur la tête des pauvres, ça va les faire pousser et qu’ils vont rattraper les riches. »
Le langage, terrain de la lutte de classe
Inculture(s), son « spectacle », est parti de là. Un spectacle hybride, empreint de vulgarisation politique et de décryptage engagé. Une conférence gesticulée. Et cela a cartonné. Au point qu’il n’a plus arrêté et que toute l’équipe du Pavé a dû s’y coller. Aujourd’hui, il existe des conférences gesticulées sur l’école, le management, le travail et les retraites, la fin du pétrole, le sexisme, l’insertion… De son lieu d’ancrage au fin fond de la Bretagne (La Godais, un patelin d’Ille-et-Vilaine), l’équipe du Pavé accompagne aussi chaque année une vingtaine de personnes pour qu’elles puissent réaliser leurs propres conférences gesticulées.
En octobre dernier, Franck Lepage était invité à faire escale à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. D’abord pour présenter Inculture(s) 2 (la suite) : « Et si on empêchait les riches de s’instruire plus vite que les autres... Ou comment j’ai raté mon ascension sociale » (voir l’extrait ci-dessous). Il y explique au moyen d’un parapente, devant un public de 250 personnes, comment le système scolaire actuel perpétue invariablement les inégalités sociales. Ensuite pour animer, en compagnie de son homologue Filipe Marques, de la Scop L’Engrenage à Tours, un atelier pratique de désintoxication de la langue de bois. « L’éducation populaire, c’est aussi se réapproprier un langage critique et inventer des modes de résistance au langage positif », qui, selon Franck Lepage, n’est rien de moins qu’un nouveau visage du fascisme, « si on veut bien comprendre le fascisme comme l’élimination de la contradiction ».
Êtes-vous défavorisés ou exploités ?
Des exemples ? Le capitalisme s’appelle désormais développement, la domination se nomme partenariat, l’exploitation se dilue dans la gestion des ressources humaines et l’aliénation a l’apparence d’un projet. « Ces mots, il faut les combattre, parce qu’ils ne sont pas inoffensifs. Ils modifient profondément notre réalité et nous font penser différemment », explique Franck Lepage, en introduction de l’atelier qui a réuni à Montreuil près de 70 personnes.
« Depuis les années 1970, des mots disparaissent et d’autres apparaissent. Ça ne se fait pas comme ça. Le pouvoir mène un travail considérable sur les mots. »Avant tout parce que le langage est un enjeu de lutte et de rapport de force entre classes dominante et dominée. « Avant, les pauvres, on les appelait les exploités. Aujourd’hui, ce sont des défavorisés. Si bien que votre perception n’est pas la même suivant qu’on utilise l’un ou l’autre terme. » Pourquoi ? « Dans un cas, vous pouvez penser la situation de la personne non pas comme un état, mais comme un processus qui s’appelle l’exploitation, avec nécessairement un exploiteur quelque part. Dans l’autre cas, le pauvre, c’est simplement quelqu’un qui n’a pas eu de bol, parce que le processus de “défavorisation”, ça n’existe pas, et les “défavorisateurs” non plus. C’est ce qui fait toute la différence. »
Votre patron : un collaborateur ou un partenaire ?
Pour mieux se convaincre de la perversité du capitalisme, il suffit, poursuit Lepage, d’observer l’évolution des ouvrages de management, qui font office de référence en matière d’idéologie des puissants. « C’est la théorie de Luc Boltanski et d’Eve Chiapello, deux sociologues qui, dans Le Nouvel Esprit du capitalisme, ont cherché le mot qui revenait le plus souvent dans les manuels de management. En 1960, c’est le mot hiérarchie. Vu que les bouquins s’adressent à des dirigeants, ça paraît logique. Dans les ouvrages des années 2000 – surprise !–, le mot a disparu. Pourtant, la hiérarchie n’a pas disparu des entreprises. C’est simplement qu’on ne peut plus la nommer. Alors, à votre avis, quel est le mot qui l’a remplacé, et arrive maintenant en tête de liste ? » Dans la salle, chacun y va de sa proposition. « Participation ? Compétiton ? Collaboration ? Partenariat ? » Il y a de l’idée, mais ce n’est pas cela. « Alors vous aussi, vous sentez le piège quand on vous dit que votre patron, c’est votre collaborateur, et que votre banquier, c’est votre partenaire », ironise Lepage avant de livrer la solution. « Cela va vous surprendre, ce mot, c’est projet. Et ça, ça veut dire qu’aujourd’hui c’est lui notre nouvel ennemi. »
Pour combattre efficacement un ennemi, il faut d’abord le connaître, savoir d’où il vient et comment il se manifeste. Et nul besoin de chercher bien loin. Il suffit de se remémorer ses cours de français au chapitre « figures de style » pour décoder le mécanisme de la langue de bois. Rien de tel donc, qu’une petite séance de révision collective : « On démarre avec les euphémismes. Pour mémoire, cela sert à atténuer une réalité sociale pour nous la rendre moins violente. Je vous écoute », lance Filipe Marques, en prenant position au tableau. Dans le public, tout le monde semble se prendre au jeu. « On ne dit plus “vieux”, on dit “senior” », lance quelqu’un. « Cela, c’est magique, remarque l’animateur.Parce que dans notre esprit, un senior, c’est un vieux qui bouge encore. Avant, on parlait de personnes âgées, et puis on s’est rappelé que ça voulait dire vieux. Alors, c’est devenu troisième âge. Et maintenant c’est senior, mais ça peut encore évoluer. »
Vous êtes plutôt croissance négative ou discrimination positive ?
D’autres exemples suivent : les pays sous-développés, qui sont devenus les pays en voie de développement, puis les pays émergents. Les aveugles qui sont devenus les non-voyants, les chômeurs qui sont devenus des demandeurs et même des prospecteurs d’emploi (et maintenant des candidats à l’emploi, dixit le site de Pôle emploi). On pourrait y passer la journée, mais il y a encore plein d’autres figures de style à étudier. On passe à l’hyperbole, où chacun s’accorde à dire que « qualifier de prise d’otages une grève des transports, c’est vrai que c’est quand même un peu exagéré. »
Au tour de l’oxymore. « C’est la juxtaposition de deux réalités contradictoires, rappelle Filipe Marques, pédagogue. L’idée, c’est de mettre un terme positif à côté d’un terme négatif pour lui conférer une connotation sympathique. Ça fonctionne d’ailleurs très bien, et c’est pour ça que c’est une des principales catégories politiques », poursuit-il, en inscrivant au tableau les trouvailles de chacun : développement durable, discrimination positive, entreprise citoyenne, croissance négative... « Prenez l’égalité des chances, par exemple, intervient Lepage. Si on prend le temps d’y réfléchir calmement, on s’aperçoit que ça veut précisément dire inégalité. En gros, ça revient à dire que le lapin et la tortue, ils ont la même ligne de départ. » Après l’oxymore, on en vient naturellement au pléonasme, où l’on continue de bien s’amuser avec la démocratie participative, le lien social ou encore la solidarité active.
Licenciements collectifs ou plan de sauvegarde de l’emploi ?
Et la liste est encore longue ! Il y a même une catégorie qui n’est pas répertoriée dans la littérature française, mais très en vogue en langue de bois. Dans le lexique de l’éducation populaire, ils appellent ça des « technicisateurs ». « Il s’agit en fait de renommer de manière technique et moderne une réalité, afin de la revaloriser de manière tout à fait symbolique, en faisant croire qu’elle s’est modifiée. Plus insidieusement, ça permet aussi de passer d’une obligation de moyen à une obligation de résultat », définit Franck Lepage. Et voilà comment un balayeur devient technicien de surface, comment un distributeur de sacs poubelle devient un ambassadeur du tri ou une caissière un agent d’accueil. On s’attarde encore un peu sur la magie des anglicismes et sur la coolitude de« brainstorming, coach, team-manager et briefing ». Même chose pour les sigles, excellent moyen de faire oublier la réalité qu’ils recouvrent.
À regarder le tableau se remplir et à réaliser tous ensemble qu’aujourd’hui un licenciement collectif s’appelle un plan de sauvegarde pour l’emploi, on se dit que George Orwell dans 1984 (publié en 1949) avait déjà tout compris. Pas question d’en rester au stade du simple constat. Les révisions terminées, les participants sont tous invités à perfectionner leur pratique et leur connaissance de la langue de bois en se prêtant par petits groupes à une série d’exercices, telle que la traduction d’un article de presse en y supprimant les effets de langage, la rédaction d’une lettre de licenciement en hyperlangue de bois ou encore la réalisation d’un « ridiculum vitae »… (Un détour sur le site d’Attac, où sont répertoriés les différents travaux, est vivement conseillé…)
Résister par l’humour
« Tout ça, c’est super, parce qu’on s’aperçoit qu’on est tous lucides sur le phénomène, mais, concrètement, comment fait-on pour résister ? », interroge un participant. Car c’est bien là tout l’enjeu de cet atelier d’éducation populaire.« La première chose, c’est essayer de réinstaurer un rapport de force en se réappropriant ce langage dont on nous a privés, en appelant un chat un chat. Organisez des ateliers autour de vous, maintenant que vous avez vu comment cela fonctionne », répond Franck Lepage. Vidéos et outils méthodologiques sont disponibles sur le site Internet de la Scop Le Pavé. « Plus il y aura de gens désintoxiqués, plus nombreux seront ceux qui auront envie de résister. »
Et s’il y a quelque chose qui semble se combiner à merveille avec l’éducation populaire et que Franck Lepage manie à la perfection, c’est bien la résistance par l’humour. « Il y a un truc marrant à faire et que vous pouvez tester lors des vœux du maire, en assemblée générale, au prochain séminaire ou comité de votre entreprise, c’est de préparer des petits cartons sur le modèle des grilles de loto, où vous inscrivez des séries de concepts opérationnels, et que vous distribuez à des collègues complices. Le premier qui remplit sa grille a gagné et se lève pour crier “Bingo !” »
Linda Maziz

En savoir plus

L’agenda des conférences gesticulées sur le site de la Scop Le Pavé.
La rubrique dédiée à la désintoxication du langage, avec vidéos explicatives et un guide pratique pour animer un atelier est à télécharger directement sur le site.

samedi 13 août 2011

Le camp de concentration français de Montreuil-Bellay



Bernard GENSANE
Tsiganes 1940-1945 : le camp de concentration de Montreuil-Bellay Planches de la BD de Kkrist Mirror (Editions Emmanuel Proust)
Au camp de concentration de Pithiviers (comme dans celui de Beaune-la-Rolande et de Jargeau, deux autres communes du Loiret), il s’est passé des horreurs (voir les films La rafle de Roselyne Bosch et Elle s’appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner). Construit au début de la Seconde Guerre mondiale pour y héberger des prisonniers allemands, il fut utilisé après la capitulation pour y interner des soldats français avant que le gouvernement de Vichy en fasse un camp de transit. 6079 Juifs (dont Max Jacob) partirent de Pithiviers pour Auschwitz. 115 en revinrent.


Lorsque l’on séjourne dans la ville, on « sent » quelque chose : un non-dit souterrain qui fait que rien n’est jamais dit. D’abord par les très nombreux gendarmes cantonnés dans cette petite cité du Loiret. Veulent-ils savoir que nombre de leurs collègues d’il y a soixante-dix ans ont commis des infamies durant l’été 1942 ? Sont-ils conscients que ces collègues ont appliqué avec zèle la consigne de Laval de "ne pas oublier les enfants" (2300 d’entre eux partirent de Pithiviers) ? Quant aux Pithivériens de souche, on a l’impression qu’ils vivent hors du temps historique. Il faut dire qu’ils ne sont pas aidés : le camp a été entièrement rasé. Un monument a été élevé tardivement rue de l’ancien camp, près de la voie ferrée d’où partirent les victimes innocentes.
Pithiviers fut affecté à la concentration et à l’extermination des Juifs par Vichy, un régime ultra-réactionnaire et officiellement antisémite. Mais il est un camp de concentration dont on ne parle jamais, sûrement pas dans les livres d’histoire : celui de Montreuil-Bellay. Construit avant la guerre, ce camp fut destiné, par un décret du président de la République Lebrun, à la concentration des Tsiganes.
Ancien instituteur, Jacques Sigot est un homme de convictions. Ainsi, il refusa d’aller se battre en Algérie. Il s’installe en Anjou en 1973. Il écrit deux livres régionalistes sur cette province, puis Ces barbelés oubliés par l’histoire. Un camp pour les Tsiganes et les autres (Wallada, Port de Bouc, 2011). Ce sont les recherches de Sigot qui inspireront à Tony Gatlif son film Liberté.

Comme les habitants de Pithiviers, les Montreuillois avaient oublié leur camp jusqu’à ce que Jacques Sigot en exhume le souvenir. Dans ce camp furent enfermés des Républicains espagnols durant l’hiver 1939-40, des civils anglais au cours de l’été de cette même année, des femmes allemandes retenues comme otages en 1945. Mais surtout des Tsiganes que la IIIe République interna avant l’invasion et l’occupation allemandes, et qu’elle « oublia » de relâcher après la Libération.
Du 8 novembre 1941 au 16 janvier 1945, l’État français fit de Montreuil-Bellay un camp pour « individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani ». Il s’agissait donc d’une décision ouvertement raciste. Ces Tsiganes venaient pour la plupart de petits camps d’internement ouverts suite à la loi du 6 avril 1940 signée par Albert Lebrun, selon laquelle ils devaient être rassemblés dans des communes désignées sous surveillance des forces de l’ordre. Jusqu’en janvier 1943 les Tsiganes furent gardés par des gendarmes, puis par des jeunes civils qui échappèrent ainsi au STO. Fin 1944, des Italiens, des Allemands et des Russes blancs rejoignirent les « Romanis » qui quittèrent le camp en 1945 pour être transférés dans les camps de Jargeau et d’Angoulême jusqu’en 1946.
De ce camp vendu aux Domaines en octobre 1946, il ne reste aujourd’hui qu’une modeste plaque commémorative. Des ruines du camp ont disparu après la création d’un rond-point et l’élargissement d’une route.
Plus du quart des Tsiganes de France furent exterminés (la totalité des Tsiganes des Pays-Bas, du Luxembourg et de Lituanie).
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