14-18">http://vimeo.com/99236165">14-18 : "On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des industriels"
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de groupes armés islamistes. Depuis des mois, ces derniers tiennent
tout le nord du Mali et se seraient enhardis au point, nous dit-on, de
vouloir occuper l’ensemble du pays.
Personne ne niera que ces groupes soient composés d’horribles
individus qui, sous prétexte de convictions "religieuses", battent toute
personne dont le comportement ne leur plait pas, coupent les mains des
voleurs (réels ou supposés), exécutent - en particulier des femmes -
pour des broutilles ou même pour rien.
Pour autant, de la même façon qu’au moment de l’intervention
militaire contre Kadhafi en Libye, il est insupportable de se retrouver
sommé de soutenir une intervention militaire déployée. par ceux qui sont
largement responsables de la gravité de la situation.
Qui plus est, qui peut vraiment croire qu’il s’agit d’une opération
"pour la démocratie au Mali" ? Cela fait des décennies qu’elle est
bafouée dans ce pays par des régimes corrompus. largement soutenus par
la France. Alors, pourquoi cette subite urgence "démocratique" ?
De même, qui croira qu’il s’agit de "sécuriser la région" ? En
réalité, il s’agit de sécuriser. l’approvisionnement des centrales
nucléaires françaises en uranium : ce dernier est en effet extrait dans
les mines du nord du Niger, zone désertique seulement séparée du Mali.
par une ligne sur les cartes géographiques.
A ce propos, on soulignera l’extrême perversité des ex-puissances
coloniales qui ont jadis tracé des frontières absurdes, faisant fi de
l’implantation des populations, et créant des pays aux contours bien
curieux : le Niger et le Mali sont tous les deux en forme de sablier,
une partie sud-ouest contenant la capitale, totalement excentrée et
éloignée d’une immense partie nord-est, principalement désertique.
C’est ainsi que, pendant 40 ans, Areva (auparavant la Cogéma) a pu
s’accaparer en toute tranquillité l’uranium nigérien dans ces mines
situées à 500 kilomètres de la capitale et du fragile "pouvoir"
politique nigérien.
Ces dernières années, des groupes armés se sont organisés dans cette
région : des Touaregs, dépités d’être méprisés, déplacés, spoliés. Et
des groupes plus ou moins islamistes, certains issus des anciens GIA qui
ont semé la terreur en Algérie, d’autres contrôlés par Kadhafi, et
autonomisés suite à la disparition de ce dernier.
Des salariés d’Areva, cadres dans les sociétés d’extraction de
l’uranium, ont été enlevés en septembre 2010 au Niger, transférés au
Mali et retenus depuis. Puis, le 7 janvier 2011, deux jeunes français
ont à leur tour été enlevés au Niger.
L’Observatoire du nucléaire a été une des rares voix à dénoncer (*)
l’opération militaire immédiatement lancée par les autorités françaises.
Ces dernières avaient en effet, de toute évidence, décidé de châtier
coûte que coûte les preneurs d’otages, quitte à ce que cela se termine
dramatiquement pour les deux jeunes otages. qui ont effectivement été
tués dans l’opération.
Ces deux jeunes ne travaillaient pas pour l’extraction de l’uranium
mais, c’est évident, l’idée était de décourager d’éventuelles prochaines
actions contre des salariés d’Areva.
Depuis, les mouvements Touaregs laïques et progressistes ont été
marginalisés, en particulier par la montée en force du groupe salafiste
Ansar Dine. Puissant et lourdement armé, ce dernier s’est allié à AQMI
(Al Qaeda au Maghreb Islamique), faisant courir un risque de plus en
plus évident pour les activités françaises d’extraction de l’uranium au
nord du Niger.
La France a soutenu avec la plus grande constance les gouvernements
corrompus qui se sont succédé au Mali, aboutissant à un délitement total
de l’État. C’est probablement cet effondrement qui a amené les groupes
islamistes à s’enhardir et à avancer vers Bamako.
De même, la France a maintenu depuis 40 ans le pouvoir du Niger dans
un état de faiblesse et de dépendance par rapport à l’ancienne puissance
coloniale et son entreprise d’extraction de l’uranium, la Cogéma
devenue Areva. Alors que les dirigeants nigériens essaient tant bien que
mal de contrôler ce que fait Areva, la France reprend totalement la
main avec son intervention militaire.
Les récents mouvements des groupes islamistes n’ont effectivement
fait que précipiter l’intervention militaire française qui était en
préparation. Il s’agit indéniablement un coup de force néocolonial, même
si les formes ont été mises avec un opportun appel à l’aide du
Président par intérim du Mali, dont la légitimité est nulle puisqu’il
est en place suite à un coup d’État qui a eu lieu 22 mars 2012.
Précisons à nouveau que nous n’accordons pas le moindre crédit aux
dangereux fondamentalistes qui sont aussi des trafiquants de drogue et
d’armes et n’hésitent pas à blesser et tuer.
Par contre, nous refusons la fable de l’intervention militaire "pour
la démocratie". Ce prétexte a déjà beaucoup servi, en particulier
lorsque les USA ont voulu mettre la main sur des réserves pétrolières,
et le voilà encore de mise parce que la France veut assurer
l’approvisionnement en uranium de ses réacteurs nucléaires. Notons
d’ailleurs que, à 27 000 euros l’heure de vol d’un Rafale, le tarif réel
du courant d’origine nucléaire est encore plus lourd que ce que l’on
pouvait craindre...
En conclusion, il est une nouvelle fois démontré que l’atome, et la
raison d’Etat qui l’entoure, ne nuit pas seulement à l’environnement et
aux êtres vivants mais aussi à la démocratie.
Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
(*) http://observ.nucleaire.free.fr/ota...