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samedi 28 avril 2012


Le mensonge nucléaire

-Petit Manuel Antinucléaire-



Le nucléaire serait une énergie au coût de production raisonnable et rentable, une garantie d'indépendance, propre, sûre, recyclable, pacifique, écologique et démocratique, bref incontournable.
Il n'y a rien de plus faux, démonstration par les faits.

Il ne s'agira pas ici de nier les avancées objectives obtenues grâce à la recherche nucléaire médicale, physique ou fondamentale mais de dénoncer la prolifération "civile" et militaire dont la recherche n'a par ailleurs nul besoin.
Avant d'énumérer les principaux mythes et mensonges du nucléaire il faut en souligner encore l'aspect le plus démentiel. Celui où une "civilisation" pour s'assurer quelques décennies d'approvisionnement énergétique et un arsenal morbide, décide d'hypothéquer l'avenir des générations futures. Allant jusqu'à rendre possible et d'envisager au plus "haut niveau" un suicide global en guise de "stratégie".
N'est-il pas inquiétant d'écouter ceux qui sont censés maîtriser l'atome déclarer que le processus, dont le risque permanent, la contamination cumulative et irréversible ou la gestion des déchets, seraient sous contrôle par delà les dizaines, centaines de millénaires ? Prétention, égomanie ou dangereuse hystérie que l'utilisation ici hypocrite du concept de "demi vie" voudrait minorer?(1)
Ce alors que plusieurs sites où sont enfouis des déchets rencontrent de sérieux problèmes après quelques décennies seulement.(2) Alors que la pratique, l'histoire comme l'actualité démontrent qu'ils ne maîtrisent ni l'atome, ni le risque et encore moins les éléments.

Que penser de ces scientifiques, industriels et "responsables politiques" improvisant, ergotant sur les chiffres et classements, qui ne reconnaissent la gravité de la situation uniquement contraints et forcés par leurs propres alliés, alors que des centaines de milliers, voire millions de vies sont menacées ? Le nucléaire ne nuit pas qu'à la santé des populations et de la biosphère, il nuit aussi gravement à la démocratie.

Les dépenses directes provoquées par la catastrophe de Tchernobyl -à elle seule- dépassent le coût de construction de toute l’infrastructure nucléaire mondiale.

Le nucléaire serait rentable? Tromperie, car s'il profite effectivement à une infime minorité d'actionnaires il a un coût insensé pour la collectivité. Ce sont les subventions publiques qui permettent aux programmes nucléaires de masquer leurs coûts et déficits réels. Ceux qu'impliquent la mise en œuvre, l'entretien, la sécurisation, la gestion éternelle des déchets et les dépenses provoquées par les nombreux accidents déjà survenus ou en cours résultant de l'exploitation non maîtrisée de l'atome.
"Pour les vingt premières années, les dépenses directes provoquées par la catastrophe (de Tchernobyl uniquement) pour les trois pays les plus touchés dépassent 500 milliards de dollars, ce qui, rapporté au coût de la vie dans l’Union européenne, représente plus de 2 000 milliards d’euros. Autant, donc, sinon plus, que le coût de construction de toute l’infrastructure nucléaire mondiale !"(3 )
Alors que la catastrophe de Tchernobyl et bien d'autres sont toujours en cours (4)  tandis que celles du Japon ne font que commencer.

De plus il est impossible de chiffrer le "coût humain", combien d'euros valent la vie d'un enfant Ukrainien, d'un adulte Japonais, de ces familles décimées par dizaines de milliers?
Comment chiffrer le coût biologique et ce sur des dizaines voire des centaines de millénaires ? Ou encore comment chiffrer le risque permanent ? Car le nucléaire prend l'ensemble des citoyens en otage, pro comme antinucléaires, par delà les frontières et continents, l'ensemble du vivant actuel océans inclus. L'aberration nucléaire est vertigineuse.

Une étude publiée par l'Académie des Sciences de New York estime que le nombre de décès à travers le monde attribuable aux retombées de l’accident de Tchernobyl, entre 1986 et 2004, est de 985 000, nous sommes en 2011.

L’OMS et l’AIEA annoncèrent en 2005 un bilan d’une cinquantaine de morts parmi les liquidateurs et jusqu’à 9 000 décès « potentiels, au total », attribuables à la contamination radioactive et ce uniquement parmi les populations les plus affectées de Biélorussie, d’Ukraine et de la Fédération de Russie…
Or dans les faits sur les 830 000 liquidateurs intervenus sur le site après l'accident, 112 000 à 125 000 sont morts. En janvier 2010 l’Académie des sciences de New York publiait le recueil le plus complet de données scientifiques concernant la nature et l’étendue des dommages infligés aux êtres humains et à l’environnement suite à l’accident de Tchernobyl. Un ouvrage composé d'une grande quantité d’études réalisées dans les pays les plus touchés : la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine. Les auteurs estiment que le nombre de décès à travers le monde attribuables aux retombées de l’accident, entre 1986 et 2004, est de 985 000. Un chiffre qui ne cesse d'augmenter.

Comment expliquer l'ampleur de l'écart entre les résultats de l'OMS et ceux de milliers d'enquêtes effectuées dans les pays les plus touchés, en Europe ou dans le reste du monde?
Par le mensonge qu'Alison Katz, qui fut fonctionnaire de l'OMS durant 18 années, dénonce comme une stratégie de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Cette dernière agissant en véritable porte-parole de l’establishment nucléaire. L’Organisation Mondiale de la Santé étant complice de cette stratégie de la dissimulation du fait de l’accord signé entre les deux agences en 1959. Ce document interdit en outre à l’OMS d’informer les populations sur les effets des rayonnements ionisants pour les humains sans l’aval de l’AIEA..(5)

Lors de la dernière enquête bisannuelle réalisée en 1991, la majorité des Japonais exprimait leur crainte du nucléaire. Le gouvernement prit alors la sage décision d'abandonner…ces embarrassants sondages.

Le Japon est sans doute l'exemple le plus flagrant du déni de démocratie que le nucléaire génère. Dès le début du drame les médias se sont émerveillés de ce qu'ils décrétèrent être du stoïcisme, de la résignation, de la discipline très zen et autres clichés qui fleurent bon les colonies... Se faisant ainsi -dans une grande majorité- les relais et complices de la dissimulation de la gravité de la situation par le gouvernement japonais. A l'image de la minoration des dégâts humains aux lendemains de la catastrophe provoquée par le passage de l'ouragan Katrina aux USA. Une pudeur destinée à masquer la vulnérabilité et les dysfonctionnements des puissances alliées et de leurs "technologies. Pudicité qui n'est plus de mise au moment de mesurer l'étendue des dégâts chez l'ennemi ou comme en Haïti afin d'y justifier l'envoi des troupes.
Pourtant à l'heure d'Internet il est possible pour tous de lire ou même de contacter différentes sources, organisations, citoyens bloggers Nippons et de constater que la réalité est autre. Elles et ils sont sous les chocs, pleurent et comptent leurs morts, mesurent l'étendue des dégâts qui vont en s'amplifiant c'est certain. Mais les yeux rivés sur les compteurs Geiger et malgré le système social coercitif qu'est la "culture de l'entreprise" poussée à son extrême; la colère face au manque d'information et à l'improvisation des responsables gronde, attend son heure.

Car nos médias taisent l'opposition historique des Japonais au nucléaire militaire et "civil". Une opposition apparue dès la fin de la seconde guerre mondiale et le martyr d'Hiroshima et Nagasaki. Plus de 150.000 civils brûlés vifs, consumés par le feu nucléaire et un total dépassant les 300.000 décès des suites des brûlures, radiations et cancers.
Non pas pour clore un conflit déjà perdu par le Japon mais pour ouvrir la "guerre froide" par une démonstration de "force" d'un nouvel empire. Car il s'agit bien là d'un des mythes fondateurs du nucléaire, de sa prétendue justification militaire, de "mal nécessaire" pour vaincre l'axe. Ensuite pour nous "protéger du communisme"…Ou l'inverse, c'est selon.

Au Japon les trois premiers groupes antinucléaires apparaissent dans les années cinquante, la Gensuikyô communiste, la Gensuikin socialiste et la Kakkinkaigi liée à la droite, cette dernière condamnant le nucléaire militaire uniquement. C'est à partir des années septante qu'émergent de nombreuses organisations comme le Citizen’s Nuclear Information Center (CNIC) regroupant des scientifiques dont le but est de fournir une contre-information aux citoyens au sujet du nucléaire dit "civil". Cette opposition est devenue telle après l'accident de Tchernobyl, que le gouvernement japonais décida d'abandonner tout sondage sur la question nucléaire en 1991, année où la désapprobation devenait majoritaire.
Ailleurs, la manière dont les gouvernements ont ignoré l'avis des populations européennes, que ce soit au niveau militaire ou "civil" est aussi flagrante en Allemagne, en France ou en Belgique.(6) Le Danemark, la Norvège et l’Irlande quant à eux, ont interdit le recours au nucléaire dans leur loi ; l’Autriche, suite à un référendum, l’a banni dans sa constitution.

Au cœur de l'Europe, la Belgique -12 fois plus petite mais plus densément peuplée que le Japon qui compte 54 réacteurs- est couverte par plus de 20 réacteurs dont plusieurs obsolètes.

Le nucléaire serait sûr? Ni Tchernobyl, ni Fukushima -qui est pourtant située dans un des pays capitalistes fleurons de la technologie de pointe- n'infléchiront le déni nucléaire. Cependant les faits et les chiffres sont têtus.
En Belgique, classée juste avant le Japon en densité de population, il n'y aurait "que" deux centrales. Certes mais elles sont composées de sept réacteurs "construits avec les connaissances et possibilités techniques de l’époque et des ordinateurs qui fonctionnaient avec des cartes perforées… Mais ils furent surtout construits pour 30 ans. La loi sur la sortie du nucléaire a porté cette durée de vie à 40 ans. Aujourd’hui, l’industrie nucléaire tente de nous faire croire qu’on peut tirer jusqu’à 50 ans. Aucun ingénieur au monde n’a l’expérience d’une centrale nucléaire tournant pendant ce laps de temps." (7)
Et puisque l'atome ignore les frontières, il faut en compter une douzaine de plus. Les deux réacteurs enclavés à Chooz, les six de Gravelines et les quatre de Cattenom à la frontière française, ainsi que celui de Borssele situé à la frontière hollandaise. Près de vingt donc sans compter ceux situés de l'autre côté de l'étroite Manche ou en Allemagne. La prolifération "civile" comme militaire est un risque insoutenable financièrement et humainement, croissant et hélas avéré. Le fait que les compagnies d'assurances soient incapables de couvrir de tels risques sans former des consortiums et pools internationaux incluant les États, le confirme.

Nul besoin d'être féru de probabilité pour comprendre ce qui suit. Le nombre total de réacteurs connus en activité est de 443 unités (ceci sans prendre en compte plus de 245 réacteurs militaires embarqués ou ceux non répertoriés). Or en l'espace de 25 années, nous pouvons déjà constater un minimum de deux accidents majeurs reconnus. La proposition d'estimation du risque soumise par Paul Jorion semble donc acceptable quand il énonce (8): "Disons que le risque pour un réacteur est d’un accident majeur tous les cinq mille ans. S’il n’y a qu’un réacteur au monde, le risque d’un accident majeur pour une année x est de 0,2 %o (2 sur 10.000) . Si j’ai 443 réacteurs en service dans le monde – ce qui est apparemment le cas aujourd’hui – quel est le risque d’un accident majeur sur une année, et par exemple, sur l’année en cours?   
R(443) = 1 – (0,9998)^443 = 8,48 %"

"Même avec une probabilité d’accident extrêmement faible : un accident seulement tous les 5 000 ans pour un réacteur, la probabilité d’accidents majeurs par année avec 443 réacteurs en service est de 8,48 %, c’est-à-dire un risque loin d’être négligeable."

En soulignant que ce calcul ne tient pas compte du vieillissement de l'infrastructure et des autres risques d'accidents majeurs représentés par le stockage des déchets, le transport de ceux-ci ou encore de leur utilisation militaire dispersant -entre autre- l'uranium appauvri.
Que ce soit dans les chiffres ou dans le monde réel, le nucléaire est donc loin d'être sûr et ne garantit nullement l'indépendance énergétique de l'Europe; la géographie et la géologie sont elles aussi têtues.


Pas plus qu'il ne serait "propre". Il faut plus que du cynisme pour présenter sous un jour "écologique" une industrie qui contamine ses voisinages et les vents quand ce ne sont pas les cours d'eau, mers et océans. Plusieurs centres de traitements des déchets déversent en continu un flot radioactif dans les eaux qui forment les nuages, abreuvent les continents et leurs populations. Une contamination invisible aux effets désastreux, car en répéter hypocritement la faible radioactivité serait faire abstraction de leur accumulation irréversible.
" En juin 1987, Pierre Bacher, directeur adjoint de l’équipement à l’E.D.F., a exposé la dernière doctrine de la sécurité des centrales nucléaires. En les dotant de vannes et de filtres, il devient beaucoup plus facile d’éviter les catastrophes majeures, la fissuration ou l’explosion de l’enceinte, qui toucheraient l’ensemble d’une « région ».(...) Il vaut mieux, chaque fois que la machine fait mine de s’emballer, décompresser doucement, en arrosant un étroit voisinage de quelques kilomètres, voisinage qui sera chaque fois très différemment et aléatoirement prolongé par le caprice des vents. Il révèle que, dans les deux années précédentes, les discrets essais menés à Cadarache, dans la Drôme, « ont concrètement montré que les rejets — essentiellement des gaz — ne dépassent pas quelques pour mille, au pire un pour cent de la radioactivité régnant dans l’enceinte ». Ce pire reste donc très modéré : un pour cent. Auparavant on était sûrs qu’il n’y avait aucun risque, sauf dans le cas d’accident, logiquement impossible. Les premières années d’expérience ont changé ce raisonnement ainsi : puisque l’accident est toujours possible, ce qu’il faut éviter, c’est qu’il atteigne un seuil catastrophique, et c’est aisé. Il suffit de contaminer coup par coup avec modération." Écrivait Guy Debord en 1988.(9)

 (période exprimée en "demi-vie")

Jusqu'en 1982 les déchets nucléaires militaires et civils –plus de 100.000 tonnes- furent déversées dans les profondeurs des océans. Plus de 2000 "essais nucléaires" militaires officiels ont déjà eu lieu sur la planète, le record de puissance établit dans l'atmosphère par les Russes, dépassait 50 Mt soit 3333 fois Hiroshima!

Le nucléaire produit chaque année des milliers de tonnes de déchets hautement radioactifs et à vie longue (HAVL) qui viennent s'ajouter aux plus de 250.000 tonnes de combustible usés estimées à travers le monde en 2008. Leur radioactivité et/ou toxicité chimique persiste durant des périodes allant de plusieurs décennies à plusieurs centaines de millénaires. Milliers de tonnes auxquelles il faut ajouter les déchets de moyenne activité et à vie longue (MAVL), provenant eux aussi des réacteurs et représentant des volumes beaucoup plus importants. Ceux de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC), principalement les outils et combinaisons utilisés lors de la construction ou l'entretien des réacteurs, et enfin les déchets dits de très faible activité (TFA), composés principalement des matériaux contaminés provenant du démantèlement de sites nucléaires. La multiplication des classifications ne suffisant pas à égarer ou rassurer l'électeur le lobby nucléaire va même jusqu'à prétendre au "retraitement" des déchets.

Si le plutonium et l'uranium de qualité militaire sont principalement produits dans des sites dédiés, le fait est que chaque réacteur "civil" crée du plutonium de par son fonctionnement même. Ceux qui voudraient le taire nous le rappellent pourtant quand il s'agit -par exemple- de l'Iran.
Et si ce n'est d'en réduire le volume, le traitement des déchets -qui en lui-même représente un désastre de toxicité pour l'humain et l'environnement- n'avait d'autre intérêt que d'en extraire le plutonium à des fins militaires. C'est ce qui en a historiquement motivé la mise en œuvre avant de trouver le très douteux alibi civil du MOX. Un combustible nucléaire décrié jusque dans le camp pro-nucléaire tant il est dangereux, instable et toxique. Ici aussi, depuis Fukushima il ne s'agit hélas plus d'avertissements théoriques.

Les réacteurs dits "civils" produisent du plutonium nécessaire à l'arme atomique et l'enrichissement de l'uranium "civil" produit de l'uranium appauvri "militaire". Le nucléaire "civil" et militaire sont plus que liés, ils ne font qu'un.

Si le nucléaire dit "civil" représente un risque majeur et vérifié, la filière militaire en représente le summum. L'arsenal nucléaire mondial est monté jusqu'à plus de 70.000 têtes au plus fort de la "guerre froide". Il est aujourd'hui estimé à 27.000 têtes intactes dont environ 12.500 actives.
Cependant le nombre de "puissances nucléaires" est passé de trois à neuf multipliant par autant le risque de la plus absurde conclusion à l'aventure humaine. Un seul missile étasunien "minuteman" représente plus de soixante fois Hiroshima, les Russes compensant leur manque de précision par des charges plus élevées encore.
Le danger d'une escalade nucléaire suite à un des nombreux conflits en cours ou déjà programmés demeure réel. Et ici aussi le risque d'accident existe (vol de charges ou de matières fissiles) et s'est maintes fois vérifié (fausse manœuvre humaine ou dysfonctionnement technique, etc.).(4)
Pire, la possibilité d'une "guerre nucléaire accidentelle" existe elle aussi. Conséquence éventuelle d'une simple erreur technique ou d'interprétation des systèmes de détection et d'alertes militaires, comme cela s'est régulièrement produit. A un tel point que le risque de "guerre nucléaire spontanée" est un concept militaire qui donna lieu à plusieurs conférences entre les deux superpuissances, afin de tenter d'en réduire le risque par différentes procédures, dont le fameux "téléphone rouge". Ou quand la survie de l'humanité ne tient qu'à un fil, tel est le "modèle de société" qui est imposé.
Malgré la supposée fin de la guerre froide, des milliers de têtes longues portées sont toujours placées en "lancement sur alerte"(10) ce qui rend possible à tout moment le déclenchement d'une apocalypse strictement "accidentelle". Il ne s'agit pas de spéculation. Le 25 janvier 1995, une fusée de recherche norvégienne fut identifiée par erreur comme un missile nucléaire hostile par le système de détection russe. La planète ne doit sa survie qu'à un (bref) éclair de lucidité du président Eltsine qui estima improbable une attaque nucléaire de la part de ses nouveaux amis(11). Si cet accident s'était produit en pleine guerre froide ou autre période de tension, vous ne liriez pas cette phrase.

La sortie du nucléaire est envisageable dès à présent et urgente; prétendre le contraire révèle avant tout un choix de société et d'avenir fort discutable.

En monopolisant des milliards d’euros chaque année (12), le nucléaire prive de financements les vraies solutions à la crise environnementale et freine leur développement. Le projet ITER accapare à lui seul plus de 60 % des fonds européens de recherche sur l’énergie et son coût prévisionnel atteint déjà 16 milliards d’euros!
Quand bien même la décision serait prise aujourd'hui, sortir du nucléaire prendra de longues décennies et ne dispensera pas de la gestion des déchets et autres conséquences. Postposer n'est donc certainement plus une solution. Au contraire les problèmes et les accidents vont se multiplier, les causes avérées étant le vieillissement et la prolifération du parc et de ses déchets. De plus confier la gestion de cette industrie à haut risque au privé quand ce dernier démontre -à l'image de Tepco ou dans bien d'autres domaines- qu'il préfère les profits à court terme à la sécurité, aggrave encore le risque. Il y a donc réellement urgence.

L'alternative passe par le développement des nombreuses énergies renouvelables souvent sous-exploitées, tant au niveau de la puissance dégagée qu'à celui de l'outillage.
Le solaire, le photovoltaïque, l'hydraulique, les vents et marées, le géothermique, la biomasse, la cogénération et bien d'autres pistes délaissées qui n'entrent pas assez dans la logique capitaliste de raréfaction et de centralisation ou -"défaut" majeur- dont l'intérêt militaire est nul. Tout comme elle implique par ailleurs le désarmement nucléaire global et l'interdiction de toute arme atomique.

Il est évident qu'à court et moyen termes l'apport du renouvelable ne suffira pas, cela passera donc aussi par une utilisation rationnelle de l'énergie disponible et le développement d'équipements et transports moins énergivores. Ce qui ne signifie pas inconfort -un concept que les Tokyoïtes découvrent sous un nouveau jour- mais de s'interroger par exemple sur la pertinence d'éclairer de nuit les publicités, autoroutes, centres commerciaux, bureaux vides, etc. De cesser de produire et d'utiliser des centaines de millions de gadgets munis de mode veille, souvent inutiles et ne disposant souvent plus d'interrupteur. Les industriels savent eux-aussi se rendre de menus services réciproques.
Aux citoyens de se rappeler à eux, de leur signifier la limite, d'opter pour des fournisseurs d'énergie non nucléaire, de refuser le consumérisme, de légiférer pour encadrer. Nationaliser les secteurs énergétiques à risques autant que ceux rentables pour la collectivité. Produire moins et mieux, travailler moins et vivre plus.
Cela est tout à fait possible et faisable, l'histoire le démontre à ceux qui en douteraient.

En Belgique les centrales nucléaires,  remboursées par le contribuable, furent vendues au privé Français GDF Suez. Depuis la note électrique belge flambe, ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas. C'est une "logique" qui doit être combattue, ici et maintenant, partout et tout le temps.

Il apparaît que le nucléaire de par les sommes invraisemblables d'argent qu'il met en œuvre, représente et génère, ainsi que par la puissance militaire ultime qu'il apporte est un des, sinon le paroxysme du productivisme. Il en est symptomatique et révèle le totalitarisme inavoué du système capitaliste de marché ou d'État, de sa soif de profit au mépris du plus grand nombre. Le secret, entendez les mensonges qu'il requiert sont à l'opposé de l'exercice démocratique le plus élémentaire.
" Les pratiques nucléaires, militaires ou civiles, nécessitent une dose de secret plus forte que partout ailleurs ; où comme on sait il en faut déjà beaucoup.(…) C’est ainsi que l’on peut disposer, pour évaluer la radioactivité, des unités de mesure suivantes : le curie, le becquerel, le röntgen, le rad, alias centigray, le rem, sans oublier le facile millirad et le sivert, qui n’est autre qu’une pièce de 100 rems. Cela évoque le souvenir des subdivisions de la monnaie anglaise, dont les étrangers ne maîtrisaient pas vite la complexité, au temps où Sellafield s’appelait encore Windscale.
(…)en Angleterre l’usine de retraitement des déchets nucléaires de Windscale a été amenée à faire appeler sa localité Sellafield afin de mieux égarer les soupçons, après un désastreux incendie en 1957, mais ce retraitement toponymique n’a pas empêché l’augmentation de la mortalité par cancer et leucémie dans ses alentours. Le gouvernement anglais, on l’apprend démocratiquement trente ans plus tard, avait alors décidé de garder secret un rapport sur la catastrophe qu’il jugeait, et non sans raison, de nature à ébranler la confiance que le public accordait au nucléaire." Guy Debord (13)

Les accidents et contaminations majeures ou "moindres" -toujours en cours- à Tchernobyl, Fukushima ou Sellafield et La Hague, tout comme à proximité de nombreuses autres centrales, sites de stockage de déchets ou encore dans les pays criblés de missiles et de munitions à l'uranium appauvri(14); démontrent l'irresponsabilité criminelle du productivisme. Et des politiques que ce dernier impose ou implique comme le consumérisme, le militarisme et l'impérialisme. Il s'agit bien d'un choix de société, d'un seul et même combat citoyen à mener ensemble. Car ici comme dans le cas de la crise économique du même système productiviste " il faut considérer cette crise comme une possibilité de rompre avec la logique capitaliste et de réaliser un changement radical de société. La nouvelle logique à construire devra rompre avec le productivisme, intégrer la donne écologique, éradiquer les différentes formes d’oppression (raciale, patriarcale, etc.) et promouvoir les biens communs." Comme l'écrivait récemment Eric Toussaint au sujet de l'Europe.(15)

"Grâce aux pastilles d'iode distribuées en cas d'accident nucléaires les populations exposées mourront de divers cancers respiratoires et cutanés, oui mais avec une thyroïde "saine"!" (16)

La seule et unique manière de (se) protéger efficacement des dangers nucléaires est de reprendre la lutte et de sortir définitivement de cette aberration. Nous avons un monde à soigner, à gagner et à construire, par la réappropriation de l'action politique et l'action citoyenne directe non violente car comme Voltairine le soulignait : " je ferai remarquer que l’on n’engage jamais, que l’on n’envisage même jamais aucune action politique, tant que les esprits assoupis n’ont pas été réveillés par des actes de protestation directe contre les conditions existantes."(17)
Greenpeace en obligeant -par ses analyses in situ indépendantes- le gouvernement japonais à revoir ses estimations et mesures de sécurités à la hausse, en fait une fois de plus la démonstration.

Voilà un projet qui peut et doit permettre de dépasser certains clivages dont ne s'encombre pas l'adversaire et mener à la création d'un large front capable de créer le rapport de force, aujourd'hui à nouveau nécessaire, pour faire respecter les choix démocratiquement exprimés par les populations et les lois qui en découlent.
Ce qui -il semble bon de le rappeler- ne se jouera ni devant, ni derrière et encore moins sur un écran mais sur la plage. (18)


Ø.

Par gratitude et en hommage aux liquidateurs Tchernobyl, de Fukushima et d'ailleurs.
En solidarité avec les victimes directes ou indirectes et toutes celles et ceux qui luttaient déjà ou se lèvent pour en finir avec le nucléaire.

Source: La fourmi rouge

(1) Le terme demi-vie ne signifie pas que la radioactivité serait nulle après deux demi-vies, elle n'est alors réduite qu'à 25%. La durée de vie de certains éléments constituant les déchets et produits de l'industrie nucléaire est estimée jusqu'à plusieurs millions d'années par les chercheurs. C'est le cas de l’iode 129, émetteur bêta d'une demi-vie de 15,7 millions d’années ou du cesium135 et sa demi-vie de 3 millions d'années. Pour les autres il faut généralement compter en millénaires, siècles ou décennies. Le plutonium produit dans les réacteurs a une "demi vie"de plus de 24.000 ans, temps nécessaire pour qu'il perde la moitié de sa radioactivité seulement.
(2) Les conditions d'entreposage, en France par exemple, de déchets radioactifs datant des années 1950 et 1960, sont à l'origine de contaminations du sous-sol et parfois des nappes phréatiques, selon un rapport publié en 2008 par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
(3) Voir l'article "Conséquences de Tchernobyl" d'Alison Katz publié par "Le Monde Diplomatique" et le dossier "La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, 20 ans après" publié par "La Documentation Française".
(4)Voir à ce sujet les listes des accidents nucléaires connus disponibles -entre autre- sur le site Wikipédia.
(5)Voir l'article "Les dossiers enterrés de Tchernobyl" d'Alison Katz publiés par "Le Monde Diplomatique".
(6) L'Allemagne et la Belgique ont connu des mobilisations antinucléaires établissant des records historiques. En France 80% de la population est en faveur du référendum sur la question nucléaire qui n'a pourtant jamais eu lieu.
(7) Extrait d'"Une catastrophe nucléaire, cela n’arrive jamais. Jusqu’au jour où…" par Eloi Glorieux, publié par "Le Soir".
(8) La formule complète est disponible sur le blog de Paul Jorion à la date du 18 mars 2011.
(9) Procédure permettant d’envoyer les missiles avant que l’ennemi ne frappe en se basant uniquement sur la détection informatisée de capteurs en réseaux.
(11) Ou de la part de ses commanditaires, à vous de voir.
(12) Superphénix, le "surgénérateur" fermé en 1997 après 12 années de dysfonctionnements divers a coûté à lui seul 9,7 milliards d’euros.
(16) Réponse donnée par un pharmacien interrogé quant à la non-disponibilité pour la population belge de pastilles d'iode.
(17) "De l'action directe" par Voltairine de Cleyre.
(18) Celle qui est sous les pavés.
Le mensonge de Fukushima



Le mensonge de Fukushima - ZDF 07.03.2012 par kna60

mardi 31 janvier 2012

Terre

Au total, le nucléaire français a coûté 228 milliards d'euros

Dans un rapport publié ce mardi, la Cour des comptes chiffre les investissements publics et privés dans l'électricité nucléaire française.


La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, le 5 décembre 2011 (Photo Francois Nascimbeni. AFP)

La Cour des comptes a chiffré mardi à 228 milliards d'euros les investissements dans l'électricité nucléaire en France, tout en évoquant des incertitudes importantes quant aux coûts futurs de la filière, mais qui n'agiront qu'à la marge sur une addition appelée à grimper.
D'après ce rapport de près de 400 pages, qui avait été commandé l'an dernier par le gouvernement après la catastrophe de Fukushima, les investissements publics et privés réalisés depuis le début dans la filière française d'électricité nucléaire, d'un montant colossal, sont néanmoins bien «identifiés», avec une addition «toutes dépenses confondues» évaluée à 228 milliards.
Le montant total de la construction des installations nécessaires à la production d'électricité nucléaire est chiffré à 121 milliards d'euros (hors coût de Superphénix), et le parc actuel, composé de 58 réacteurs dont les plus anciens (Fessenheim 1 et 2) sont entrés en service en 1978, a coûté à lui seul 96 milliards. Les dépenses de recherche publiques et privées depuis les années 1950 sont de leur côté évaluées à 55 milliards, soit environ un milliard par an.

 http://video.liberation.fr/video/7a8bc9efac6s.html

Les charges futures incertaines

La Cour prévient par ailleurs que les charges futures assumées par les opérateurs sont très incertaines «par nature», du fait de multiples inconnues liées au démantèlement des installations nucléaires et à la gestion à long terme des déchets radioactifs, par manque d'expérience et parce que certains choix ne sont pas encore arrêtés. D'où des risques d'augmentation «probables».
Cependant, elle souligne que l'éventuelle augmentation de ces charges aura un impact bien moindre sur le coût global de la production d'électricité nucléaire que l'évolution des dépenses de maintenance des installations, dont le montant annuel moyen va au minimum doubler sur la période 2011-2025 par rapport à 2010.
Enfin, sans vouloir rentrer dans le débat autour de la part du nucléaire dans la palette énergétique nationale, la Cour a prévenu que le non-prolongement des réacteurs d'EDF au-delà de 40 ans nécessiterait «un effort très considérable d'investissement équivalent à la construction de 11 EPR d'ici 2022», ce qui lui parait «très peu probable, voire impossible».
(AFP)

dimanche 22 janvier 2012

Jusqu’il y a peu consultant en relations internationales, je continue à recevoir des informations sur certains grands dossiers du monde. Hier, j’ai pris connaissance d’une note de synthèse sur la situation militaire dans le Détroit d’Ormuz. Après avoir procédé aux recoupements d’usage lorsqu’on reçoit une information aussi sensible, je peux confirmer que cette note décrit bien ce qui se passe réellement dans cette région hyper sensible du monde.
Mais d’abord il n’est pas inutile de rappeler pourquoi il y a lieu de s’intéresser au Détroit d’Ormuz .
Comme le pas de Calais en Europe, comme les Détroits de Malacca, de la Sonde et de Lombok en Asie du Sud-Est, le Détroit d’Ormuz, au Moyen-Orient, est un point de passage d’une importance stratégique de première importance puisqu’il voit transiter 30% du commerce mondial de pétrole. C’est l’accès au Golfe Persique. Il est bordé par trois pays : les Emirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman au sud, l’Iran au nord. C’est l’Iran, qui, en vertu de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, doit assurer avec le Sultanat d’Oman, le libre passage, même si, pour des raisons liées à la profondeur des eaux, l’essentiel du trafic maritime se fait le long des côtes omanaises du détroit.
En décembre 2011, l’Iran a menacé de fermer le détroit si de nouvelles sanctions contre son programme nucléaire frappaient ses exportations de pétrole.
Concentration exceptionnelle de moyens militaires nucléaires
Voici la note qui m’a été communiquée le 20/1.
« Il y a trois jours, un avion Dassault Mirage 2000D (ou 2000N selon les sources) français, équipés pour des missions de frappe nucléaire à grande distance de leur base, a percuté un Boeing F-15* de la Royal Saudi Air Force, dans le nord du royaume saoudien, lors d’un exercice aérien. Les trois pilotes (un saoudien et deux français) n’ont souffert que quelques égratignures légères.
 
« Il s’agit d’un exercice conjoint entre un Mirage appartenant aux armées françaises et un F-15 saoudien, peut-on lire dans une dépêche officielle, et les deux pilotes se sont éjectés sans encombre **».
 

Question : l’OTAN prépare t-il une intervention en Syrie ou en Iran ? Pourquoi avoir utiliser ce Mirage 2000, spécialement équipé pour des frappes nucléaires à grande distance ?
 

Rappelons que l’OTAN dispose dans le détroit d’Ormuz depuis trois semaines du USS Carl Vinson, du USS John C. Stennis et du USS Abraham Lincoln***, quatre ou cinq croiseurs et destroyers anti missile Aegis, plus un nombre important de sous marins, frégates et destroyers et navires de soutien. Plus les navires d’assaut USS Makin Island, capables de lancer des assauts sous marins, le USMC Harriers avec des hélicoptères d’attaque et d’assaut.
Plus encore, le USS New Orleans et le USS Pearl Harbor.*
*** 

En outre, la marine français a dépêché sur place le Charles De Gaulle, la marine britannique a renforcé sa flotte avec le porte avions HMS Daring.
En tout, environ le tiers des avions de frappe nucléaire du monde entier se trouve en ce moment basé près du Détroit d’Ormuz. »
* produit par Boeing depuis que McDonnel-Douglas qui l’a créé a été absorbé par Boeing ; l’aviation saoudienne possède 87 exemplaires du F-15 C, une version monoplace.
** le communiqué cité évoque le sort des deux pilotes français.
*** il s’agit de trois porte-avions, ce qui implique au moins deux groupes de combat aéronaval, sinon trois.
**** transporteurs d’engins amphibies.
Pourquoi une telle concentration d’armes occidentales de destruction massives ?
On le sait, le programme nucléaire iranien inquiète les Occidentaux et Israël directement menacé dans des déclarations incendiaires des dirigeants iraniens. L’armée israélienne, dont l’aviation a déjà détruit le réacteur nucléaire d’Osirak (en Irak) en juin 1981, a mis au point des plans de destruction des principaux sites nucléaires iraniens. Et nombreuses sont les indications qui confirment que la tentation est grande à l’Etat-Major des forces israéliennes comme dans le plus à droite des gouvernements israéliens de passer à l’acte, au nom de la survie de l’Etat d’Israël et du peuple juif.
Aux Etats-Unis, où on a assisté à une inversion complète de la politique annoncée dans le célèbre discours du Caire, l’Administration Obama se retrouve sur des positions pro-israéliennes identiques à celles de son prédécesseur. Début de ce mois a commencé le déploiement de 9.000 soldats américains en Israël sous prétexte d’un test de missiles. Parmi ces milliers de soldats, bien sûr des marine’s, mais aussi des aviateurs, des équipages intercepteurs de missiles, des marins, des agents de renseignement.
En septembre dernier, les USA avaient installé un système de radars en Israël. De nouveaux types d’armements ont été fournis à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis, fidèles alliés et fournisseurs de pétrole.
En Europe, France et Grande-Bretagne s’alignent sur les USA comme relevé dans la note ci-dessus.
On apprend que des officiers américains ont rejoint tous les centres de commandement de l’armée israélienne et que des officiers israéliens viennent d’arriver à Stuttgart où se trouve le centre de commandement en Europe des forces américaines. Ce centre (EUCOM) se confond avec le SACEUR, le Commandement suprême des forces alliées en Europe, responsable du commandement général des opérations militaires de l’OTAN.
Un bruit de bottes que la presse conventionnelle n’entend pas
Il ne faut pas être un spécialiste des relations internationales ou des questions stratégiques pour se rendre compte qu’une attaque contre l’Iran, qu’elle soit le fait d’Israël seul ou d’une coalition incluant Israël, les Etats-Unis et l’Europe aurait d’immenses répercussions militaires, politiques et économiques dans la région, mais également dans le monde entier. Et pourtant, très peu de médias se saisissent du sujet. Très peu d’acteurs politiques soulèvent la question. Une des plus formidables concentrations d’armes de destruction massive s’opère à des fins soigneusement cachées et personne ne s’en inquiète. Alors que le déclenchement éventuel d’un nouveau conflit au Moyen-Orient concerne toutes les populations de la planète, vu les suites difficilement mesurables aujourd’hui qu’il pourrait entraîner.
Le régime qui impose sa dictature en Iran ne m’inspire aucune sympathie. Les théocraties islamiques, chrétiennes ou hébraïques me répugnent. Mais le recours à la guerre comme méthode de résolution des conflits est toujours un recul de la civilisation. Et un immense malheur pour les peuples. Il faut l’empêcher en réclamant un débat public dans les parlements nationaux, au Parlement européen, à l’ONU.
Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage (Jean Jaurès).
Raoul M. Jennar

lundi 16 janvier 2012

ITER : une machine dangereusement instable


, Physicien des plasma


Certains experts doutent de la faisabilité technique, à coût raisonnable, du projet ITER. Michèle Rivasi, député européenne, veut lancer un débat à l'Assemblée nationale et dans les médias. Elle a commandé un rapport à Jean-Pierre Petit, ancien directeur de recherche au CNRS.


Lire..., Lire les commentaires Le projet ITER, mené par un conglomérat international rassemblant les pays développés (Europe, Russie, Etats-Unis, Japon, Corée) et les grands pays émergents (Chine et Inde), vise à démontrer la faisabilité d'une fusion thermonucléaire maîtrisée. Les tests sont menés au centre de Cadarache, près de Marseille.

Le principe d'ITER est de générer de l'énergie issue de fusion thermonucléaire en maintenant à très haute température un plasma de basse densité, confiné dans un vaste chaudron, appelé « tokamak ».
Voir deux articles de la chaine Energie :

Iter en panne, faute de combustible financier
Qu'est-ce qu'Iter?
J'ai travaillé huit mois sur le dossier d'ITER et des « tokamaks » , à la demande de Michèle Rivasi, députée européenne. Conseillé par des spécialistes, bâillonnées, car encore en activité, j'ai découvert, ce que ces gens savent de longue date : que ces tokamaks sont des machines terriblement instables. 

Peu de gens, sauf des spécialistes des plasmas confinés savent comment fonctionnent ces chaudières toriques que sont les tokamaks, ITER n'étant que la version géante de ces machines où on projette d'exploiter l'énergie dégagée par la fusion de deux isotopes de l'hydrogène, le deutérium et le tritium, mélange porté à cent millions de degrés. Une fusion qui a déjà été réalisée sur la machine anglaise JET en 1997, pendant ... une seconde.


L'immense majorité des gens, y compris les politiques et les décideurs, n'en savent pas plus que ce qu'on leur sert à longueur d'année, dans des documents de propagande installés sur le net. ITER, deux fois plus grand que le JET, sera « le Soleil dans une éprouvette », « l'énergie illimitée ». Une « machine du futur »  qui ne devrait produire ses fruits, c'est à dire de l'énergie électrique, qu'à la fin du siècle, à travers ses successeurs, DEMO, puis PROTO, avec à chaque fois un gain en taille d'un facteur 2.


Ceux-ci sont parcourus par un fort courant électrique, qui se boucle dans leur chambre torique. Dans le JET anglais : 4 millions d'ampères. Dans ITER : 15 millions. Une fuite, un dysfonctionnement dans le système qui crée le champ magnétique de confinement, ou simplement des poussières détachées de la paroi peuvent en un millième de seconde provoquer un décrochage complet. La température du plasma s'effondre alors d'un facteur 10.000, le champ magnétique devient chaotique.


Il se produit alors ce qu'on appelle une disruption. Cessant de se boucler sur lui-même, l'énorme courant électrique se projette sur la paroi selon un arc électrique dont l'intensité égale celle du courant de fonctionnement, évoqué plus haut Imaginez un dragon qui se mordrait la queue et, lâchant soudain celle-ci, il s'en irait aussitôt mordre la paroi de sa prison, avec fureur. Dans les machines actuelles, ceci engendre des dégâts spectaculaires, mais superficiels.


Les colères d'ITER qui, prédisent les spécialistes, atteindront les 15 millions d'ampères, perforeront une paroi d'un centimètre d'épaisseur, composée à 80 % d'un métal toxique et cancérigène, le béryllium, dont la température de fusion n'est que de 1280°C. Ce sursaut paroxystique s'accompagnera de forces gigantesques (de 5000 à 15.000 tonnes pour ITER) susceptibles d'endommager gravement la machine. Dans une thèse récente, l'anglais Andrew Thurston dit que si une disruption se produisait sur une machine comme DEMO, cela serait simplement catastrophique.


Ces disruptions, peut-on les éviter ? Difficilement, les causes étant très variées. Une simple fuite, l'abrasion de la paroi, peuplant le plasma de fines particules, la moindre erreur technique peuvent déclencher l'instabilité, qui se développera alors si rapidement, en un millième de seconde, qu'il ne sera pratiquement pas possible de la contrer.


J'ai rédigé un rapport que Michèle Rivasi a diffusé au sein de la commission Information Recherche Energie. Traduit en anglais, ce document touchera bientôt les 124 membres de cette commission. Elle l'a également transmis à la commission du budget.


Ceci a déclenché la fureur de Bernard Bigot, Administrateur Général du CEA, qui a cherché à provoquer une rencontre entre cette parlementaire et des spécialistes d'ITER. Michèle Rivasi a donc invité ceux-ci « en terrain neutre », dans un local de l'Assemblée Nationale, le 16 novembre dernier, en exigeant que je sois présent et que cette rencontre soit filmée par un journaliste. Les experts ont déclaré forfait. Voir la vidéo. Michèle Rivasi ne compte pas en rester là, et recherchera un débat public à l'Assemblée Nationale ainsi que dans les médias. On trouvera le fameux rapport en cliquant ici, et un document plus étoffé à cette adresse. Comme elle le souligne, alors que les spécialistes étaient parfaitement au courant, on a caché cette dangerosité au public et aux décideurs. Au cours d'une visite à Cadarache, en questionnant les responsables, elle a même découvert avec stupeur qu'il n'avait pas été prévu d'assurer ITER !



En savoir plus :

http://www.enquete-debat.fr/archives/michele-rivasi-et-jean-pierre-petit-a-propos-diter


http://www.jp- petit.org/NUCLEAIRE/ITER/ITER_fusion_non_controlee/chronique_faillite_annoncee.pdf


http://www.jp-petit.org/chronique.pdf

Thèse de Cédric Reux (novembre 2010) :

http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions/these_c_reux.pdf

Thèse d'Andrew Thornton (janvier 2011)

http://etheses.whiterose.ac.uk/1509/1/AT_thesis_FINAL.pdf



Source: L'Express.fr

dimanche 6 novembre 2011

Peut-on vraiment démanteler une centrale nucléaire ?

PAR ANTHONY LAURENT (7 NOVEMBRE 2011)

Que la France décide ou non de sortir du nucléaire, elle sera tôt au tard confrontée au démantèlement de ses 58 centrales nucléaires vieillissantes. Une problématique que connaît bien l’anthropologue et philosophe Christine Bergé, qui a enquêté sur le chantier de déconstruction du surgénérateur Superphénix. Pour elle, démanteler une centrale, c’est entrer dans un rapport au temps particulier, où mémoire et informations se perdent face à une tâche gigantesque. Et on ne « déconstruit » pas une centrale : on enrobe, on éparpille, on disperse. Entretien.
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Basta ! : Pourquoi avoir écrit Superphénix, déconstruction d’un mythe ?
Christine Bergé : C’est le premier livre qui décrit de façon tout à fait lisible, pour le grand public, le fonctionnement d’une centrale nucléaire ainsi que son démantèlement. Dans cet ouvrage, je déchiffre les aspects symboliques qui entourent ce qui était considéré à l’époque comme le plus grand surgénérateur du monde  [1]. Ayant beaucoup travaillé sur la réanimation en milieu hospitalier, j’ai abordé Superphénix comme un organisme vivant que l’on accompagne en fin de vie. Quand je suis entrée pour la première fois dans les bâtiments de la centrale, j’ai tout de suite remarqué qu’aucune horloge n’était à l’heure. C’était comme si la centrale somatisait. Pour les travailleurs du site, cela veut dire qu’il y a un arrêt du temps dans leur existence. J’ai également saisi qu’ils avaient du mal à avancer dans le temps de la déconstruction.
Quel enseignement principal tirez-vous de votre enquête ?
J’ai veillé à être extrêmement réaliste dans ma description des travaux et de la réalité vécue par les travailleurs, tout en analysant l’arrière-fond « inhumain » : avec le nucléaire, nous sommes dans des temps très longs, immémoriaux, qui sont hors de l’histoire et dépassent tout le monde. Malgré toutes les précautions prises lors de tels chantiers, le temps des radionucléides – qui peuvent durer jusqu’à plusieurs millions d’années – sont ingérables. Le problème de la mémoire se pose inévitablement.
Comment se gère ce rapport au temps dans le cadre de la déconstruction d’une centrale ?
Tout est archivé, sur ordinateur ou sur papier, mais lire toutes les archives est strictement impossible. Une partie de l’information se perd. Par exemple, nous n’avons pas pu retrouver la trace de tous les architectes de Superphénix ! Or, pour la déconstruction, revoir entièrement ce qui a été fait dans le passé est une obligation. Entre la construction et la déconstruction d’une centrale, il peut s’écouler un demi-siècle. De plus, les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour être déconstruites. Autrement dit, on déconstruit à partir de rien, on est obligé de tout inventer.
La perte de mémoire est inhérente à la déconstruction et, plus encore, au fonctionnement même des humains. Et dans l’industrie nucléaire, cela peut s’avérer dramatique. Pour Superphénix, les choses se passent relativement bien, car c’est une centrale jeune, en bonne santé et qui a très peu fonctionné. Mais la centrale de Tchernobyl ne peut pas être déconstruite. Et personne ne pourra jamais déconstruire Fukushima non plus.
En quoi Superphénix est-il un mythe ?
Le nom de Superphénix renvoie à une figure mythique : c’est l’oiseau qui renaît de ses cendres. Avec ses 1 200 MW, le surgénérateur de Creys-Malville devait être le plus puissant du monde, capable de se régénérer en permanence. Il était présenté comme le fin du fin de la technologie nucléaire. Et la déconstruction même d’une centrale est un mythe. On déconstruit mais on ne résout pas le problème de la radioactivité pour autant. Une centrale est en réalité une gigantesque poubelle dont on disperse les éléments. Du moindre gant en latex jusqu’à certains composants pouvant mesurer 15 m de long et qui ont baigné dans du sodium irradié. Tout cela ne peut pas être déconstruit. Les déchets de déconstruction sont enrobés et mis en terre ou envoyés dans des filières dédiées. Mais on ne fait qu’enrober.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de vos visites de Superphénix ?
En premier lieu, le gigantisme et la beauté de la technique nucléaire, qui sont proprement fascinants. Je pense que les personnes qui y travaillent sont constamment dans un vertige de puissance. Ensuite, c’est l’extrême rigueur à laquelle sont soumis les travailleurs. Il y a une culture de la sûreté très exigeante. Mais, en réalité, on est obligé de tirer financièrement par tous les bouts : EDF fait appel à la sous-traitance, qui à son tour est mal payée, etc. Ce qui m’a frappée, c’est la disproportion entre la bonne volonté des humains et la réalité de la tâche à accomplir, qui est absolument monstrueuse.
Quelles sont les pressions exercées sur ceux qui déconstruisent ?
Il existe des pressions financières énormes au niveau des directions car le démantèlement est horriblement coûteux, et l’argent, rare. Au niveau des prestataires également, puisque sera choisi celui qui fera le meilleur travail au moindre coût. Il y a aussi une pression sur l’information : on ne peut pas tout dire. Les partisans de l’atome aiment à faire croire que le nucléaire est incompréhensible. Mais c’est faux. On veut cacher au public la compréhension de la technologie. Plus encore, on ne peut pas tout se dire. Au-delà des contraintes réglementaires, les travailleurs qui œuvrent en zone contaminée ne peuvent pas à la fois gérer le danger et accepter de prendre de la dose. Parmi ceux qui travaillent avec la claire conscience du danger, certains vont jusqu’à se suicider.
Au vu de ces constats, le nucléaire est-il selon vous une aberration dans nos sociétés ?
Absolument. On développe des techniques sans jamais mesurer leurs impacts sur les humains. Cela est vrai pour toutes les industries dangereuses. Mais, avec le nucléaire, c’est pire encore puisque les radionucléides, dont certains peuvent se révéler mortels, ont des durées de vie comparables à celle de la planète… Il est donc tout simplement impossible de les gérer. Prenons le cas du plutonium. Nous sommes en train d’en accumuler partout dans le monde, mais nous ne savons absolument pas quoi en faire. Si vous en inhalez ne serait-ce que quelques grammes, vous êtes mort. Il est important de dire que les radionucléides naturels les plus dangereux ne sont rien à côté des radioéléments fabriqués artificiellement dans les cœurs des réacteurs.
Quels sont les principaux risques nucléaires ?
Les accidents représentent la première dangerosité. Ils peuvent avoir plusieurs causes : la négligence humaine, l’attentat terroriste, la catastrophe naturelle, comme à Fukushima. Le calcul de la probabilité de survenue d’un accident nucléaire n’est en réalité que le calcul des facteurs de risque, ce qui veut donc dire que l’on ne peut pas prévoir l’accident, lequel, par définition, surviendra à un endroit et à un moment que l’on n’avait pas prévus. Le danger pour le corps humain est également gravissime. Les radionucléides pénètrent dans tous les organes. Là aussi, les institutions internationales, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui marchent main dans la main, nous noient dans un océan de calculs. Après l’accident de Tchernobyl, ils ont relevé les seuils de radioactivité que les individus pouvaient recevoir. C’est affreux. Au lieu d’admettre qu’ils ne pouvaient pas gérer la situation, ils ont augmenté les seuils de supportabilité humaine…
Et troisième risque, la contamination radioactive, chronique et accumulative. À la différence de la fumée, qui s’évapore dans l’air, la radioactivité, elle, ne disparaît jamais totalement. Elle s’éparpille. Même si l’activité nucléaire mondiale s’arrêtait aujourd’hui, nous sommes condamnés à vivre dans un environnement virtuellement mutagène. L’irradiation radioactive est une pollution. Et nous sommes dans une inertie polluante. Le véritable problème est cette acceptation de l’irradiation chronique, car on est en train de transformer la notion d’accident : il devient un simple aléa du nucléaire. On le dédramatise, à l’instar de ce qui est fait avec les effets des faibles doses. Pour preuve, on ne parle déjà plus aujourd’hui de Fukushima, alors que Tchernobyl, en son temps, était une catastrophe effroyable.
Les responsables politiques français sacralisent-ils l’énergie nucléaire ?
Ce qui est sacré pour qui maîtrise l’énergie nucléaire, c’est le pouvoir qu’elle confère : les lignes de force des alliances, la potentialité de guerre, la possibilité de menacer l’autre à égalité. Ce n’est pas l’énergie nucléaire elle-même. Cette dernière, en revanche, est sacralisée par les acteurs du nucléaire – les ingénieurs des Mines, du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), des organismes de recherche sur l’atome, les militaires, etc. –, qui pensent réellement qu’on ne peut pas faire autrement. Il y a cinquante, soixante ans, régnait une grande mythologie du nucléaire. C’était l’énergie irradiante de l’avenir. Maintenant que sa dangerosité est avérée, il est forcément moins sacralisé. Le nucléaire reste néanmoins encore aujourd’hui la dragée qu’il faut porter le plus haut possible. Par conséquent, le seul argument qui rend le nucléaire si incontournable en France est l’argument de puissance.
Propos recueillis par Anthony Laurent
À lire : Superphénix, déconstruction d’un mythe, Christine Bergé (photographies de Jacqueline Salmon), Les empêcheurs de penser en rond, La Découverte, octobre 2010, 150 p., 13 euros.
Image : Jared Rodriguez / t r u t h o u t ; Adapted : AmyZZZ1 trying to decide what one to get !, D Sharon Pruitt

Notes

[1] Superphénix est le réacteur de la centrale nucléaire de Creys-Malville, en France. Lancé par le Premier ministre Jacques Chirac en 1976, il est mis en service en 1985, et arrêté définitivement en 1998. Les travaux de démantèlement devraient durer jusqu’en 2027. Soit dix ans de construction, trente ans de déconstruction, pour une durée de vie utile de onze ans au total, en comptant les périodes d’arrêt. À lire, sur l’histoire du réacteur : Superphénix, des braises sous la cendre, Le monde diplomatique, avril 2011

dimanche 26 juin 2011

Nucléaire: "Le gars qui se fâche et qui a raison"


Il a fait des vidéos depuis le début de la crise à la centrale nucléaire de Fukushima, vidéos que j’ai regardées. Sa colère était d’abord contenue. Elle ne l’est plus. Et c’est parfois quand on se fâche qu’on parle le plus juste, parce qu’on dit « ce qu’on a sur le coeur », selon l’expression consacrée. On parle avec passion.
Fukushima: Message d'un père de famille Français... par GreenCoder  Source: blog paul Jorion

mercredi 15 juin 2011

Bernard Laponche : “Il y a une forte probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe”





LE MONDE BOUGE - Physicien nucléaire, polytechnicien, Bernard Laponche est formel : la France est dans l'erreur. Avec le nucléaire, elle s'obstine à privilégier une énergie non seulement dangereuse mais obsolète. Alors que d'autres solutions existent, grâce auxquelles les Allemands ont déjà commencé leur transition énergétique.






Il est des leurs. Enfin, il était des leurs. Polytechnicien, physicien nucléaire, Bernard Laponche a participé, dans les années 1960, au sein du Commissariat à l'énergie atomique, à l'élaboration des premières centrales françaises. La découverte des conditions de travail des salariés de la Hague sera pour lui un choc : il prend conscience du danger de l'atome, qu'il juge moralement inacceptable. Dès les années 1980, Bernard Laponche, désormais militant au sein de la CFDT, prône la maîtrise de la consommation énergétique et le développement des énergies renouvelables. Les décennies suivantes lui ont donné raison. Mais la France, seul pays au monde à avoir choisi l'option du tout-nucléaire, s'obstine dans l'erreur, déplore-t-il, et s'aveugle : énergie du passé, sans innovation possible, le nucléaire ne représente pas seulement une menace terrifiante, pour nous et pour les générations qui suivront ; il condamne notre pays à rater le train de l'indispensable révolution énergétique.
 On présente toujours l'énergie nucléaire comme une technologie très sophistiquée. Vous dites qu'il s'agit juste du « moyen le plus dangereux de faire bouillir de l'eau chaude » (1) . C'est provocateur, non ?
Pas vraiment... Un réacteur nucléaire n'est qu'une chaudière : il produit de la chaleur. Mais au lieu que la chaleur, comme dans les centrales thermiques, provienne de la combustion du charbon ou du gaz, elle est le résultat de la fission de l'uranium. Cette chaleur, sous forme de vapeur d'eau, entraîne une turbine qui produit de l'électricité. L'énergie nucléaire n'est donc pas ce truc miraculeux qui verrait l'électricité « sortir » du réacteur, comme s'il y avait une production presque spontanée...
Pourquoi cette image s'est-elle imposée ?
Les promoteurs du nucléaire ne tiennent pas à mettre en avant la matière première, l'uranium. C'est lié au fait qu'à l'origine le nucléaire était militaire, donc stratégique. Et puis en laissant penser que l'électricité est produite directement, ils lui donnent un côté magique, ainsi qu'une puissance trois fois plus élevée, car c'est la chaleur produite que l'on évalue, pas l'électricité. Or les deux tiers de la chaleur sont perdus, ils réchauffent l'eau des fleuves ou de la mer qui sert à refroidir les réacteurs.

Ce sont des crayons d'uranium, de l'uranium légèrement enrichi en isotope 235, pour les réacteurs français. La fission est une découverte récente (1938) : un neutron tape un noyau d'uranium qui explose, produit des fragments, donc de l'énergie, et des neutrons, qui vont taper d'autres noyaux – c'est la réaction en chaîne. La multiplication des fissions produit de la chaleur. Or les fragments de la fission sont de nouveaux produits radioactifs, qui émettent des rayons alpha, bêta, gamma... A l'intérieur des réacteurs, vous produisez donc de la chaleur, c'est le côté positif, mais aussi des produits radioactifs, notamment du plutonium, le corps le plus dangereux qu'on puisse imaginer, qui n'existe qu'à l'état de trace dans la nature. On aurait dû s'interroger dès l'origine : ce moyen de produire de l'eau chaude est-il acceptable ?
Cette réaction en chaîne, on peut tout de même l'arrêter à chaque instant, non ?
Dans un fonctionnement normal, on abaisse les barres de contrôle dans le cœur du réacteur : elles sont constituées de matériaux qui absorbent les neutrons, ce qui arrête la réaction en chaîne. Mais il faut continuer de refroidir les réacteurs une fois arrêtés, car les produits radioactifs continuent de produire de la chaleur. La nature même de la technique est donc source de risques multiples : s'il y a une panne dans les barres de contrôle, il y a un emballement de la réaction en chaîne, ce qui peut provoquer une explosion nucléaire ; s'il y a une fissure dans le circuit d'eau, il y a perte de refroidissement, la chaleur extrême détruit les gaines du combustible, certains produits radioactifs s'échappent, on assiste à la formation d'hydrogène, cet hydrogène entraîne des matières radioactives et peut exploser.
“Puisque le point de départ, c'est la création
de produits radioactifs en grande quantité, la catastrophe
est intrinsèque à la technique. Le réacteur fabrique
les moyens de sa propre destruction.”

Mais on multiplie les systèmes de protection...
Vous avez beau les multiplier, il y a toujours des situations dans lesquelles ces protections ne tiennent pas. A Tchernobyl, on a invoqué, à juste titre, un défaut du réacteur et une erreur d'expérimentation ; à Fukushima, l'inondation causée par le tsunami. Au Blayais, en Gironde, où la centrale a été inondée et où on a frôlé un accident majeur, on n'avait pas prévu la tempête de 1999. Mais on a vu des accidents sans tsunami ni inondation, comme à Three Mile Island, aux Etats-Unis, en 1979. On peut aussi imaginer, dans de nombreux pays, un conflit armé, un sabotage... Puisque le point de départ, c'est la création de produits radioactifs en grande quantité, la catastrophe est intrinsèque à la technique. Le réacteur fabrique les moyens de sa propre destruction.
Y a-t-il eu des innovations en matière nucléaire ?
Aucun progrès technologique majeur dans le nucléaire depuis sa naissance, dans les années 1940 et 1950. Les réacteurs actuels en France sont les moteurs des sous-marins atomiques américains des années 1950. En plus gros. Les réacteurs, l'enrichissement de l'uranium et le retraitement, sont des technologies héritées de la Seconde Guerre mondiale. On a juste augmenté la puissance et ajouté des protections. Mais parce que le système est de plus en plus compliqué, on s'aperçoit que ces protections ne renforcent pas toujours la sûreté.
On a du mal à croire qu'il n'y ait eu aucune innovation majeure...
Si, le surgénérateur ! Avec Superphénix, on changeait de modèle de réacteur. Et heureusement qu'on l'a arrêté en 1998, car il était basé sur l'utilisation du plutonium. Le plutonium est un million de fois plus radioactif que l'uranium. Comment a-t-on pu imaginer faire d'un matériau aussi dangereux le combustible d'une filière de réacteurs exportable dans le monde entier ?
Nicolas Sarkozy affirme que si l'on refuse le nucléaire, on doit accepter de s'éclairer à la bougie. Qu'en pensez-vous ?
Il est lassant d'entendre des dirigeants qui n'y connaissent rien continuer à dire n'importe quoi. Nicolas Sarkozy ne croit pas si bien dire ; un jour, et pourquoi pas dès cet été, les Français s'éclaireront à la bougie : comme nous sommes le seul pays au monde à avoir choisi de produire 80 % de notre électricité avec une seule source, le nucléaire, et une seule technique, le réacteur à eau pressurisée, si nous sommes contraints d'arrêter nos réacteurs, nous retournerons à la bougie ! Pas besoin d'une catastrophe, juste un gros pépin générique, ou une sécheresse et une canicule exceptionnelles. Car on ne peut pas faire bouillir l'eau des rivières. En revanche, si l'on décidait de sortir du nucléaire en vingt ans, on pourrait démultiplier notre inventivité énergétique pour justement éviter la bougie.
Les défenseurs du nucléaire disent qu'en France, avec notre nouveau réacteur, l'EPR, que l'on construit à Flamanville, on arrive à un risque quasi nul...
Chaque pays assure que ses réacteurs sont mieux que les autres. Avant Fukushima, le discours des Japonais était le même que celui des Français. On en est déjà à cinq réacteurs détruits (Three Mile Island, Tchernobyl, et trois réacteurs à Fukushima) sur quatre cent cinquante réacteurs dans le monde, des centaines de kilomètres carrés inhabitables. La probabilité théorique, selon les experts de la sûreté nucléaire, devait être de un pour cent mille « années-réacteur » [une année-réacteur, c'est un réacteur fonctionnant pendant un an, NDLR], voire un million d'années-réacteur pour un accident majeur, type Tchernobyl ! La réalité de ce qui a été constaté est trois cents fois supérieure à ces savants calculs. Il y a donc une forte probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe.
Une innovation majeure pourrait-elle vous conduire à revoir votre jugement ?
Je ne vois pas de solution dans l'état actuel, non pas de l'ingénierie, mais de la connaissance scientifique. Je ne dis pas qu'un jour un savant ne trouvera pas un moyen d'utiliser l'énergie de liaison des noyaux de façon astucieuse, qui ne crée pas ces montagnes de produits radioactifs. Mais pour le moment, il n'y a pas !
Pourquoi vous opposez-vous à Iter, expérience sur la fusion menée à Cadarache, sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ?
La fusion, c'est l'inverse de la fission. On soude deux petits noyaux, deux isotopes de l'hydrogène, le deutérium (un proton et un neutron) et le tritium (un proton et deux neutrons), et cette soudure dégage de l'énergie. Mais il faut arriver à les souder, ces noyaux ! Dans le Soleil, ils se soudent du fait de la gravitation. Sur Terre, on peut utiliser une bombe atomique, ça marche très bien. L'explosion provoque la fusion des deux noyaux, qui provoque une seconde explosion beaucoup plus forte : c'est la bombe à hydrogène, la bombe H. Pour une fusion sans bombe, il faut créer des champs magnétiques colossaux afin d'atteindre des températures de cent millions de degrés. Iter, à l'origine un projet soviétique, est une expérience de laboratoire à une échelle pharaonique, des neutrons extrêmement puissants bombardent les parois en acier du réacteur, ces matériaux deviennent radioactifs et doivent d'ailleurs être remplacés très souvent. Je ne suis pas spécialiste de la fusion, mais je me souviens que nos deux derniers Prix Nobel français de physique, Pierre-Gilles de Gennes et Georges Charpak, avaient dit qu'Iter n'était pas une bonne idée. Ils prônaient les recherches fondamentales avant de construire cet énorme bazar. Personne n'a tenu compte de leur avis, et nos politiques se sont précipités, sur des arguments de pure communication – on refait l'énergie du Soleil – pour qu'Iter se fasse en France.
Pourquoi ?
Parce que les Français veulent être les champions du nucléaire dans le monde. Les Japonais voulaient Iter, mais leur Prix Nobel de physique Masatoshi Koshiba a dit « pas question », à cause du risque sismique. Je pense que ce projet va s'arrêter parce que son prix augmente de façon exponentielle. Et personne ne s'est posé la question : si jamais ça marchait ? Que serait un réacteur à fusion ? Comme disent les gens de l'association négaWatt, pourquoi vouloir recréer sur Terre l'énergie du Soleil puisqu'elle nous arrive en grande quantité ?
Que répondez-vous à ceux qui pensent que l'impératif du réchauffement climatique, donc la nécessaire réduction des émissions de CO2, nous impose d'en passer par le nucléaire ?
Tout d'abord, on ne peut pas faire des émissions de CO2 le seul critère de choix entre les techniques de production d'électricité. Faut-il accepter qu'au nom du climat, tous les cinq ou dix ans, un accident de type Fukushima se produise quelque part dans le monde ? Ensuite, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a montré que si l'on voulait tenir nos objectifs de réduction des émissions de CO2, la moitié de l'effort devait porter sur les économies d'énergie. Pour l'autre moitié, le recours aux énergies renouvelables est essentiel, la part du nucléaire n'en représentant que 6 %. Il faut donc relativiser l'avantage du nucléaire.
“Comme on a fait trop de centrales nucléaires,
il y a eu pression pour la consommation d'électricité,
en particulier pour son usage le plus imbécile, le chauffage
électrique, pour lequel la France est championne.”

Vous avez commencé votre carrière au CEA et avez été un artisan de cette énergie. Que s'est-il passé ?
J'ai même fait une thèse sur le plutonium, et je ne me posais aucune question. Tout est très compartimenté au CEA, je faisais mes calculs sur la centrale EDF 3 de Chinon, n'avais aucune idée des risques d'accident ni du problème des déchets. Je travaillais avec des gens brillants. Et puis j'ai commencé à militer à la CFDT, après 68, et on s'est intéressé aux conditions de travail des travailleurs de la Hague. Je me suis aperçu que, moi, ingénieur dans mon bureau, je ne connaissais rien de leurs conditions de travail, et que les gens de la Hague ne savaient pas ce qu'était un réacteur nucléaire. On a donc écrit, en 1975, un bouquin collectif qui a été un best-seller, L'Electronucléaire en France. Le patron du CEA de l'époque a d'ailleurs reconnu la qualité de ce travail. Pour cela, j'ai travaillé pendant six mois à partir de documents américains, parce qu'en France il n'y avait rien. La CFDT a alors pris position contre le programme nucléaire. J'ai commencé à travailler sur les alternatives au nucléaire et, en 1982, je suis entré à l'Agence française pour la maîtrise de l'énergie.
Cela fait trente ans... Que prôniez-vous à l'époque ?
Mais la même chose qu'aujourd'hui : économies d'énergie et énergies renouvelables ! Les principes de l'électricité photovoltaïque, donc des panneaux solaires, étaient déjà connus. Aujourd'hui, on ne parle que de l'électricité, mais ce qu'il faudrait d'abord installer partout, c'est des chauffe-eau solaires ! Rien de plus simple : un fluide caloporteur circule dans un tube sous un panneau vitré, et permet d'obtenir de l'eau à 60 degrés. L'Allemagne, pays moins ensoleillé que la France, a dix fois plus de chauffe-eau solaires. Dans le Midi, il n'y en a pas, ou si peu !
Cela ne demande pas beaucoup d'innovation...
L'innovation permet avant tout de réduire les coûts. L'éolien, sa compétitivité face au nucléaire est acquise. En ce qui concerne le photovoltaïque, les Allemands anticipent des coûts en baisse de 5 % chaque année. Il y a beaucoup de recherches à faire sur les énergies marines, les courants, l'énergie des vagues, la chaleur de la terre avec la géothermie. Les énergies renouvelables, sous un mot collectif, sont très différentes, et peuvent couvrir à peu près tous les besoins énergétiques. Les Allemands estiment qu'elles couvriront 80 % des leurs d'ici à 2050. C'est plus que crédible, à condition de toujours rechercher les économies d'énergie.


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Photo : CC by HeyRocker
Le fait qu'on ait produit de l'électricité à partir du nucléaire à un coût modique, ne prenant pas en compte les coûts du démantèlement et de la gestion à long terme des déchets radioactifs, a-t-il pénalisé les énergies renouvelables ?
Oui, et comme on a fait trop de centrales nucléaires, il y a toujours eu pression pour la consommation d'électricité, et en particulier pour son usage le plus imbécile, le chauffage électrique, pour lequel la France est championne d'Europe. On construit des logements médiocres, l'installation de convecteurs ne coûte rien, cela crée du coup un problème de puissance électrique globale : en Europe, la différence entre la consommation moyenne et la pointe hivernale est due pour moitié à la France ! Résultat, l'hiver, nous devons acheter de l'électricité à l'Allemagne, qui produit cette électricité avec du charbon… Hors chauffage, les Français consomment encore 25 % de plus d'électricité par habitant que les Allemands. Qui n'ont pas seulement des maisons mieux isolées, mais aussi des appareils électroménagers plus efficaces, et qui font plus attention, car l'électricité est un peu plus chère chez eux.
“Les Allemands étudient des réseaux
qui combinent biomasse, hydraulique, éolien,
photovoltaïque. Ils réussissent la transition
énergétique. Parce qu'ils l'ont décidée.”

Quelles sont les grandes innovations à venir en matière d'énergie ?
Les « smart grids », les réseaux intelligents ! Grâce à l'informatique, on peut optimiser la production et la distribution d'électricité. A l'échelle d'un village, d'une ville ou d'un département, vous pilotez la consommation, vous pouvez faire en sorte, par exemple, que tous les réfrigérateurs ne démarrent pas en même temps. Les défenseurs du nucléaire mettent toujours en avant le fait que les énergies renouvelables sont fluctuantes – le vent ne souffle pas toujours, il n'y a pas toujours du soleil – pour asséner que si l'on supprime le nucléaire, il faudra tant de millions d'éoliennes... Mais tout change si l'on raisonne en termes de combinaisons ! Les Allemands étudient des réseaux qui combinent biomasse, hydraulique, éolien, photovoltaïque. Et ils travaillent sur la demande : la demande la nuit est plus faible, donc avec l'éolien, la nuit, on pompe l'eau qui va réalimenter un barrage qui fonctionnera pour la pointe de jour... C'est cela, la grande innovation de la transition énergétique, et elle est totalement opposée à un gros système centralisé comme le nucléaire. Le système du futur ? Un territoire, avec des compteurs intelligents, qui font la jonction parfaite entre consommation et production locale. Small is beautiful. Les Allemands réussissent en ce moment cette transition énergétique. Parce qu'ils l'ont décidée. C'est cela, le principal : il faut prendre la décision. Cela suppose une vraie prise de conscience.
Comment expliquez-vous l'inconscience française ?
Par l'arrogance du Corps des ingénieurs des Mines, d'une part, et la servilité des politiques, de l'autre. Une petite caste techno-bureaucratique a gouverné les questions énergétiques depuis toujours, puisque ce sont eux qui tenaient les Charbonnages, puis le pétrole, et ensuite le nucléaire. Ils ont toujours poussé jusqu'à l'extrême, et imposé aux politiques, la manie mono-énergétique.
Cela vient de notre pouvoir centralisé ?
Complètement ! Dans les années 1970, un chercheur suédois a écrit une étude sur le fait que le nucléaire marche dans certains pays et pas dans d'autres. Et il en a conclu qu'une structure politico-administrative autoritaire et centralisée avait permis qu'il se développe dans deux pays : l'URSS et la France. Pour de fausses raisons – indépendance énergétique, puissance de la France –, on maintient le lien entre le nucléaire civil et militaire – le CEA a une branche applications militaires, Areva fournit du plutonium à l'armée. Ce complexe militaro-étatico-industriel fait qu'ici on considère madame Merkel comme une folle. Au lieu de se dire que si les Allemands font autrement, on pourrait peut-être regarder… Non, on décide que les Allemands sont des cons. Nos responsables claironnent qu'on a les réacteurs les plus sûrs, que le nucléaire c'est l'avenir, et qu'on va en vendre partout. C'est l'argument qu'on utilise depuis toujours, et on a vendu péniblement neuf réacteurs en cinquante ans, plus les deux qui sont en construction en Chine. Ce n'est pas ce qui était prévu… En dix ans, les Allemands, eux, ont créé près de 400 000 emplois dans les énergies renouvelables.
En dehors des écologistes, personne, y compris à gauche, ne remet en cause le nucléaire...
Les choses évoluent vite. Fukushima ébranle les pro-nucléaire honnêtes. Je pense que la décision allemande aura une influence, pas sur nos dirigeants actuels, mais sur nos industriels et aussi sur les financiers. Ils doivent se dire : vais-je continuer à mettre mes billes dans un truc comme ça ? Il y avait jadis l'alliance Areva-Siemens pour proposer des réacteurs EPR, mais Siemens en est sorti depuis des années. On peut toujours se rassurer en pensant que les Allemands se trompent, mais on peut difficilement soutenir qu'ils aient fait ces dernières décennies de mauvais choix et que leur industrie soit faiblarde...
Les écologistes peuvent-ils peser sur les socialistes ?
Bien sûr. Déjà, en 2000, tout était prêt pour l'EPR, mais Dominique Voynet, ministre de l'Environnement, a dit à Lionel Jospin : « Si tu fais l'EPR, je démissionne. » C'est la seule fois où elle a mis sa démission dans la balance et l'EPR ne s'est pas fait à l'époque. Je travaillais auprès d'elle comme conseiller sur ces questions, j'ai pondu trois cent cinquante notes. Il y avait une bagarre quotidienne entre le ministère de l'Environnement et le ministère de l'Industrie, qui se moquait complètement de la sécurité. Malheureusement, l'EPR est reparti avec Chirac en 2002. Et il va nous coûter très cher. En un demi-siècle, on a gaspillé l'énergie, on a fait n'importe quoi. Il est urgent de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas la vie.

Propos recueillis par Vincent Remy

Télérama n° 3205
(1) Titre d'une contribution dans les pages Rebonds de « Libération » (24 mars 2011)