Un livre: L'alter gouvernement...et Frank Lepage
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mardi 21 février 2012
lundi 13 février 2012
Le Droit naturel à l’insolvabilité… Sur le dernier livre d’Eric Toussaint
February 7, 2012
Recension du livre Debitocrazia dirigé par Damien Millet et Éric Toussaint[1]
par Andrea Fumagalli – (paru dans le quotidien Il manifesto du 31-01-2012)
Un bon exemple de cela est constitué par le livre collectif Debitocrazia. Come e perché non pagare il debito pubblico (Edizioni Allegre, 172 p., 15 euros, sous la direction de D. Millet et E. Toussaint, avec la postface de Salvatore Cannavò).
Les deux auteurs appartiennent au CADTM, fondé en 1990, et ils ne sont pas des économistes dans le sens strict du terme : le premier est professeur de mathématiques et le deuxième est docteur en sciences politiques. Le fait de ne pas être économistes de profession leur permet d’affronter le thème de la crise d’une manière moins obscure et servile, avec une lentille plus interdisciplinaire mais qui n’en est pas moins rigoureuse.
Un audit international
Le texte réunit des essais brefs, clairs et compréhensibles pour un public non spécialisé. Les chapitres retracent les étapes de la crise de la dette des années 1990 jusqu’à aujourd’hui, en soulignant comment la dette, limitée jusqu’à récemment aux pays du tiers-monde (selon l’expression de l’époque), est devenue depuis 2007 une constante des pays occidentaux (du Nord, selon une expression un peu rétro). Dans ce passage de témoin, les changements juridiques constitutionnels qui ont caractérisé l’évolution démocratique de plusieurs pays d’Amérique latine, sont soulignés. En particulier, le cas de l’Équateur se révèle intéressant : la Constitution de cet État (art.291-292), adoptée au suffrage universel en septembre 2008, non seulement définit les conditions auxquelles les autorités du pays peuvent octroyer des prêts, mais aussi permet le non remboursement des dettes illégitimes (par exemple, celles constituées par la capitalisation des intérêts de retard – connue sous le nom d’anatocisme – pratique courante des créanciers membres du Club de Paris).
Plusieurs dispositions juridiques du droit international valent la peine d’être analysées, notamment parce qu’elles ne sont que la reprise de certains droits déjà existants, au moins formellement. Par exemple, le principe Pacta sunt servanda, consacré par l’article 26 de la Convention de Vienne de 1969, n’est pas absolu, il n’est obligatoire que pour les « dettes contractées dans l’intérêt général de la collectivité ». Cela est le point clé. Selon le droit international, l’évaluation de l’intérêt général et la détermination du caractère licite ou illicite de la dette relèvent de la compétence des pouvoirs publics. La mise en place d’un audit des dettes publiques par ces autorités pour identifier la partie illicite est non seulement légale, mais cet audit devrait faire partie des leviers actionnés par tout gouvernement démocratique digne de ce nom.
Par conséquent, la demande d’une restructuration, répudiation ou annulation de la dette n’est pas au-delà des règles imposées par le droit international, au moins dans trois cas, tous amplement reconnus non seulement par la Convention de Vienne, mais aussi par celle de Haye de 1930 et par la Commission du Droit des Nations unies : force majeure (« un événement imprévu extérieur à la volonté de celui qui l’invoque, […] qui le met dans l’incapacité absolue de respecter ses obligations internationales », ONU, 1978) ; état de nécessité (qui intervient quand le remboursement de la dette comporte des risques pour la survie politique ou économique d’un pays) ; changement fondamental de circonstances (par exemple, la décision de la Federal Reserve d’augmenter les taux d’intérêt en 1979).
Le défaut du néolibéralisme
En outre, parmi les dette illicites et les prêts odieux, il est possible de reconnaître une longue casuistique : on passe des dettes produites par des colonisations à celles créées par l’acquisition d’armes (comme pour les F35 achetés par l’Italie), à la dette publique créée pour payer les dettes privées (comme dans le cas de l’intervention étatique pour affronter les trous du budget des institutions de crédit après la crise des subprimes de 2007), aux prêts accordés aux dictatures, à ceux conditionnés par l’ajustement structurel ou dictés par la construction des projets non rentables qui n’apportent que des dommages aux populations et à l’environnement.
Partant de ces considérations, le texte présente des études de différentes dettes illégitimes, qui, sur la base d’un audit public, pourraient conduire à une annulation – au moins partielle – de la dette. L’attention est notamment attirée, au-delà du cas de l’Argentine, sur les cas récents de l’Islande, de l’Irlande et de la Grèce. Les deux îles nordiques sont deux exemples éclairants de la faillite des politiques néolibérales, tandis que la Grèce représente un cas d’anthologie de dette illégitime et du fiasco auquel les politiques d’austérité et de rigueur sont destinées : un avertissement pour les récentes décisions prises par d’autres gouvernements européens (comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal et maintenant la Hongrie) soumis aux diktats de la spéculation financière.
Le livre se clôt avec un dernier chapitre qui rapporte une longue citation (peu connue) de Karl Marx, tirée du Capital, dans lequel d’ailleurs on affirme : « La dette publique […] marque de son empreinte l’ère capitaliste ». Une telle citation aurait pu être accompagnée par une autre, toujours de Marx, tirée de l’Adresse à la Ligue des Communistes (Londres, Mars 1850) : « Si les démocrates demandent la réglementation de la dette étatique, les travailleurs doivent exiger la banqueroute nationale ».
Dans la postface de Cannavò, il y a enfin un outil d’approfondissement sur la situation italienne.
Un livre à lire sans aucun doute.
Traduit de l’italien par Chiara Filoni
[1] Il s’agit de l’édition italienne du livre La dette ou la vie, Aden-CADTM, 2011 (http://www.cadtm.org/La-Dette-ou-la-Vie) . Debitocrazia est paru aux éditions Alegre à Rome, fin 2011. (http://www.ilmegafonoquotidiano.it/libri/debitocrazia )
Source: Jolimai.org
mardi 27 décembre 2011
Jean Ziegler a encore les crocs
La mauvaise conscience de l'Occident, Jean Ziegler veut nous pourrir la fin d'année. Le diplomate suisse, vice-président du comité des droits de l'homme à l'Onu, sort un nouveau brûlot.


Jean Ziegler est agaçant, nous seulement il n’est même pas Français mais il a toujours raison. Sa dernière leçon, il nous l’a administrée fois avec La Haine de l’Occident. Un bouquin dont la dialectique était aussi simple qu’un coup de massue. Il nous a démontré sur un mode presque jubilatoire, comment le Sud ne peut que détester le Nord quand ce dernier fait tout pour l’anéantir. Ziegler nous a raconté le pillage des ressources, la négation du droit dans lequel tous ces nègres s’entêtent à survivre.
Cette fois notre humaniste planétaire troque la massue pour la batte du base-ball. Sans doute parce que son nouveau titre est plus américain : Destruction Massive, Géopolitique de la faim. Ah, destruction massive ! Ca sent bon de George W Bush, le droit de l’hommisme qui vous conduit à détruire un peuple, l’Irak, officiellement pour le délivrer d’un dictateur. Puisque de nos jours les pillards de ressources n’avancent bien que dans les wagons climatisés de la « démocratie ». Si j’étais juge à la Cour Pénale Internationale, il y aurait belle lurette que j’aurai flanqué ce Ziegler dans une cellule à La Haye, inculpé de crime pour l’humanité.
Les hedge fund coupe faim plus efficaces que le Médiator
Une petite douche froide pour commencer. Le bon Jean nous rappelle que près de 56 millions de personnes sont mortes de faim en Europe, pendant et à la suite, de la deuxième Guerre Mondiale. La faim, ce n’est pas un état de ventre creux réservé à être exclusivement vécu dans des déserts caillouteux ou à l’ombre des palmiers. Elle peut aussi toucher de bons blancs de souche, des fouilleurs de poubelles sur le parking des magasins Carrefour.
Pour l’heure, restons-en aux nègres. Ils sont loin et c’est plus rassurant. Ca permet, à la télé et dans les magazines, de jolies photos de bébés aux ventres plus gros que les yeux. Premier Mediator, premier coupe faim pour nos petits enfants, l’action des as des hedge funds. Ces génies emblématiques capables de vous faire grimper, en un clin clic, le kilo de riz de une à cent roupies. Ces créatures admirables, objets d’envie, qu’aiment tant les banquiers et les magazines glacés (même « de gauche » à la Mathieu Pigasse) sont capables de se payer une Porsche mensuelle tandis que l’Africain va rêver, à vie, de s’offrir un demi bourricot.
Jean la douche froide
Heureusement que les droits de l’homme, adoptés par l’ONU et si chers à Kim Il Sung et à Hilary Clinton, prévoient dans leur article 11 le « droit humain à l’alimentation ». Ce dictat des règles internationales fait vite avancer les choses. En 2009 mille vingt trois millions de vivants crevaient gravement de faim alors qu’en 2010 ces cons de boulimiques ne sont plus que neuf cent vingt cinq millions. Un citoyen du monde sur six a le ventre creux ! Pas grave, l’anorexie est à la mode et il faut chasser la calorie. Quand le sociologue Ziegler nous précise que « mourir de faim est douloureux »… Là, il devient pas gentil et nous gâche le bonheur du chapon. Mais je ne vais pas vous agacer, et perturber le foie (gras) de Kouchner en vous apprenant que, dans les pays du Sud, 500 000 femmes meurent chaque année en couches, « la plupart par manque de nourriture durant la grossesse » écrit le mauvais coucheur helvète.
Le Noma, visage de la famine
En fait, je me demande pourquoi j’écris alors que le bouquin de Ziegler est là, en librairie, pour tout mieux dire. Ca fatigue, tue le moral et n’engrange rien sur le CODEVI. Sachez donc que le plus généreux des Suisses nous démonte une parfaite mécanique, qu’il connait bien, celle de l’injustice organisée. N’allez pas croire que la famine, l’esclavage soient des effets du hasard, un manque de chance. La domination du monde riche n’est que le résultat d’un parfait système, un rouage bien réglé et sans faille. Tellement parfait que si un capitaliste, assez fou, se réveille pour faire un peu de charité, se lèvent alors de braves types comme DSK ou Pascal Lamy, du FMI, de l’OMC et du PS. Au nom de la « libre concurrence », règle d’or de notre monde parfait, ces socialistes exemplaires s’élèvent contre tout geste généreux qui viendrait perturber la juste loi du marché. Avez-vous remarqué que c’est en se conformant à l’argumentation d’avatars humains, comme DSK et Lamy, que l’Europe refuse aujourd’hui de donner ses surplus alimentaires aux Restos du Cœur.
La lecture du chapitre sur la tragédie du « Noma », une maladie qui entraine la déliquescence des cartilages du visage des enfants malnutris, ne fait qu’aggraver la haine contre les maîtres du monde. Le « Noma » est une sorte de cancer du visage. Né d’un aphte, il pousse dans la bouche d’un enfant qui n’a pas avalé assez de grains de riz. Puis l’aphte dégénère en maladie folle.
Les bios carburent mal
Inutile de préciser, même aux électeurs d’Eva Joly, que Ziegler flingue les biocarburants. Cet « or vert » qui transforme le blé en essence, avec l’usage de 4 000 litres d’eau par litre de fuel produit. Qu’il flingue aussi les Monsanto et autres, trusts qui interdisent aux paysans de produire leurs propres semences. Qu’il crucifie enfin enfin tous les acheteurs de terres africaines, ces spéculateurs néocoloniaux, qu’ils soient Bolloré ou Chinois. Et qui virent le pauvre pastoral, né ici entre sa chèvre et sa houe.
Pour les pacifistes, le côté négatif de ce bouquin qui nous « indigne » c’est qu’il devrait accroitre la vente mondiale des kalachnikovs, celles qui font si peur aux BAC et à Guéant… Comment rester calme en lisant « La Destruction Massive » ? Alors que toutes ses lignes nous poussent à ne plus écrire l’avenir qu’à coups de calibre de 5,45. Vite ! En taule ce Ziegler.
DESTRUCTION MASSIVE. Jean ZIEGLER. Le SEUIL. 20 euros.
sam, 24/12/2011
Jean Ziegler a encore les crocs
La mauvaise conscience de l'Occident, Jean Ziegler veut nous pourrir la fin d'année. Le diplomate suisse, vice-président du comité des droits de l'homme à l'Onu, sort un nouveau brûlot.Jean Ziegler est agaçant, nous seulement il n’est même pas Français mais il a toujours raison. Sa dernière leçon, il nous l’a administrée fois avec La Haine de l’Occident. Un bouquin dont la dialectique était aussi simple qu’un coup de massue. Il nous a démontré sur un mode presque jubilatoire, comment le Sud ne peut que détester le Nord quand ce dernier fait tout pour l’anéantir. Ziegler nous a raconté le pillage des ressources, la négation du droit dans lequel tous ces nègres s’entêtent à survivre.
Cette fois notre humaniste planétaire troque la massue pour la batte du base-ball. Sans doute parce que son nouveau titre est plus américain : Destruction Massive, Géopolitique de la faim. Ah, destruction massive ! Ca sent bon de George W Bush, le droit de l’hommisme qui vous conduit à détruire un peuple, l’Irak, officiellement pour le délivrer d’un dictateur. Puisque de nos jours les pillards de ressources n’avancent bien que dans les wagons climatisés de la « démocratie ». Si j’étais juge à la Cour Pénale Internationale, il y aurait belle lurette que j’aurai flanqué ce Ziegler dans une cellule à La Haye, inculpé de crime pour l’humanité.
Les hedge fund coupe faim plus efficaces que le Médiator
Une petite douche froide pour commencer. Le bon Jean nous rappelle que près de 56 millions de personnes sont mortes de faim en Europe, pendant et à la suite, de la deuxième Guerre Mondiale. La faim, ce n’est pas un état de ventre creux réservé à être exclusivement vécu dans des déserts caillouteux ou à l’ombre des palmiers. Elle peut aussi toucher de bons blancs de souche, des fouilleurs de poubelles sur le parking des magasins Carrefour.
Pour l’heure, restons-en aux nègres. Ils sont loin et c’est plus rassurant. Ca permet, à la télé et dans les magazines, de jolies photos de bébés aux ventres plus gros que les yeux. Premier Mediator, premier coupe faim pour nos petits enfants, l’action des as des hedge funds. Ces génies emblématiques capables de vous faire grimper, en un clin clic, le kilo de riz de une à cent roupies. Ces créatures admirables, objets d’envie, qu’aiment tant les banquiers et les magazines glacés (même « de gauche » à la Mathieu Pigasse) sont capables de se payer une Porsche mensuelle tandis que l’Africain va rêver, à vie, de s’offrir un demi bourricot.
Jean la douche froide
Heureusement que les droits de l’homme, adoptés par l’ONU et si chers à Kim Il Sung et à Hilary Clinton, prévoient dans leur article 11 le « droit humain à l’alimentation ». Ce dictat des règles internationales fait vite avancer les choses. En 2009 mille vingt trois millions de vivants crevaient gravement de faim alors qu’en 2010 ces cons de boulimiques ne sont plus que neuf cent vingt cinq millions. Un citoyen du monde sur six a le ventre creux ! Pas grave, l’anorexie est à la mode et il faut chasser la calorie. Quand le sociologue Ziegler nous précise que « mourir de faim est douloureux »… Là, il devient pas gentil et nous gâche le bonheur du chapon. Mais je ne vais pas vous agacer, et perturber le foie (gras) de Kouchner en vous apprenant que, dans les pays du Sud, 500 000 femmes meurent chaque année en couches, « la plupart par manque de nourriture durant la grossesse » écrit le mauvais coucheur helvète.
Le Noma, visage de la famine
En fait, je me demande pourquoi j’écris alors que le bouquin de Ziegler est là, en librairie, pour tout mieux dire. Ca fatigue, tue le moral et n’engrange rien sur le CODEVI. Sachez donc que le plus généreux des Suisses nous démonte une parfaite mécanique, qu’il connait bien, celle de l’injustice organisée. N’allez pas croire que la famine, l’esclavage soient des effets du hasard, un manque de chance. La domination du monde riche n’est que le résultat d’un parfait système, un rouage bien réglé et sans faille. Tellement parfait que si un capitaliste, assez fou, se réveille pour faire un peu de charité, se lèvent alors de braves types comme DSK ou Pascal Lamy, du FMI, de l’OMC et du PS. Au nom de la « libre concurrence », règle d’or de notre monde parfait, ces socialistes exemplaires s’élèvent contre tout geste généreux qui viendrait perturber la juste loi du marché. Avez-vous remarqué que c’est en se conformant à l’argumentation d’avatars humains, comme DSK et Lamy, que l’Europe refuse aujourd’hui de donner ses surplus alimentaires aux Restos du Cœur.
La lecture du chapitre sur la tragédie du « Noma », une maladie qui entraine la déliquescence des cartilages du visage des enfants malnutris, ne fait qu’aggraver la haine contre les maîtres du monde. Le « Noma » est une sorte de cancer du visage. Né d’un aphte, il pousse dans la bouche d’un enfant qui n’a pas avalé assez de grains de riz. Puis l’aphte dégénère en maladie folle.
Les bios carburent mal
Inutile de préciser, même aux électeurs d’Eva Joly, que Ziegler flingue les biocarburants. Cet « or vert » qui transforme le blé en essence, avec l’usage de 4 000 litres d’eau par litre de fuel produit. Qu’il flingue aussi les Monsanto et autres, trusts qui interdisent aux paysans de produire leurs propres semences. Qu’il crucifie enfin enfin tous les acheteurs de terres africaines, ces spéculateurs néocoloniaux, qu’ils soient Bolloré ou Chinois. Et qui virent le pauvre pastoral, né ici entre sa chèvre et sa houe.
Pour les pacifistes, le côté négatif de ce bouquin qui nous « indigne » c’est qu’il devrait accroitre la vente mondiale des kalachnikovs, celles qui font si peur aux BAC et à Guéant… Comment rester calme en lisant « La Destruction Massive » ? Alors que toutes ses lignes nous poussent à ne plus écrire l’avenir qu’à coups de calibre de 5,45. Vite ! En taule ce Ziegler.
DESTRUCTION MASSIVE. Jean ZIEGLER. Le SEUIL. 20 euros. Source: Backchich
dimanche 15 mai 2011
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