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vendredi 22 novembre 2013
jeudi 21 novembre 2013
Mélenchon : Violence Versus Violence
par Vogelsong
"C’est une des raisons qui font que les journalistes sont parfois dangereux : n’étant pas toujours très cultivés, ils s’étonnent de choses pas très étonnantes et ne s’étonnent pas de choses renversantes…" P. Bourdieu – Sur la télévision
Sarkozy maniait l’invective sans objet.
Un parler cash qui n’impliquait aucune remise en cause d’un ordre
établi. Il mimait une connivence populaire. Ce bon client convenait
plutôt bien aux médias. On s’est bien esbaudi d’un "casse-toi pov’ con",
mais la relégitimation s’est faite quasi instantanément. Parce que cela
ne signifiait rien. Ne dérangeait pas en tout cas. La mise au pilori de
J. L. Mélenchon et des membres du Front de gauche sur le registre de la
malséance qui nuirait au bon déroulement du débat politique est d’un
tout autre ordre.
Or ce qui tranche avec J. L. Mélenchon
c’est qu’il entre en collision avec l’ordre économique dominant et ceux
qui le propagent. Notons au passage que l’ordre économique dominant se
satisfait pleinement des outrages xénophobes.
Créneaux vendeurs de papiers et d’espaces publicitaires connexes.
Percuter à la fois la pensée dominante et ses séides relève de
l’impossible. Comment critiquer un système à l’intérieur d’un système
par l’intermédiaire des acteurs qui font le système. De façon
automatique, quand le leader du Front de Gauche déboule à France Inter,
ses échanges avec les tenanciers de la matinale sont encore plus
exécrables qu’avec les représentants de la droite réactionnaire. Ce qui
en dit assez long sur le conformisme d’une certaine pensée. Et sa
plasticité à la violence extrémiste.
Reste enfin que sur le registre
de la violence, personne n’est en reste. Que la violence imputée à J.
L. Mélenchon à l’endroit de quelques journalistes repus n’a aucune
équivalence avec la violence symbolique propagée par les médias où
officient ces mêmes outrés. Personne ne s’étonne de la violence
distillée par le Journaliste I. Rioufol. Pas une tribune, pas un billet
pour dénoncer ou mettre en exergue les appels à la haine quasi
quotidiens sur le mode de la France éternelle. I. Rioufol colporte ses
miasmes avec bienséance et bonne tenue. Personne ne s’étonne que N.
Beytout chaque semaine sur France Inter fasse l’apologie de la
domination libérale. Qui n’est rien d’autre que de la violence de
classe, exprimée sur un ton soyeux. On pourrait citer en vrac C.
Barbier, E. Lechypre,
J. M. Aphatie et bien d’autres, interchangeables qui, chacun à leur
manière, répandent une violence symbolique, prêtant main-forte à une
autre violence, celle-ci bien réelle, du monde sensible.
Il est pratiquement impossible de recenser les violences symboliques dispensées par les médias en faveur des dominants. Les unes, les articles, les émissions, les entrefilets, qui imposent à flux massif et constant l’hégémonie d’une classe,
d’une caste. Une violence autolégitimée et euphémisée par ceux qui la
pratiquent. Responsables du contenant et de l’interprétation du contenu.
J. L. Mélenchon est condamné. Sa violence
"minoritaire" ne reçoit aucun écho dans un environnement
structurellement hostile. Tenter de décrire un système médiatique dans
ce système médiatique est voué à un échec infini. Tant celui-ci tend
vers un seul objectif, la normalisation du « débat ». Il sera
sempiternellement relégué au rang des trublions vociférants. Et on lui
soumettra sans cesse l’argument de la bienséance comme passe-droit au
cercle de la raison : en somme, se conformer, se plier aux règles (des
médias de marché truffés de journalistes de marché) que lui-même tente
ingratement de dynamiter.
Vogelsong – 26 mars 2013 – Paris
mercredi 20 novembre 2013
Tous les Bretons ne portent pas de bonnet rouge
J’ai écrit le billet précédent à chaud, sous le coup d’une colère noire. C’était au début de la révolte des “bonnets rouges”, lorsque la presse se faisait écho d’un espèce de mouvement unanime des Bretons, tous coiffés d’un bonnet rouge fabriqué sur leurs terres (qu’ils gardaient précieusement dans leur grenier depuis la révolte de leurs ancêtres en 1675) qui se soulevaient face un acharnement fiscal insupportable matérialisé par la fameuse écotaxe, qui provoquait la chute en série de nombreuses entreprises bretonnes.
Ce billet a eu un gros succès, inédit depuis que Marianne m’a laissé tomber comme une merde. C’est même la première fois qu’il tourne autant sur Facebook. Sans doute avais-je vu juste, notamment sur le fait que tous les Bretons ne se reconnaissent pas dans ce fatras. Même s’il n’y a pas besoin d’être breton pour comprendre la détresse et la colère de salariés qui vont se faire virer.
Sans avoir tous les éléments, il était déjà clair que rien ne collait là-dedans. Et que, la fumée des incendies de portiques se dissipant, on commence à mieux comprendre la situation. Ultime humiliation : même les bonnets utilisés par les manifestants de Quimper ne venaient pas de Bretagne. Pas de Tunisie non-plus, comme pourtant la majorité de la production d’Armor Lux, mais… d’Ecosse. Pitoyable.
Un petit “détail”, pour commencer. Les bonnets rouges font de la récup à caractère “communautariste”, de manière insupportable. “Les Bretons” ceci, “les Bretons” cela, “les Bretons” ne se laisseront pas faire, “les Bretons” ont décidé de, “les Bretons” lancent un ultimatum…
Au risque de me répéter, les Bretons, même s’ils sont attachés à leur région (comme je le suis moi-même), ne sont pas taillés dans un monolithe de granit, ils sont aptes à penser de manière autonome, et en particulier ils ne sont pas tous d’accord avec la mentalité, le comportement et les revendications des “bonnets rouges”.
Et il est toujours salutaire de se repasser périodiquement “La ballade des gens qui sont nés quelque part” de Brassens. C’est de la bonne prophylaxie contre la maladie du bonnet rouge.
Malheureusement pour eux, les chiffres sont accablants, et réfutent leur théorie : même si des usines ferment en ce moment en Bretagne, ce n’est hélas pas très différent de ce qui se passe un peu partout, et même “moins pire”. Tant le nombre de chômeurs que le salaire moyen ou le nombre d’habitants sous le seuil de pauvreté sont moins mauvais que la moyenne nationale. L’actualité immédiate le rappelle : Fagor, La Redoute, Goodyear ne sont pas en Bretagne. Des licenciements se produisent partout, à une moyenne de 1000 par jour depuis des années, et ce ne sont pas les rodomontades incantatoires et la méthode Coué de Hollandréou qui peuvent changer le constat : la “crise” (je mets des guillemets car le mot est impropre : une crise est par essence passagère, et ce n’est pas le cas ici !) frappe partout, et même s’il y a des particularités bretonnes (l’agriculture productiviste, les subventions…) la Bretagne n’échappe pas au sort commun.
Le directeur de Marianne, Maurice Szafran, a écrit un billet au titre racoleur : “Et voilà que Mélenchon insulte les Bretons”. Passons sur la compétence dans ce domaine de Maurice Szafran, qui ressemble davantage à un Parigot du XVIe, banquier ou marchand de biens qu’à un Breton planteur d’artichauts ou trucideur de gorets. Mais de surcroît il se trompe. D’abord sur ce coup-là, Mélenchon n’insulte pas, il ne dit que ce que je dis moi-même, et qui est hélas assez proche de la vérité. Qui en l’occurrence blesse, mais c’est ainsi. Ensuite, il ne s’agit pas “des Bretons”, mais de “certains Bretons”, représentants ou idiots utiles du MEDEF et des syndicats agricoles productivistes, industriels en production de merde de masse.
Là ou Szafran a par contre raison, c’est lorsqu’il constate que Mélenchon ne convainc pas, que la colère contre le nullité crasse et les trahisons d’Hollandréou ne lui profite absolument pas, et c’est la mère Le Pen, aux origines bretonnes elle aussi (mais qui ne fait pas recette en son pays), et dont le niveau de finesse présente de nombreuses similitudes avec celui des bonnets rouges, qui a le vent en poupe.
Revenons d’abord sur les instigateurs (ou les récupérateurs) de cette colère. Ces manifs peuvent essentiellement être rangées dans la catégories des “manifs de droite”, un peu comme les manifs ridicules autant que démesurées contre le mariage homo. Des gens dont le but serait davantage de faire tomber Hollandréou sous n’importe quel prétexte. Désormais, la violence s’étend, puisque d’autres équipements, portiques mais aussi radars, sont vandalisés (à nos frais) dans toute la France. Merret et ses amis font les hypocrites, genre “c’est pas nous”. Rappelons tout de même aux amnésiques que ce sont eux qui ont commencé à faire preuve d’une folie démolitionniste aux abords du portique de Pont de Buis.
J’avais parlé du syndicaliste ultraproductiviste Thierry Merret, dirigeant de la FDSEA du Finistère. Mais depuis lors, le porte-parole des bonnets rouges dans les médias, c’est surtout le député UMP breton Marc le Fur qui est accessoirement vice-président de l’Assemblée Nationale.
Avec ce gars, on tient assurément un sacré phénomène. Un ringard de la pire espèce, catho de la variété la plus rance, bien dans la ligne de la droite bretonne. De surcroît énarque, comme tous les Bretons, bien entendu.
Il y a d’abord cette polémique avec Politis sur son vote de l’écotaxe, qu’il conteste malgré les preuves. Je ne crois pas que ce soit important. Le Fur est un député UMP, godillot par essence, et il lui est interdit de voter différemment de ce que le parti a décidé. Et si quelque chose devait le gêner dans l’écotaxe, c’est avant tout que ce soit une taxe.
Tiens, une devinette. Qui a dit : “Il faut moins d’impôts et plus de liberté d’entreprendre”.
A priori, ce n’est pas facile, cette phrase aurait pu être prononcée par n’importe quelle andouille ultralibérale, de Friedman à Thatcher, de Reagan à Madelin, du patron du MEDEF à celui de l’UMP, de Jean-Marc Sylvestre à Nicolas Demorand, par des Marine le Pen ou des Geoffroy Didier, voire même par un nombre grandissant de gens qui osent encore se prétendre “socialistes”.
Bon, la réponse est facile, j’en parlais à l’instant, vous avez sa trogne réjouie en illustration de ce billet, c’est bien Marc le Fur. Ben ouais, grâce à ce merdier, il cause désormais dans le poste tous les jours. Il a donc prononcé cette phrase révélatrice dans l’émission de radio “Les grandes gueules” sur RMC, il y a quelques jours. Non, je n’écoute pas cette radio, mais il était tellement fier de sa prestation qu’il a retweeté cette ânerie, pourtant réfutée des milliards de fois :
“Il faut moins d’impôts et plus de liberté d’entreprendre” @marclefurAppliquée à l’industrie, ça donne la mondialisation, les délocalisations en Chine ou en Roumanie. Appliquée à la finance, ça donne les subprimes. Et appliquée à la Bretagne ?
— Les Grandes Gueules (@GG_RMC) November 5, 2013
Marc Le Fur est député du département dont je suis originaire : les Côtes
En breton, “Le Fur” signifie “Le sage”. A croire qu’il y a eu échange dans le berceau avec le ministre de l’agriculture, Le Foll, dont le patronyme lui siérait assurément davantage. Car en bon libéral, ce mec est un fou dangereux. L’application concrète de sa maxime sur la “liberté d’entreprendre”, c’est d’installer des porcheries partout. La preuve, sa mesure vedette, qui a d’ailleurs été votée par les “socialistes” au nom de la lutte contre la “bureaucratie qui plombe les zentrepreneurs et nuit à la compétitivité®” : porter de 500 à 2000 le nombre de cochons en dessous duquel on peut installer sans autorisation une porcherie. Deux mille cochons, vous imaginez l’horreur ? D’autant que suivant une coutume locale fort répandue, il suffira de monter un deuxième bâtiment à quelques mètres du premier pour s’arranger avec toute “tentative bureaucratique insupportable de brider l’esprit d’entreprenariat®”.
Grâce à Le Fur et à ses semblables (car ce n’est hélas pas un cas unique), nous en sommes arrivés, comme je l’ai déjà écrit cent fois, à ce que les Côtes d’Armor hébergent 10 cochons pour un habitant, et que le département doive gérer 30 fois plus de déjections (appelons les choses par leur nom : de pisse, de merde) d’origine cochonesque que celles d’origine humaine pour lesquelles les choses sont déjà compliquées. Avec les conséquences les plus connues que sont les algues vertes et l’eau du robinet imbuvable. Et donc, pour des Le Fur, ce n’est pas encore assez. Combien en veut-il ? 50 millions ? Pour commencer ?
Je vous ai déjà parlé de ce qui se passe aux Etats-Unis avec Smithfield et ses “lagons”. Smithfield a commencé à importer cette ignominie en Pologne. Smithfield a maintenant été racheté par le plus gros producteur de porc chinois (oui oui, chinois !) Shuanghui. L’ensemble du groupe trucide annuellement plusieurs dizaines de millions de bestiaux. Hallucinant. Et si vous ne connaissez pas cette marque, sachez que vous la trouvez forcément dans votre hypermarché habituel et dans votre télé, dans des pochettes en plastique de charcuterie industrielle bas de gamme et dégueulasse, conservée aux nitrites cancérigènes : Justin Bridou, Cochonou, Jean Caby, Calixte, Aoste et Weight Watchers, c’est eux. Beurk.
Marc le Fur a été élu pour représenter les Bretons. Au lieu de ça, il représente l’industrie agroalimentaire dans ce qu’elle a de plus répugnant. Il veut transformer la Bretagne en une gigantesque flaque de merde. Lui et ses amis, rassurez-vous, trouveront toujours un coin sympa pour habiter, à l’abri des effluves insupportablement nauséabonds que les gens ordinaires doivent subir. J’imagine d’ailleurs qu’il vit plutôt dans un appartement cossu des beaux quartiers de Paris.
Si les bonnets rouges sont les idiots utiles de Le Fur et des gens qui ravagent au quotidien la Bretagne (et de temps en temps des portiques écotaxe ou des grilles de sous-préfecture), comment peut-on, même en étant bretons et malheureux, se sentir solidaires de ces gens et de leurs actions ?
Il existe un logo commercial (un phare dans un cercle jaune) que vous avez peut-être vu même si vous habitez loin de la Bretagne : “Produit en Bretagne”. Il m’arrivait d’acheter des produits affublés de ce logo, essentiellement par chauvinisme déplacé. A chacun ses faiblesses. Mais c’est fini. J’ai entendu son président, Jakez Bernard, et son directeur, Malo Bouessel du Bourg, soutenir les “bonnets rouges”. Ils sont plutôt dans la culture que dans l’agriculture, mais ils sont solidaires. On peut donc considérer que “Produit en Bretagne” essaie de faire passer pour des produits de qualité de la sous-merde issue de l’industrie agroalimentaire productiviste. Ce qui est indéfendable.
A noter que l’actuel ministre de la défense Le Drian, qui brame à qui veut l’entendre son amour de la Bretagne, avait naguère porté plainte contre l’association “France Nature Environnement”. Caricature de ces notables polycumulards qui pourrissent la politique française, il était alors entre autres président du Conseil Régional de Bretagne. Et FNE, pourtant loin d’être un nid d’extrémistes, avait osé publier une affiche dans le métro parisien où l’on voyait des enfants barboter dans les algues vertes. Plutôt que de lutter contre les pollueurs. Pour Le Drian, les coupables de la dévalorisation de la Bretagne sont donc les écolos, pas les pollueurs productivistes. Un aveuglement hallucinant :
« Nombre de Bretons, au premier rang desquels les professions agricoles, mais pas seulement, sont aujourd’hui choqués et meurtris par cette campagne caricaturale qui nie leur engagement déterminé pour un environnement durable et sain »
Voilà pour Le Fur et ses cochons de productivistes.
Un autre aspect de cette affaire, peut-être encore plus intéressant, est le fameux PPP (partenariat public privé) signé entre une société capitaliste italienne et des politiciens français, dont la plupart ont subitement et récemment été frappés d’amnésie.
Encore une fois, je vais me tresser des lauriers, car sans rien savoir sur cette affaire, mon intuition a bien été la bonne. Comme Mediapart l’a révélé, tout dans ce contrat est scandaleux, que ce soit dans son principe même ou dans la débauche technologique qu’il met en œuvre.
Quoi qu’on dise, tous les signataires politiques de ce contrat sont des pontes de l’UMP. J’espère qu’ils seront jugés. Honte à eux, honte à ce parti de nuisibles qui a déjà fait tant de mal à la France.
J’ai écouté attentivement l’une des coupables, NKM, sur France Inter l’autre matin (les équipes techniques terminent tout juste la réparation du parquet rayé par ses déplacements). Au lendemain de la révélation par Médiapart du contenu du contrat Ecomouv et de l’identité des signataires, elle qui était venue parler de son programme pour Paris (qui comme tout programme de campagne électorale, ne débouchera sur rien) était donc en quelque sorte sur le banc des accusés. Hargneuse. D’autant que la rivale que la presse lui a désignée, Anne Hidalgo, en avait profité pour enfoncer. Au passage, cela repose la question de la démocratie lorsque des mois avant le vote, on sait déjà que le maire de Paris sera o-bli-ga-toi-re-ment, quoi qu’on vote, Hidalgo ou NKM, simplement parce qu’à elles deux elles ont mille fois plus de couverture médiatique que tous les autres réunis. Bref.
NKM se fout de Paris et des Parisiens : elle ne considère la mairie que comme un tremplin vers l’Elysée, seul poste à ses yeux digne d’elle.
NKM est intelligente. Très. Elle n’a donc même pas l’excuse dont nombre de ses collègues peuvent se prévaloir, à savoir d’être trop cons pour comprendre ce qu’on leur fait dire ou signer. Non, ce qu’elle a approuvé, non seulement elle l’a compris, mais c’est parfaitement dans sa ligne : l’argent gagné par les entreprises privées est la chose la plus importante au monde. Tout argent gagné par le privé sur le dos du public est une victoire idéologique. Elle n’a même pas cherché à nier sa responsabilité, préférant tenter de mouiller sa rivale Hidalgo dans la même affaire.
Cela dit, elle a soulevé des objections tout à fait valables. Une simple taxe sur le carburant, comme j’avais suggéré dans mon précédent billet, se heurte à un détail pratique : les camions, en plus d’être conduits par des chauffeurs de plus en plus roumains, de moins en moins payés et de plus en plus exploités, embarquent des réservoirs de plus en plus gros : 1000 litres ou plus. Avec une consommation de 30 à 40 litres/100km, ils peuvent effectivement traverser la France sans y ravitailler.
Est-ce une raison pour abdiquer et se rendre à la logique capitaliste technoscientiste qui commande de mettre en œuvre un barnum informatisé délirant et hors de prix, dans le seul intérêt d’un groupe privé, étranger de surcroît?
Une chose est sûre, même si ce n’est pas simple, même s’il n’y a pas de solution idéale, on aurait pu réfléchir un minimum.
Tiens, la solution suisse : la vignette. Tout poids lourd circulant sur le territoire français devra s’acquitter d’une vignette écotaxe annuelle, indépendante du kilométrage parcouru. Il ne doit pas être très difficile de fixer son montant en fonction du gain financier annuel attendu, par exemple un milliard d’euros. On pourrait même en faire de plusieurs couleurs (locale, nationale, internationale…), et en moduler le prix en fonction de la taille du camion. Coût de mise en œuvre : insignifiant. Contrôles par la maréchaussée ou les gabelous, au même titre que les contrôles “normaux”. Rendement pour l’Etat : maximal.
Et même si des régions peuvent se sentir défavorisées par leur situation (comme la Bretagne), il serait possible de faire des péréquations entre régions.
Il est assez jouissif de voir que Copé et sa clique, ou encore Xavier Bertrand (qui, ne riez pas, a décidé d’être candidat en 2017 et attend son heure), qui ont réalisé que ce sont principalement Fillon et ses sbires (Pécresse, Baroin…) qui vont être éclaboussés dans le scandale (évidemment, ce sont eux qui étaient au gouvernement et qui signaient…) ont vu une lumière perfide (en même temps, “Copé”, “perfide”, scusez le pléonasme) illuminer leur regard et immédiatement décelé un potentiel électoraliste à cette bouffonnerie : ils se désolidarisent hypocritement (oui, je sais, “Bertrand”, “hypocrite”….) de leurs “camarades”. Alors que bien évidemment, l’ultralibéral Copé et l’ami des zentrepreneurs Bertrand auraient signé le truc des deux mains. Tout comme l’auraient fait les “socialistes”, il n’y a qu’à voir la triste et lamentable affaire de Notre-Dame-des-Landes.
Le problème il est toujours là : nous élisons des gens pour nous représenter ou défendre nos intérêts, et sitôt élus la plupart d’entre eux se comportent au contraire comme de gros enfoirés qui touchent de gros salaires (sinon de grosses commissions sur des comptes offshore) pour aller bouffer avec des lobbyistes et pondre des lois dans l’intérêt de ces lobbies, souvent même dictées par eux et qui sont totalement contraires à nos intérêts.
Comment des gens comme Sarkozy, Fillon, Borloo, NKM, Pécresse, Baroin, Mariani… ont-ils pu signer un contrat de plus de 1000 pages, rédigé par une armée d’avocats spécialisés, et qui contenait sans doute des centaines de clauses entubatoires, alors qu’il n’y avait même pas besoin de lire la première pour voir que tout était foireux ? Ultime bizarrerie, la signature finale a eu lieu le dimanche du second tour de la présidentielle de 2012… Ces gens sont soit des neuneus, soit des jobastres, soit des corrompus. Et l’un n’exclut pas l’autre. Que ces gens, tous à l’UMP, veuillent foutre Hollandréou dehors, c’est humain. Mais qu’ils osent se poser en recours, compte tenu de leur bilan apocalyptique (1 million de chômeurs et 600 milliards de dette supplémentaires) et de ce qu’on découvre ici, c’est tout simplement indécent.
Au début des années 2000, certains financiers avaient réussi à convaincre leurs semblables qu’il fallait écouter les écolos. Non pas qu’ils fussent écolos eux-mêmes, faut pas déconner, non plus. Mais ils avaient cyniquement réalisé que laisser l’environnement se dégrader inexorablement, et notamment le climat se réchauffer, allait coûter beaucoup plus cher que les mesures à prendre pour éviter l’apocalypse. D’où la prise de conscience du réchauffement climatique, la gloire éphémère du loser Al Gore, l’omniprésence de l’hélicologiste Hulot, et le cinéma de Sarkozy qui allait déboucher sur la comédie du “Grenelle de l’Environnement”, dont on se demande bien quelques années plus tard ce qu’il en est resté. Les sommets environnementaux se succèdent, avec leurs lots de déclarations la main sur le cœur, mais sans lendemain.
Pour le reste, c’est “business as usual”. Les politiciens font mine de se disputer sur les moyens de “favoriser le retour de la croissance”. Les uns, les libéraux, pensent qu’il suffit de laisser les riches devenir plus riches, de supprimer les impôts, les “charges”, les règlements et les fonctionnaires, pour que, de toute évidence, le monde aille mieux. Si ce n’était pas aussi dramatique, cela prêterait à sourire. Pourtant, c’est bien le courant de pensée qui a le vent en poupe.
Les autres, ce qu’on appelle “la gauche”, en sont restés aux schémas en vigueur dans les années 1950-60, pensant que de bons salaires, de bonnes retraites, de bonnes allocations, allaient pousser les gens à “consommer”, et à entraîner mécaniquement la production de bagnoles, de béton, d’électricité : la “croissance”.
Tous se trompent. Ça fait des années que je le hurle, ici et ailleurs : la seule solution possible, c’est la sortie de cette logique. Appelez ça comme vous le voulez, décroissance, objection de croissance, l’essentiel est d’arrêter ce cirque mortifère.
Appliqué à l’agriculture Bretonne, on commence par mettre un grand coup de pied au cul de Le Fur et de ses amis productivistes, et on remplace les subventions précédemment accordées pour produire de la merde en subventions à l’installation ou à la conversion en bio.
On applique les préceptes de base de l’écologie la plus élémentaire : réduire les distances. Nourrir des porcs bretons avec du soja OGM argentin ou brésilien avant de l’envoyer se faire trucider par des Bulgares en Allemagne est un non-sens, une aberration. Qui ne peut comprendre ça ? Surtout qu’au final, ça enrichit Monsanto, ça enrichit les patrons d’hypermarchés, mais ça émet des quantités phénoménales de CO2, ça fait des produits de merde qui empoisonnent les consommateurs et ça fait crever les paysans.
Et le principe d’une écotaxe, enfin, d’une vraie, c’est ça. Renchérir le prix artificiellement bas du transport, notamment routier, pour éviter les aberrations. J’ai déjà raconté l’histoire de cet éleveur de cochons de la région de Saint-Etienne, qui préférait envoyer ses jambons se faire découper en Pologne, car le camion ne lui coûtait que 900 euros. Qu’il récupérait largement sur la main d’œuvre. Une vraie écotaxe rendrait cette stupide opération non-rentable. L’écotaxe, c’est l’amie des circuits courts, de la consommation de produits locaux, de la relocalisation de l’industrie. L’amie des Bretons sans bonnets rouges.
Parlons un peu des subventions. Si l’abattoir Tilly-Sabco de Guerlesquin est dans la mouise, c’est que les subventions publiques dont il vivait vont s’arrêter.
Oui oui, des subventions publiques. Qui s’ajoutent à tous les cadeaux patronaux des 30 dernières années (baisses de “charges”, baisses d’impôts…). On parle bien d’une société privée à but très lucratif. Son patron, Daniel Sauvaget, qui figurait parmi les racailles à bonnet rouge qui ont défoncé la grille de la sous-préfecture de Morlaix (dont nous allons devoir payer le remplacement), est même l’unique actionnaire de la boîte. Je serais curieux de connaître son patrimoine et son train de vie. Mais si on se place d’un point de vue capitaliste, son business n’est tout simplement pas rentable.
Dans ma jeunesse, mes parents m’envoyaient faire les courses, et s’il y avait un poulet dans la liste, j’avais systématiquement droit à la recommandation : “pas du Tilly, hein ?”. Tilly était déjà synonyme de sous-produit dégénéré. Le poulet flasque, insipide, qui se déchire tout seul. Qui a eu une non-existence épouvantable de moins de 40 jours. Ou plutôt de 40 nuits, car il ne verra le jour que pour aller à l’abattoir. Qui a été nourri de saletés destinées à le faire grossir le plus vite possible, farcies aux antibiotiques indispensables pour éviter les épidémies dans cet enfer de promiscuité. Ce poulet qu’on voit désormais partout, et qu’ils osent appeler “standard”. Il est notamment un habitué des cantines scolaires, où la moitié de la portion reste sur l’assiette des mômes et part à la poubelle.
Tilly s’est spécialisé dans l’exportation subventionnée de poulets de merde vers l’Arabie Saoudite. Mais attention, avec chaîne d’abattage tournée vers la Mecque. Le cynisme de ces mecs égale celui des banquiers luxembourgeois qui se sont lancés dans la “finance islamique”.
On se rappellera aussi comment les subventions occidentales ont littéralement fait crever de faim les paysans africains, concurrencés sur leurs propres marchés par des produits européens ou américains, moins chers…
Et c’est ce business que nous subventionnons. Vous avez envie de continuer de raquer pour ça ? Moi pas. Qu’on foute le patron incapable et cupide à la porte (il a certainement gagné assez de pognon pour prendre sa retraite), et qu’on utilise l’argent public pour reconvertir l’activité, pour donner aux salariés un travail digne, aux poulets une existence décente et un peu plus longue, et au consommateur un produit de meilleure qualité, même s’ils doit le payer plus cher. Il en mangera moins souvent, ça ne lui reviendra pas plus cher et ce sera meilleur pour sa santé.
Les guignols de l’UMP ou du FHaine sont les premiers à brailler que la prise en charge des familles roms nous coûte une fortune, par contre ça ne les dérange manifestement pas de nous faire payer une partie du poulet des Saoudiens…
Le bio était une promesse du “Grenelle”. Pourtant aujourd’hui, les paysans bio ont toujours autant de mal à trouver des terres, et sont toujours autant méprisés des productivistes de la FNSEA. Les produits bio sont toujours aussi rares, et la plupart viennent de l’étranger, pour être vendus à prix prohibitif à des bobos friqués. Dans ce domaine, tout est à faire. Nous pouvons passer en tout bio, et la Bretagne, soutenue par des subventions cette fois utilisées intelligemment, peut en devenir le fer de lance. A production égale, le bio emploie plus de paysans. Et les paysans bio sont en général, et pas seulement en Bretagne, contents de leur sort, et fiers de leur métier. [EDIT 11/11/2013 : un article de rue89 sur un éleveur de cochons bio… Parfaite illustration de ce billet !] Il y a tant à expérimenter, la permaculture de Rabhi, la biodynamie des Bourguignon… Tout ce qui fait rigoler les productivistes, qui préfèrent vivre de chimie et de subventions.
Non, les bonnets rouges ne représentent pas les Bretons. Ils n’en sont que la frange la plus à droite, la plus violente, la plus imperméable à toute forme de réflexion. L’agriculture pourrie qu’ils défendent appartient au passé. Les Bretons n’en veulent plus.
En ce qui me concerne, j’en ai même honte.
Et ce sont toujours les banques qui gagnent à la fin
18 novembre 2013 |
Par Martine Orange
En
se cachant derrière la débâcle de Dexia et des emprunts toxiques, le
gouvernement vient de faire un formidable cadeau aux banques. Au mépris
du principe de rétroactivité, il les amnistie de toutes leurs erreurs
sur les prêts.
En matière de cadeaux aux banques, le gouvernement a déjà fait
beaucoup. Mais il a décidé de faire plus. Après la farce sur la
séparation des activités bancaires, c’est une véritable loi d’amnistie
que vient d’accorder le gouvernement aux banques. À l’avenir, celles-ci
vont pouvoir à titre rétroactif bénéficier d’une totale immunité sur les
contrats de prêt signés avec toutes les personnes morales, et ne
pourront plus être poursuivies si ces contrats n’indiquent pas le taux
effectif global, comme le prévoyait jusqu’ici la loi.
L’affaire s’est jouée dans la discrétion au cours de la nuit du 14 novembre, à l’occasion de la discussion de l’article 60 de la loi de finances. Un article compliqué et très attendu par les collectivités locales (voir notre article « Les élus dénoncent le marché de dupes proposé par l’État ») : il s’agissait de trouver une sortie convenable pour les collectivités territoriales prises dans les rets des emprunts toxiques tout en limitant les risques pour l’État, et surtout ceux pesant sur la banque Dexia, qui depuis son effondrement est totalement à la charge de ce dernier.
Pour aider les collectivités locales piégées par les emprunts toxiques, l’État s’est dit prêt à leur consentir une aide de 1,5 milliard d’euros sur quinze ans. Mais il y a mis des conditions : les collectivités locales doivent au préalable avoir trouvé un compromis avec les banques. La forme du compromis est même fixée par la loi : les collectivités locales doivent accepter un remboursement anticipé avec toutes les pénalités qu’elles peuvent encourir. C’est déjà mettre les collectivités locales dos au mur.
Mais comme si cela ne suffisait pas, le ministère des finances a décidé d’inclure une modalité qui les place pieds et poings liés face aux banques : supprimer toute possibilité de contestation légale en cas de défaut de mention du taux effectif global dans les prêts. Dès l’annonce du texte, de nombreux élus ont protesté contre cette disposition. Cela revenait à leur ôter toute arme juridique face aux établissements prêteurs, n’ont-ils cessé de dénoncer.
De fait, dans la longue bataille qui oppose depuis 2009 les collectivités locales aux banques, le TEG a jusqu’à maintenant été le seul argument juridique admis par les tribunaux pour casser les contrats. En février 2013, le tribunal de grande instance de Nanterre a jugé que l’absence du taux effectif global du prêt, comme le prévoit la loi, invalidait l’ensemble du contrat. Le tribunal avait en outre sanctionné l’erreur en imposant comme référence de calcul pour le prêt le taux d’intérêt légal (soit 0,04 %) au lieu du taux d’intérêt conventionnel.
Le jugement fait l’objet d’une procédure d’appel. Mais il n’a pas fallu dix mois pour le monde bancaire pour faire réécrire un texte « si lourd d’incertitudes juridiques ». Tordant le cou aux principes de la non-rétroactivité de la loi, de l’intangibilité des contrats, de l’égalité de traitement, le dispositif revient à offrir une amnistie complète et une immunité à l’ensemble du monde bancaire, absous désormais de toute faute. C’est une loi d’indulgence, comme l’écrit Julien Alexandre sur le blog de Paul Jorion.
D’un trait de plume, le gouvernement a rayé de façon rétroactive les dernières protections juridiques offertes à toutes les personnalités morales, c’est-à-dire les collectivités locales et territoriales mais aussi les entreprises, les associations, qui auraient contracté un prêt et envisageraient de le contester, en raison de l’absence de TEG.
Officiellement, il ne s’agit pour le gouvernement que de lever les menaces qui pèsent sur Dexia, principal pourvoyeur de crédits toxiques aux collectivités et qui depuis sa faillite est entièrement à la charge de l’État, au travers de la structure de financement, la SFIL, chargée de gérer le passé et le passif de la banque. La décision du TGI de Nanterre fait « courir un risque majeur aux finances publiques », insistait le texte du projet de loi : il fallait à tout prix encadrer les risques encourus par Dexia, qui a déjà coûté plus de 6,6 milliards d’euros aux contribuables. Les contentieux à venir pouvaient représenter encore un risque de 3,7 milliards d’euros, avait chiffré le rapport.
Impérial, le député PS Henri Emmanuelli avait eu l’argument définitif lors de la discussion en commission des finances pour justifier le procédé : la nécessité de rassurer les marchés. Il en allait des financements publics à venir. « Si les deux premières émissions de la SFIL se sont bien passées, c’est parce que ces derniers avaient connaissance du dispositif contenu dans l’article 60, dont le but essentiel est de les rassurer. Le supprimer reviendrait à semer la panique sur les marchés, de sorte que la SFIL ne pourrait plus emprunter, ou alors à un coût beaucoup trop élevé. C’est tout le système qui s’effondrerait alors », prédisait-il. Il est loin, le temps où le député protestait devant le pouvoir de la finance.
Pour être rassurés, les marchés vont l’être. Comme depuis le début de la crise, le monde financier se retrouve bénéficiaire d’un aléa moral, refusé à tout autre. « Une fois encore, quand les banquiers font des erreurs, ils doivent payer, comme tout citoyen. S’il s’agissait de petites gens, de gens modestes, aurait-on rédigé un article de loi pour eux ? Sûrement pas ! On protège donc les gros et les puissants au détriment d’emprunteurs, pour beaucoup – pas tous, certes – de bonne foi et qui ont été trompés. Du côté de l’emprunteur, de quel droit va-t-on faire tomber 116 assignations – rien que pour les collectivités locales : l’étude d’impact oublie de parler des PME, des hôpitaux, d’entreprises moyennes, voire grandes. On nous dit que cela va être épouvantable, que les 116 assignations en cours à elles seules coûteront autour de 3,7 milliards d’euros. Mais de quel droit fait-on cela ? », insistait le député UDI Charles de Courson, en soulignant le risque d’inconstitutionnalité du dispositif, lors de la discussion en séance.
Tous les arguments présentés par les députés de droite comme de gauche pour tenter de repousser le dispositif ou au moins de l’amender ont été repoussés. Au nom de Dexia, les banques emportent une victoire par KO debout face à tous.
Car la distribution des cadeaux ne s’est pas arrêtée là. Pour faire bonne mesure, le gouvernement a inscrit un nouveau dispositif dans le code de la consommation, afin « d’éviter des sanctions disproportionnées au regard du préjudice réel pour l’emprunteur », explique le projet de loi. Il concerne l’ensemble des emprunteurs cette fois. Désormais, en cas d’erreur dans le calcul d’un prêt, les banques ne pourront plus être condamnées par les tribunaux à appliquer le taux d’intérêt légal. Elles pourront conserver le taux prévu par le contrat, le juge ne pouvant que les condamner à payer une sanction civile. C’est la prime aux erreurs – volontaires ou non – des banques. Elles se retrouvent ainsi dédouanées de toute responsabilité d’information et de conseil à l’égard de leurs clients, qui risquent de se retrouver totalement piégés notamment en cas de prêt à taux variable ou de crédit revolving. Tout est fait ainsi pour minimiser le poids de la responsabilité des banques.
Sans nul doute, il y a eu une erreur de transcription lors du discours du Bourget de François Hollande. Il voulait dire : « Mon amie, c'est la finance. »
L’affaire s’est jouée dans la discrétion au cours de la nuit du 14 novembre, à l’occasion de la discussion de l’article 60 de la loi de finances. Un article compliqué et très attendu par les collectivités locales (voir notre article « Les élus dénoncent le marché de dupes proposé par l’État ») : il s’agissait de trouver une sortie convenable pour les collectivités territoriales prises dans les rets des emprunts toxiques tout en limitant les risques pour l’État, et surtout ceux pesant sur la banque Dexia, qui depuis son effondrement est totalement à la charge de ce dernier.
Pour aider les collectivités locales piégées par les emprunts toxiques, l’État s’est dit prêt à leur consentir une aide de 1,5 milliard d’euros sur quinze ans. Mais il y a mis des conditions : les collectivités locales doivent au préalable avoir trouvé un compromis avec les banques. La forme du compromis est même fixée par la loi : les collectivités locales doivent accepter un remboursement anticipé avec toutes les pénalités qu’elles peuvent encourir. C’est déjà mettre les collectivités locales dos au mur.
Mais comme si cela ne suffisait pas, le ministère des finances a décidé d’inclure une modalité qui les place pieds et poings liés face aux banques : supprimer toute possibilité de contestation légale en cas de défaut de mention du taux effectif global dans les prêts. Dès l’annonce du texte, de nombreux élus ont protesté contre cette disposition. Cela revenait à leur ôter toute arme juridique face aux établissements prêteurs, n’ont-ils cessé de dénoncer.
De fait, dans la longue bataille qui oppose depuis 2009 les collectivités locales aux banques, le TEG a jusqu’à maintenant été le seul argument juridique admis par les tribunaux pour casser les contrats. En février 2013, le tribunal de grande instance de Nanterre a jugé que l’absence du taux effectif global du prêt, comme le prévoit la loi, invalidait l’ensemble du contrat. Le tribunal avait en outre sanctionné l’erreur en imposant comme référence de calcul pour le prêt le taux d’intérêt légal (soit 0,04 %) au lieu du taux d’intérêt conventionnel.
Le jugement fait l’objet d’une procédure d’appel. Mais il n’a pas fallu dix mois pour le monde bancaire pour faire réécrire un texte « si lourd d’incertitudes juridiques ». Tordant le cou aux principes de la non-rétroactivité de la loi, de l’intangibilité des contrats, de l’égalité de traitement, le dispositif revient à offrir une amnistie complète et une immunité à l’ensemble du monde bancaire, absous désormais de toute faute. C’est une loi d’indulgence, comme l’écrit Julien Alexandre sur le blog de Paul Jorion.
D’un trait de plume, le gouvernement a rayé de façon rétroactive les dernières protections juridiques offertes à toutes les personnalités morales, c’est-à-dire les collectivités locales et territoriales mais aussi les entreprises, les associations, qui auraient contracté un prêt et envisageraient de le contester, en raison de l’absence de TEG.
Officiellement, il ne s’agit pour le gouvernement que de lever les menaces qui pèsent sur Dexia, principal pourvoyeur de crédits toxiques aux collectivités et qui depuis sa faillite est entièrement à la charge de l’État, au travers de la structure de financement, la SFIL, chargée de gérer le passé et le passif de la banque. La décision du TGI de Nanterre fait « courir un risque majeur aux finances publiques », insistait le texte du projet de loi : il fallait à tout prix encadrer les risques encourus par Dexia, qui a déjà coûté plus de 6,6 milliards d’euros aux contribuables. Les contentieux à venir pouvaient représenter encore un risque de 3,7 milliards d’euros, avait chiffré le rapport.
Impérial, le député PS Henri Emmanuelli avait eu l’argument définitif lors de la discussion en commission des finances pour justifier le procédé : la nécessité de rassurer les marchés. Il en allait des financements publics à venir. « Si les deux premières émissions de la SFIL se sont bien passées, c’est parce que ces derniers avaient connaissance du dispositif contenu dans l’article 60, dont le but essentiel est de les rassurer. Le supprimer reviendrait à semer la panique sur les marchés, de sorte que la SFIL ne pourrait plus emprunter, ou alors à un coût beaucoup trop élevé. C’est tout le système qui s’effondrerait alors », prédisait-il. Il est loin, le temps où le député protestait devant le pouvoir de la finance.
Pour être rassurés, les marchés vont l’être. Comme depuis le début de la crise, le monde financier se retrouve bénéficiaire d’un aléa moral, refusé à tout autre. « Une fois encore, quand les banquiers font des erreurs, ils doivent payer, comme tout citoyen. S’il s’agissait de petites gens, de gens modestes, aurait-on rédigé un article de loi pour eux ? Sûrement pas ! On protège donc les gros et les puissants au détriment d’emprunteurs, pour beaucoup – pas tous, certes – de bonne foi et qui ont été trompés. Du côté de l’emprunteur, de quel droit va-t-on faire tomber 116 assignations – rien que pour les collectivités locales : l’étude d’impact oublie de parler des PME, des hôpitaux, d’entreprises moyennes, voire grandes. On nous dit que cela va être épouvantable, que les 116 assignations en cours à elles seules coûteront autour de 3,7 milliards d’euros. Mais de quel droit fait-on cela ? », insistait le député UDI Charles de Courson, en soulignant le risque d’inconstitutionnalité du dispositif, lors de la discussion en séance.
Tous les arguments présentés par les députés de droite comme de gauche pour tenter de repousser le dispositif ou au moins de l’amender ont été repoussés. Au nom de Dexia, les banques emportent une victoire par KO debout face à tous.
Car la distribution des cadeaux ne s’est pas arrêtée là. Pour faire bonne mesure, le gouvernement a inscrit un nouveau dispositif dans le code de la consommation, afin « d’éviter des sanctions disproportionnées au regard du préjudice réel pour l’emprunteur », explique le projet de loi. Il concerne l’ensemble des emprunteurs cette fois. Désormais, en cas d’erreur dans le calcul d’un prêt, les banques ne pourront plus être condamnées par les tribunaux à appliquer le taux d’intérêt légal. Elles pourront conserver le taux prévu par le contrat, le juge ne pouvant que les condamner à payer une sanction civile. C’est la prime aux erreurs – volontaires ou non – des banques. Elles se retrouvent ainsi dédouanées de toute responsabilité d’information et de conseil à l’égard de leurs clients, qui risquent de se retrouver totalement piégés notamment en cas de prêt à taux variable ou de crédit revolving. Tout est fait ainsi pour minimiser le poids de la responsabilité des banques.
Sans nul doute, il y a eu une erreur de transcription lors du discours du Bourget de François Hollande. Il voulait dire : « Mon amie, c'est la finance. »
dimanche 1 septembre 2013
1er septembre 2013
A quelle fin tuons-nous ? (RSN)
William BOARDMAN
Êtes-vous en train de me dire que ne rien faire en Syrie est la meilleure solution ?
La triste réalité c’est que, dans le cas de la Syrie, il n’y a pas de bonnes solutions, pour les Etats-Unis ou pour pratiquement tous les autres.
Mais la terrible réalité c’est que les États-Unis et peut-être le monde entier s’en sortiront relativement mieux s’ils laissent Assad au pouvoir pour l’instant, plutôt que d’avoir à gérer le chaos incontrôlable qui découlera probablement de toute autre situation.
Il n’y a aucun motif valable à aggraver une situation fâcheuse. Elle s’aggravera vraisemblablement d’elle-même, et empirera de façon inimaginable si le gouvernement tombe.
Mais ce ne serait pas bien si les "rebelles" gagnaient ?
Il y a peu de chances. Nul ne peut dire avec certitude qui sont ces "rebelles", à part que nous savons qu’ils sont tout sauf une force unie et cohérente. Nous ne savons même pas si certains d’entre eux ont des projets dignes d’être soutenus. Il y a de nombreux groupes rebelles qui ont chacun leurs propres intérêts, dont la plupart sont mortels – pour les autres groupes, pour leurs voisins, pour tout le monde.
Mais se débarrasser d’Assad est bien en soi, non ?
Oh, naturellement, tout comme se débarrasser de Saddam Hussein était bien dans l’absolu. Vous n’avez aucune mémoire ? Malheureusement, nous avons été affublés de dirigeants qui préfèrent ignorer le fait que rien n’existe "dans l’absolu". Tout est interconnecté, ce qui devrait être évident pour tout le monde. Mais, apparemment, l’équipe Obama/Kerry ne pige pas mieux que l’équipe Bush/Cheney. Leur théorie commune, qui est qu’ils sont capables de contrôler la réalité et de déterminer l’issue, est la principale caractéristique de l’orgueil démesuré (et également de la folie, et de l’inconséquence sanguinaire).
Malgré la destruction démente que la guerre en Irak a fait subir à toutes les parties engagées (sauf aux commandants restés bien à l’abri), les conséquences indéfendables sont que nous avons aujourd’hui un Irak qui a souffert et qui continue de souffrir beaucoup plus que si Saddam était resté au pouvoir. Les crimes de guerre ont tendance à tourner mal.
Et donc, nous devons laisser Assad au pouvoir ?
Le premier problème avec cette question, c’est qu’on part du principe que c’est à "nous" (qui que ce "nous" désigne) de décider. Ce qui est indéniable, c’est que "nous" avons le droit d’intervenir de la façon la plus abominable qui soit sans que personne ne puisse nous en empêcher. Mais c’est là que s’arrête notre contrôle des événements, et l’intérêt d’une intervention est difficile à estimer – très vraisemblablement parce qu’il n’y en a aucun.
Évidemment, une offensive pourrait satisfaire momentanément le besoin irrationnel de "faire quelque chose", même si nous n’avons fait que montrer que nous étions des durs à cuire en expliquant aux Syriens qu’ils n’avaient pas intérêt à tuer des Syriens s’ils ne voulaient pas que nous intervenions pour tuer encore plus de Syriens.
Mais les armes chimiques, c’est mal, non ?
Ça c’est de la morale religieuse. Mais même s’ils font véritablement le mal, où est le problème ? La politique étrangère ne se fait pas sur les notions de bien et de mal.
Répondre "où est le problème ?" peut paraitre désinvolte, mais cela signifie que pratiquement tout le monde utilise des armes chimiques d’une manière ou d’une autre, et, la plupart du temps, personne ne réagit. Crier aux "armes chimiques", c’est du sentimentalisme stupide destiné à annihiler la pensée, pas à l’éclairer.
C’est-à-dire ?
L’uranium appauvri est un métal lourd toxique dont les effets peuvent entraîner la mort. Les États-Unis et d’autres pays ont utilisé et continuent d’utiliser des armes à l’uranium appauvri. Notre uranium appauvri contamine encore certains pays depuis les Balkans jusqu’à l’Irak.
Logiquement, nous aurions dû nous bombarder de missiles Tomahawk au cours de ces vingt dernières années pour nous donner une leçon que nous avons, de toute évidence, beaucoup de mal à apprendre.
Et donc, oubliez la pseudo-moralité d’un Secrétaire d’État proche de l’hystérie qui trouvait que la guerre illégale en Irak était une bonne idée, ou, du moins, trop consensuelle pour qu’on s’y oppose. Quand Kerry traite les armes chimiques en Syrie d’"obscénité morale" (comme il l’a fait le 26 août), rappelez-vous qu’il n’a jamais contesté l’utilisation de l’uranium appauvri. Jamais.
Il n’y a aucun principe moral en jeu dans la situation actuelle en Syrie, et il n’y a aucun objectif clair qui puisse justifier l’intervention, si ce n’est l’intervention pour l’intervention. Tout ce qui est en jeu, c’est la démonstration de force sans scrupules comme une fin en soi.
Vous voulez dire que nous devons simplement rester là à regarder les gens mourir ?
Du calme. C’est ce que nous faisons tout le temps quand ça nous arrange.
C’est ce que le monde est devenu depuis très longtemps, probablement même avant que nous ne nous mettions à distribuer aux populations indigènes des couvertures contaminées par le virus de la variole.
William M. Boardman a travaillé pendant 40 ans pour le théâtre, la radio, la TV, la presse écrite, et a passé en même temps 20 ans dans la magistrature dans le Vermont.
Traduction : R.R., traducteur bénévole intermittent
La triste réalité c’est que, dans le cas de la Syrie, il n’y a pas de bonnes solutions, pour les Etats-Unis ou pour pratiquement tous les autres.
Mais la terrible réalité c’est que les États-Unis et peut-être le monde entier s’en sortiront relativement mieux s’ils laissent Assad au pouvoir pour l’instant, plutôt que d’avoir à gérer le chaos incontrôlable qui découlera probablement de toute autre situation.
Il n’y a aucun motif valable à aggraver une situation fâcheuse. Elle s’aggravera vraisemblablement d’elle-même, et empirera de façon inimaginable si le gouvernement tombe.
Mais ce ne serait pas bien si les "rebelles" gagnaient ?
Il y a peu de chances. Nul ne peut dire avec certitude qui sont ces "rebelles", à part que nous savons qu’ils sont tout sauf une force unie et cohérente. Nous ne savons même pas si certains d’entre eux ont des projets dignes d’être soutenus. Il y a de nombreux groupes rebelles qui ont chacun leurs propres intérêts, dont la plupart sont mortels – pour les autres groupes, pour leurs voisins, pour tout le monde.
Mais se débarrasser d’Assad est bien en soi, non ?
Oh, naturellement, tout comme se débarrasser de Saddam Hussein était bien dans l’absolu. Vous n’avez aucune mémoire ? Malheureusement, nous avons été affublés de dirigeants qui préfèrent ignorer le fait que rien n’existe "dans l’absolu". Tout est interconnecté, ce qui devrait être évident pour tout le monde. Mais, apparemment, l’équipe Obama/Kerry ne pige pas mieux que l’équipe Bush/Cheney. Leur théorie commune, qui est qu’ils sont capables de contrôler la réalité et de déterminer l’issue, est la principale caractéristique de l’orgueil démesuré (et également de la folie, et de l’inconséquence sanguinaire).
Malgré la destruction démente que la guerre en Irak a fait subir à toutes les parties engagées (sauf aux commandants restés bien à l’abri), les conséquences indéfendables sont que nous avons aujourd’hui un Irak qui a souffert et qui continue de souffrir beaucoup plus que si Saddam était resté au pouvoir. Les crimes de guerre ont tendance à tourner mal.
Et donc, nous devons laisser Assad au pouvoir ?
Le premier problème avec cette question, c’est qu’on part du principe que c’est à "nous" (qui que ce "nous" désigne) de décider. Ce qui est indéniable, c’est que "nous" avons le droit d’intervenir de la façon la plus abominable qui soit sans que personne ne puisse nous en empêcher. Mais c’est là que s’arrête notre contrôle des événements, et l’intérêt d’une intervention est difficile à estimer – très vraisemblablement parce qu’il n’y en a aucun.
Évidemment, une offensive pourrait satisfaire momentanément le besoin irrationnel de "faire quelque chose", même si nous n’avons fait que montrer que nous étions des durs à cuire en expliquant aux Syriens qu’ils n’avaient pas intérêt à tuer des Syriens s’ils ne voulaient pas que nous intervenions pour tuer encore plus de Syriens.
Mais les armes chimiques, c’est mal, non ?
Ça c’est de la morale religieuse. Mais même s’ils font véritablement le mal, où est le problème ? La politique étrangère ne se fait pas sur les notions de bien et de mal.
Répondre "où est le problème ?" peut paraitre désinvolte, mais cela signifie que pratiquement tout le monde utilise des armes chimiques d’une manière ou d’une autre, et, la plupart du temps, personne ne réagit. Crier aux "armes chimiques", c’est du sentimentalisme stupide destiné à annihiler la pensée, pas à l’éclairer.
C’est-à-dire ?
L’uranium appauvri est un métal lourd toxique dont les effets peuvent entraîner la mort. Les États-Unis et d’autres pays ont utilisé et continuent d’utiliser des armes à l’uranium appauvri. Notre uranium appauvri contamine encore certains pays depuis les Balkans jusqu’à l’Irak.
Logiquement, nous aurions dû nous bombarder de missiles Tomahawk au cours de ces vingt dernières années pour nous donner une leçon que nous avons, de toute évidence, beaucoup de mal à apprendre.
Et donc, oubliez la pseudo-moralité d’un Secrétaire d’État proche de l’hystérie qui trouvait que la guerre illégale en Irak était une bonne idée, ou, du moins, trop consensuelle pour qu’on s’y oppose. Quand Kerry traite les armes chimiques en Syrie d’"obscénité morale" (comme il l’a fait le 26 août), rappelez-vous qu’il n’a jamais contesté l’utilisation de l’uranium appauvri. Jamais.
Il n’y a aucun principe moral en jeu dans la situation actuelle en Syrie, et il n’y a aucun objectif clair qui puisse justifier l’intervention, si ce n’est l’intervention pour l’intervention. Tout ce qui est en jeu, c’est la démonstration de force sans scrupules comme une fin en soi.
Vous voulez dire que nous devons simplement rester là à regarder les gens mourir ?
Du calme. C’est ce que nous faisons tout le temps quand ça nous arrange.
C’est ce que le monde est devenu depuis très longtemps, probablement même avant que nous ne nous mettions à distribuer aux populations indigènes des couvertures contaminées par le virus de la variole.
William M. Boardman a travaillé pendant 40 ans pour le théâtre, la radio, la TV, la presse écrite, et a passé en même temps 20 ans dans la magistrature dans le Vermont.
Traduction : R.R., traducteur bénévole intermittent
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http://www.legrandsoir.info/a-quelle-fin-tuons-nous-rsn.html
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mardi 27 août 2013
14 
27 août 2013
Le meurtre des pauvres de la terre (Truthdig)
Chris HEDGES
L’Islam radical est le dernier refuge des musulmans pauvres. Les cinq prières par jour offrent un vrai cadre de vie aux croyants déshérités. Le précieux rituel de purification avant les prières à la mosquée, le strict code moral, ainsi que la conscience que la vie a un sens et un but ultime empêchent des centaines de millions de musulmans nécessiteux de sombrer dans le désespoir. L’idéologie fondamentaliste, fruit de l’oppression, est rigide et inflexible. Sa vision est manichéenne, c’est tout blanc ou tout noir, bon ou mauvais et on est soit croyant soit infidèle. C’est une idéologie fanatique et cruelle pour les femmes, les Juifs, les chrétiens, les laïques, les gays et les lesbiennes, mais en même temps elle offre à ceux qui sont tout en bas de l’échelle sociale un dernier refuge et un peu d’espoir. Le massacre de centaines de fidèles dans les rues du Caire n’est pas seulement un assaut contre une idéologie religieuse, pas seulement un retour au brutal état policier de Moubarak, c’est le début d’une guerre sainte qui va transformer l’Egypte et d’autres pays pauvres de la planète en enfer de sang et de souffrance.
La seule manière d’endiguer l’Islam radical est d’offrir à ses adeptes une part dans l’économie globale, la perspective d’une vie future qui ne soit pas une vie de misère, d’oppression et de désespoir. Quand on habite dans les bidonvilles de plus en plus étendus du Caire ou les camps de réfugiés de Gaza ou les taudis bétonnés de New Delhi, il n’y a aucun espoir d’en sortir. On ne peut pas aller à l’école ni trouver du travail ; on ne peut pas se marier ; on ne peut pas lutter contre la domination de l’économie par les oligarques et les généraux. La seule manière de devenir quelqu’un est de devenir un martyr, un shahid. Alors on a droit au court moment de gloire et de célébrité qua la vie nous refuse. Ce qui arrive en Egypte sera qualifié de guerre de religion et les violences commises par les insurgés qui surgiront des squares ensanglantés du Caire, de terrorisme, mais la cause de tout ce chaos n’est pas la religion, c’est l’effondrement de l’économie dans un monde qui écrase, affame et assassine les pauvres. Les camps se forment en Egypte et dans le reste du monde. Adli Mansour, le président en titre nommé par le dictateur militaire égyptien, le général Abdul-Fattah el-Sisi a impose un gouvernement militaire et l’état d’urgence. Ca n’est pas près de s’améliorer.
La sève des mouvements radicaux est le martyre. L’armée égyptienne a fabriqué un grand nombre de martyrs. Les visages et les noms des morts sanctifiés seront utilisés par des imans en colère pour appeler à la vengeance sainte. Et l’augmentation de la violence et la multiplication des martyres provoqueront une guerre qui déchirera l’Egypte. La police, les chrétiens coptes, les laïques, les Occidentaux, les commerces, les banques, l’industrie du tourisme et l’armée en seront les cibles. Les Frères Musulmans avaient réussi à ramener les Islamistes radicaux dans le système en les convainquant que la démocratie pouvait marcher ; ils vont maintenant retourner dans la clandestinité où de nombreux Frères les rejoindront. Il y aura des attentats à la bombe. Les attaques aléatoires et les meurtres perpétrés par des snipers vont devenir le quotidien des Egyptiens comme dans les années 1990 quand j’étais correspondant du New York Times au Caire, sauf que cette fois, les attaques seront plus fréquentes et plus meurtrières, beaucoup plus difficiles à contrôler et à réprimer.
Ce qui arrive en Egypte est un avant-goût de la guerre globale entre le monde des élites et le monde des pauvres, une guerre causée par la diminution des ressources, le chômage chronique, le sous-emploi, la surpopulation, la baisse des récoltes due au changement climatique et l’augmentation du prix de la nourriture. 33 % des 80 millions d’Egyptiens ont moins de 14 ans, et de millions d’entre eux vivent juste au dessus du seuil de pauvreté que la Banque Mondiale a établi à 2 dollars étatsuniens par jour pour ce pays. Les pauvres, en Egypte, dépensent plus de la moitié de leurs revenus pour acheter une nourriture qui n’a souvent que peu de valeur nutritive. On estime que 13,7 millions d’Egyptiens soit 17 % de la population a souffert de malnutrition en 2011, alors qu’en 2009 le chiffre était de 14 % selon un rapport du Programme de Nourriture Mondiale de l’ONU et de l’Agence Centrale Egyptienne pour la Mobilisation Publique et les Statistiques. La malnutrition est endémique chez les enfants pauvres et elle engendre des problèmes de croissance pour 31 % des enfants de moins de 5 ans. L’analphabétisme touche plus de 70 % de la population.
Dans "Les misérables" Victor Hugo décrivait la guerre contre les pauvres, comme une guerre entre "les égoïstes" et les "parias". Les égoïstes, selon Hugo, avaient en commun "la prospérité qui émousse les sens, la peur de souffrir qui va parfois jusqu’à haïr tous ceux qui souffrent, et une suffisance à toute épreuve, un ego si enflé qu’il étouffe l’âme". Les parias, qu’on ignore tout le temps que les persécutions et les privations qu’ils endurent ne dégénèrent pas en violence, étaient "avides et envieux, jaloux du bonheur des autres, ils luttaient pour trouver un peu de bonheur, le coeur empli de confusion, de souffrance, de besoins, de fatalisme et de simple et impure ignorance."*
Avertissement :
Le système de pensée que les opprimés embrassent peut être intolérant mais ces systèmes de pensée sont une réponse à l’injustice, à la violence d’état et à la cruauté qui leurs sont infligés par les élites mondiales. Notre ennemi n’est pas l’Islam radical, c’est le capitalisme mondial. C’est un monde dans lequel les pauvres sont obligés de se soumettre aux diktats des marchés, où les enfants ont faim pendant que les élites qui dirigent les multinationales et la finance mondiale siphonnent la richesse mondiale et les ressources naturelles de la planète, et où notre armée et les armées étrangères soutenues par les Etats-Unis massacrent les gens dans les rues. L’Egypte donne un aperçu du monde dystopique** qui nous attend. Si ça continue, les guerres pour la survie marqueront le stade final de la présence humaine sur la planète. Et si vous voulez savoir de quoi ça aura l’air, faîtes un tour dans n’importe quelle morgue du Caire.
Chris Hedges
Notes du traducteur :
* C’est une traduction de l’Anglais, je n’ai pas retrouvé la citation exacte. Si quelqu’un la connaît...
** Une dystopie — ou contre-utopie — est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur et contre l’avènement de laquelle l’auteur entend mettre en garde le lecteur. La dystopie s’oppose à l’utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie propose un des pires qui soit.
Chris Hedges, a été pendant presque 20 ans correspondant étranger en Amérique Centrale, au Moyen Orient, en Afrique et dans les Balkans. Il a été reporter dans près de 50 pays pour The Christian Science Monitor, National Public Radio, The Dallas Morning News et The New York Times pour qui il a travaillé pendant 15 ans.
Traduction : Dominique Muselet
La seule manière d’endiguer l’Islam radical est d’offrir à ses adeptes une part dans l’économie globale, la perspective d’une vie future qui ne soit pas une vie de misère, d’oppression et de désespoir. Quand on habite dans les bidonvilles de plus en plus étendus du Caire ou les camps de réfugiés de Gaza ou les taudis bétonnés de New Delhi, il n’y a aucun espoir d’en sortir. On ne peut pas aller à l’école ni trouver du travail ; on ne peut pas se marier ; on ne peut pas lutter contre la domination de l’économie par les oligarques et les généraux. La seule manière de devenir quelqu’un est de devenir un martyr, un shahid. Alors on a droit au court moment de gloire et de célébrité qua la vie nous refuse. Ce qui arrive en Egypte sera qualifié de guerre de religion et les violences commises par les insurgés qui surgiront des squares ensanglantés du Caire, de terrorisme, mais la cause de tout ce chaos n’est pas la religion, c’est l’effondrement de l’économie dans un monde qui écrase, affame et assassine les pauvres. Les camps se forment en Egypte et dans le reste du monde. Adli Mansour, le président en titre nommé par le dictateur militaire égyptien, le général Abdul-Fattah el-Sisi a impose un gouvernement militaire et l’état d’urgence. Ca n’est pas près de s’améliorer.
La sève des mouvements radicaux est le martyre. L’armée égyptienne a fabriqué un grand nombre de martyrs. Les visages et les noms des morts sanctifiés seront utilisés par des imans en colère pour appeler à la vengeance sainte. Et l’augmentation de la violence et la multiplication des martyres provoqueront une guerre qui déchirera l’Egypte. La police, les chrétiens coptes, les laïques, les Occidentaux, les commerces, les banques, l’industrie du tourisme et l’armée en seront les cibles. Les Frères Musulmans avaient réussi à ramener les Islamistes radicaux dans le système en les convainquant que la démocratie pouvait marcher ; ils vont maintenant retourner dans la clandestinité où de nombreux Frères les rejoindront. Il y aura des attentats à la bombe. Les attaques aléatoires et les meurtres perpétrés par des snipers vont devenir le quotidien des Egyptiens comme dans les années 1990 quand j’étais correspondant du New York Times au Caire, sauf que cette fois, les attaques seront plus fréquentes et plus meurtrières, beaucoup plus difficiles à contrôler et à réprimer.
Ce qui arrive en Egypte est un avant-goût de la guerre globale entre le monde des élites et le monde des pauvres, une guerre causée par la diminution des ressources, le chômage chronique, le sous-emploi, la surpopulation, la baisse des récoltes due au changement climatique et l’augmentation du prix de la nourriture. 33 % des 80 millions d’Egyptiens ont moins de 14 ans, et de millions d’entre eux vivent juste au dessus du seuil de pauvreté que la Banque Mondiale a établi à 2 dollars étatsuniens par jour pour ce pays. Les pauvres, en Egypte, dépensent plus de la moitié de leurs revenus pour acheter une nourriture qui n’a souvent que peu de valeur nutritive. On estime que 13,7 millions d’Egyptiens soit 17 % de la population a souffert de malnutrition en 2011, alors qu’en 2009 le chiffre était de 14 % selon un rapport du Programme de Nourriture Mondiale de l’ONU et de l’Agence Centrale Egyptienne pour la Mobilisation Publique et les Statistiques. La malnutrition est endémique chez les enfants pauvres et elle engendre des problèmes de croissance pour 31 % des enfants de moins de 5 ans. L’analphabétisme touche plus de 70 % de la population.
Dans "Les misérables" Victor Hugo décrivait la guerre contre les pauvres, comme une guerre entre "les égoïstes" et les "parias". Les égoïstes, selon Hugo, avaient en commun "la prospérité qui émousse les sens, la peur de souffrir qui va parfois jusqu’à haïr tous ceux qui souffrent, et une suffisance à toute épreuve, un ego si enflé qu’il étouffe l’âme". Les parias, qu’on ignore tout le temps que les persécutions et les privations qu’ils endurent ne dégénèrent pas en violence, étaient "avides et envieux, jaloux du bonheur des autres, ils luttaient pour trouver un peu de bonheur, le coeur empli de confusion, de souffrance, de besoins, de fatalisme et de simple et impure ignorance."*
Avertissement :
Le système de pensée que les opprimés embrassent peut être intolérant mais ces systèmes de pensée sont une réponse à l’injustice, à la violence d’état et à la cruauté qui leurs sont infligés par les élites mondiales. Notre ennemi n’est pas l’Islam radical, c’est le capitalisme mondial. C’est un monde dans lequel les pauvres sont obligés de se soumettre aux diktats des marchés, où les enfants ont faim pendant que les élites qui dirigent les multinationales et la finance mondiale siphonnent la richesse mondiale et les ressources naturelles de la planète, et où notre armée et les armées étrangères soutenues par les Etats-Unis massacrent les gens dans les rues. L’Egypte donne un aperçu du monde dystopique** qui nous attend. Si ça continue, les guerres pour la survie marqueront le stade final de la présence humaine sur la planète. Et si vous voulez savoir de quoi ça aura l’air, faîtes un tour dans n’importe quelle morgue du Caire.
Chris Hedges
Notes du traducteur :
* C’est une traduction de l’Anglais, je n’ai pas retrouvé la citation exacte. Si quelqu’un la connaît...
** Une dystopie — ou contre-utopie — est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur et contre l’avènement de laquelle l’auteur entend mettre en garde le lecteur. La dystopie s’oppose à l’utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie propose un des pires qui soit.
Chris Hedges, a été pendant presque 20 ans correspondant étranger en Amérique Centrale, au Moyen Orient, en Afrique et dans les Balkans. Il a été reporter dans près de 50 pays pour The Christian Science Monitor, National Public Radio, The Dallas Morning News et The New York Times pour qui il a travaillé pendant 15 ans.
Traduction : Dominique Muselet
URL de cet article 21972
http://www.legrandsoir.info/le-meurtre-des-pauvres-de-la-terre.html
http://www.legrandsoir.info/le-meurtre-des-pauvres-de-la-terre.html
lundi 11 mars 2013
“Moins de Taubira, plus de Moscovici”
[La politique de Moscovici est un désastre pour nous. Par contre, pour lui ça se passe plutôt bien, merci…]
Le point de départ de ce billet, c’est le cri du cœur d’un dénommé
Jean-Christophe Gallien, chroniqueur au journal “La Tribune” (mort sous
sa forme papier), gazette des banksters, des patrons et des boursicoteurs de tout poil.Gallien est “professeur en communication” à l’université de Panthéon-Sorbonne. Autrement dit, il est payé par de l’argent public pour faire la propagande de l’argent privé. Et comme l’argent public ne lui suffit pas et que, comme nombre de ses collègues économistes, le mélange des genres ne l’effraie pas, il vend son incommensurable talent, et donc notamment à “La Tribune”. Son CV nous livre en outre ce détail cruel : il fut “conseiller de Valéry Giscard d’Estaing”, l’un des fossoyeurs de l’Europe, et co-auteur de la félonie historique de 1973 qui livra aux banques privées le monopole de la création monétaire, traîtrise que nous payons toujours et de plus en plus cher.
Donc, 40 ans, près de 2000 milliards d’euros de dette et 5 millions de chômeurs plus tard (il ne s’agit bien évidemment que des chiffres pour la France, il faut approximativement les multiplier par 6 pour avoir les chiffres de l’UE), Jean-Christophe Gallien nous livre le fond de sa précieuse et insondable pensée :
Il faudrait à la France “Moins de Taubira, plus de Moscovici”
Gallien va être exaucé. Certes Christiane Taubira a fait son numéro, elle a réussi à faire passer, malgré une opposition disproportionnée jusqu’au délire (on se souvient de ce million de moyenâgeux homophobes déferlant dans les rues le 2 février dernier alors qu’ils n’avaient pas été foutus d’aller une seule fois protester contre un seul des innombrables forfaits antisociaux perpétrés depuis la manif pour les écoles de moinillons en 1984), le projet de loi de “mariage pour tous”. Elle a brillamment éclaboussé l’assemblée de son talent, mouchant et ridiculisant ces protozoaires que sont Christian Jacob ou autres David Douillet.Cette loi est désormais votée, une poignée d’homosexuels va peut-être se marier, les hétéros continueront à le faire s’ils le souhaitent, et l’affaire sera classée.
Moscovici vient donc de faire son entrée en scène. Et tout le monde va une fois de plus se rendre compte que nos dirigeants minables, élus avec nos suffrages, ne sont que les larbins des marchés, des banksters, de l’Union Européenne, qui leur imposent, qui nous imposent, leur logique mortifère.
Moscovici est un de ces technocrates sociaux-libéraux, membre de la clique de DSK (même s’il ne faisait pas partie de la bande de malfaisants qui s’était gavée sur le dos de la MNEF, au contraire de Jean-Marie Le Guen (qui vient de souhaiter le recul de l’âge de la retraite), Cambadelis ou même Valls), recasé chez Hollandréou. Moscovici est tellement chiant qu’il n’a aucune chance dans une élection présidentielle, mais il est tellement représentatif de ces “petits soldats du libéralisme” auquel on a l’imprudence de confier un marteau, et qui s’en servent consciencieusement pour tout détruire et livrer à leurs amis banskters, patrons et autres riches cyniques.
Pour ces gens-là, la vie se résume au “taux de croissance”. C’est la pierre angulaire, l’alpha et l’oméga de ce qui nous tient lieu de “politique”. Ouille, la France ne va faire que 0,1% alors que les “socialos” avaient prévu 0,8 ! Du coup, la promesse de déficit à 3% de ces mêmes “socialistes” ne tient plus, ce sera 3,7% ! Quel drame ! Et ce “pauvre Moscovici” obligé d’aller se prosterner devant la Commission Européenne, de se répandre en contrition, comme un petit garçon qui a fait une bêtise alors qu’il avait promis d’être sage…
“Je le ferai plus, mesdames, messieurs. Promis, l’année prochaine je serai sage et je les tiendrai, les 3%, coûte que coûte. Dites-leur, aux marchés, dites-leur, on fait semblant d’être de gauche, mais on est de droite, je vous jure… Enfin, j’étais l’adjoint de DSK, c’est quand même un gage, non ? Je serai raisonnable, tant pis, on va faire payer les vieux, on va faire payer les pauvres, on va faire payer les malades, on va faire payer les chômeurs, on va virer les fonctionnaires. Oui, tout pour rembourser les banksters. Mais par pitié, dites-leur de nous accorder une chance, la dernière… Implorez-les de ne pas nous dégrader, de ne pas nous augmenter les taux d’intérêts…”
Pitoyable, non ? Ce serait même risible s’il ne s’agissait pas de nos vies et de notre avenir.
Du coup, l’UMP, encore groggy de son coup de bambou de mai 2012 et orphelin de son mètre à penser, se relève en chancelant et reprend ses mantras ultralibéraux. C’est d’autant plus risible de la part de ces guignols qu’ils ont plombé la dette de 600 milliards sur les cinq dernières années, et que s’ils avaient la moindre once de décence, ils fermeraient leur grande gueule fétide jusqu’à la fin de leurs jours.
On peut à cet égard décerner la palme du scandale et de la saloperie à Madame Valérie Pécresse, perroquet en chef de l’élevage de l’UMP depuis que son ex-collègue psittacidé Copé (une variété aquatique qui se complaît sur les yachts et dans la piscine des marchands d’armes millionnaires et non imposables) a pris dans les conditions que l’on sait la direction de l’élevage.
Madame Pécresse, dans le cadre d’un prétendu “labo des idées” (l’épithète “ultralibérales” a été sciemment omise) vient d’égrener la sempiternelle liste de balivernes ridicules et scandaleuses pour “faire 20 milliards d’économies” (pour financer les cadeaux au patronat…). Il n’y a qu’à parcourir la liste des membres de ce club, et on rit nerveusement en découvrant pêle-mêle un “associé senior de Mc Kinsey” (qui doit gagner chaque année bien davantage que ce qu’un smicard gagnera durant toute sa vie), la chef de bureau de “The Economist” (une des gazettes de la City) et même la harpie ultralibérale Agnès Verdier Molinier, qui a son rond de serviette dans tous les médias, et qui vient y répéter à longueur de journées qu’il faut moins d’impôts, moins de “charges”, moins de salaires, moins de réglementation, moins de Service Public, moins de fonctionnaires (beurk les fonctionnaires). Le chapitre 1 du bouquin de Milton Friedman, la bible de ces gens-là.
Ne souhaitant pas perdre mon temps, je ne vais pas égrener les mesures de ce chapelet libéral. Mais juste une, tellement représentative de toutes les autres.
“Introduire une dégressivité des allocations-chômage au bout de six mois en cas de refus de deux propositions d’emploi ou de formations correspondant aux qualifications du demandeur d’emploi (économie de 200 M€)”
Pour comprendre tout le fiel de cette pure saloperie, il faut d’abord comprendre qui est madame Pécresse : Cette pauvre petite fille riche, élue par les rupins de la banlieue sensible de Versailles, issue d’une famille de grands bourgeois, fille d’un grand patron, épouse du vice-président d’Alstom, un type qui gagnait déjà plus d’un million d’euros par an en 2009, dont le frère est un autre scribouillard larbin des banksters, Jean-Francis Pécresse, journalistes aux “échos”, rival historique de “la tribune”, et dans lequel il déverse à gros bouillons le même discours nauséabond que celui de sa belle-soeur. D’ailleurs “les échos” sont la propriété de Bernard Arnault, première fortune d’Europe (ah, on me glisse dans l’oreillette que l’année boursière ne lui a pas été favorable, et qu’il est un peu tombé au classement. Rassurez-vous, il lui reste suffisamment de caviar pour manger à sa faim et il ne devrait pas avoir besoin de recourir aux services des Restos du Cœur), témoin de mariage de Sarkozy, qui ne souhaite pas que son héritage puisse profiter au fisc français (et donc à vous et moi) , et qui s’est donc exilé fiscalement en Belgique. Le panier de crabes vit en vase clos. Et si je vous dis que le prof d’économie de madame Pécresse à l’ENA fut… Moscovici. Où lui-même fut l’élève de… DSK. On n’en sort pas.
C’est donc cette femme qui veut pourrir encore davantage la vie des chômeurs, qui ne sont d’ailleurs principalement au chômage qu’en raison de l’idéologie ultralibérale prônée par cette clique de nuisibles. Que sait-elle du chômage ? Que sait-elle de la vie d’un chômeur ? Que sait-elle du loyer qu’il faut payer, de l’électricité, de la bouffe des gosses, quand toute l’allocation chômage est dépensée dès son versement ? Que sait-elle du désespoir, de l’humiliation, des divorces et des suicides ?
Rien, elle n’en sait rien. Elle transpire le pognon et le mépris de classe par tous les pores de sa peau. Pour elle et ses semblables, les chômeurs ne sont que des zassistés, des profiteurs qu’il faut enfoncer encore davantage. C’est qu’on a des banquiers à rembourser, tout de même ! Toute sa vie, c’est faire en sorte que son mari et toute sa clique pétée de thunes paie moins d’impôts et se gave d’encore plus de profits, jusqu’à l’indécence et même bien au-delà. Dût-elle détruire tout le reste de la société.
Cette idéologie préside à la destinée de la France depuis 1982. Que nos gouvernements soient de droite ou de “gauche”. Elle n’a fait qu’aller crescendo. Nous sommes assommés par les analyses “d’économistes” vendus (qui comme le soulignait l’excellent bouquin de Laurent Mauduit “Les imposteurs de l’économie”, se présentent comme économistes alors qu’ils sont pratiquement tous grassement payés par des banques ou de grosses entreprises, soupe bien chaude dans laquelle ils ne vont évidemment pas cracher…) qui nous en vantent les mérites contre toute évidence.
Regardez comment Challenges , autre torchon patronal, nous vend la potion amère avec sa question distordue à l’extrême :
Pourquoi être aussi malhonnête ? Pourquoi ne pas dire qu’il ne s’agit pas de la dette, qui a été globalement remboursée, mais des intérêts indus de cette dette, imposés par les banksters, dont ils se gavent, et dont ils gavent les riches souscripteurs de SICAV et autres foutaises, ces minables Harpagon, en gros les lecteurs de Challenge ? Pourquoi ne pas inclure dans la question une troisième proposition :
- Auditer cette dette, et ne rembourser que ce que nous devons effectivement rembourser ?
L’idéologie libérale a échoué. Définitivement. La construction européenne est un ratage total, nous sommes en train de nous en prendre toutes les poutres qui s’écroulent dans la gueule. Tout ce qu’elle a réussi à faire, hormis faciliter le dumping social et fiscal, c’est confisquer la démocratie, éloigner le pouvoir. La plupart des lois françaises sont désormais des transpositions de directives européennes, dans la genèse desquelles la démocratie n’a pas sa place. Le parlement européen ne sert à rien, sinon à fournir un statut, un pouvoir d’achat et souvent un lot de consolation à des parasites de la politique malchanceux dans un scrutin national.
Mais surtout, ce sont les postulats et autres promesses de gascons de cette idéologie qui sont totalement à côté de la plaque. Pourtant, claironnés dans tous les médias des multinationales par les téléconomistes corrompus, par des Pujadas pleins aux as ou des poupées Barbie des chaînes infos qui ne diront jamais rien d’autre que le texte qu’on leur dit de lire, ces âneries sont considérées comme des évidences.
- Tout ce qu’il faut, c’est relancer la croissance
- Il faut faire revenir l’industrie en France en étant plus compétitifs.
- Il faut réduire les déficits, rembourser la dette, et donc réduire les dépenses publiques. Et une fois la crise passée grâce aux efforts budgétaires, on reviendra au plein emploi
Je reviens brièvement sur ces trois points :
1) Indépendamment du fait qu’elle ne soit pas philosophiquement souhaitable (d’ailleurs, l’un des philosophes de la décroissance les plus connus est Serge Moscovici, le propre père de Pierre ! J’espère qu’il l’a déshérité !), la croissance infinie est un mythe ! Que des pays au niveau de vie moyenâgeux, ou alors en phase de transition entre le moyenâgeux et l’étatsunien aient un “potentiel de croissance”, c’est une évidence. Qu’une voiture ordinaire puisse accélérer fort alors qu’elle roule à 10km/h, c’est plausible. À 100km/h, c’est moins évident, à 200km/h, elle est probablement au bout. La Chine a aligné pendant des années des croissances à 10%, c’est fini. Seules des andouilles peuvent s’en étonner, car c’est purement mathématique. En Europe ou aux Etats-Unis, il n’y a plus aucune raison que cela puisse se produire durablement. Bien sûr, il peut pour une raison ou pour une autre y avoir un éphémère retournement de tendance. Un rebond technique, comme disent les boursicoteurs.
Mais le carburant de la croissance, c’est l’énergie, ce sont les matières premières et tout ça commence à manquer. J’en ai déjà parlé à propos du “peak everything”. Qu’un abruti d’économiste isolé puisse croire malgré tout que la “croissance” va reprendre, pourquoi pas. Des imbéciles incompétents, il y en a dans tous les métiers. Mais que toute une clique (avec bien entendu les quelques exceptions qui confirment la règle) d’économistes, de journalistes et de politiciens basent toute leur politique sur cette croyance absurde, c’est à se taper la tête contre les murs ! On sait que des milliards de personnes sur terre sont capables de croire en un dieu qu’ils ne verront jamais, et que certains attendent même depuis plus de 2000 ans le retour d’un hypothétique prophète.
Tiens, au passage, très bonne récente interview sur le sujet dans Le Monde (encore Hervé Kempf !) de Dennis Meadows, à lire absolument !
2) L’industrie a massivement quitté la France quand des politiciens incompétents, corrompus et fanatisés ont fait sauter, au nom du libéralisme, les barrières douanières et réglementaires. Quand on explique à un patron qu’au lieu de subir ses “soi-disants ouvriers”, des feignasses syndiquées qui “travaillent trois heures par jour”, il peut s’offrir des niakwés qui lui coûteront 10 fois moins cher, travailleront 12 heures par jour, 7 jours sur 7, sans droit du travail, sans syndicat, sans “charges”, et qu’une bonne partie de la différence il la mettra dans sa poche et dans celle de ses actionnaires, que veux-tu qu’il fasse ? De toute façon il n’aura même pas le choix, puisque dès lors qu’un de ses concurrents le fait, il est de fait obligé d’emboîter le pas ou de crever.
On peut juste espérer que le coût du transport explose, rendant les délocalisations moins rentables, que le patriotisme économique cher à Montebourg fasse réfléchir les cons-sommateurs… Mais faut pas rêver : dans l’immense majorité des cas, les usines qui sont parties ne reviendront pas comme ça.
3) Ce sont les mantras à la mode. Les bases du libéralisme. Casser le secteur public. Cela consiste à détruire la Sécu, les retraites, l’hôpital, l’école, la justice, les Services Publics, les associations… Et les transférer au secteur privé, qui les vendra à prix d’or, en interdisant l’accès aux plus pauvres. Nous paierons toujours autant d’impôts, qui ne serviront plus à garantir le bon fonctionnement de notre secteur public et une certaine solidarité entre pauvres et moins pauvres, mais à engraisser des multinationales cupides et à subventionner le patronat sous prétexte de “compétitivité”.
Depuis que Hollandréou (et Moscovici !) ont enculé les Français (désolé de la trivialité, il faut appeler un chat un chat, et il n’y a pas de mot qui permette d”exprimer plus exactement la réalité) en signant à la virgule près le traité Merkozy, il n’y a de toute façon “no alternative®”.
Je ne vais pas me fouler à refaire la même démonstration, mais voilà ce que j’écrivais en septembre dernier, il n’y a pas une virgule à changer :
“Hollande a déjà promis de ramener le déficit budgétaire de la France à 3% en 2013. Personne n’y croit une seconde, et surtout pas lui. Le déficit 2012 étant prévu à 4.5% (et il sera certainement plus élevé), cela signifie qu’il faudrait trouver 30 milliards (c’est facile à retenir : 1%= 20 milliards) en 2013. Mais admettons.
Ensuite, il faudrait revenir à 0 en 2017. En 4 ans, 60 milliards de plus. Ou plutôt de moins. Par rapport à maintenant, ça fait 90 milliards. Et attention, hein, pas une fois : tous les ans.
Pour ceux qui sont fâchés avec les chiffres, qui confondent les millions et les milliards, quelques points de repère :
- L’impôt sur le revenu, c’est environ 50 milliards.
- L’impôt sur les sociétés, c’est 40 milliards.
- Le budget de l’éducation nationale, c’est 60 milliards.
- La TIPP c’est 20 milliards (j’avais écrit 15, mais c’est plus de 20)
Surtout que ce n’est pas fini. Si nous poursuivons le raisonnement, on remarque que jusqu’en 2017, il y aurait toujours un déficit, et donc une hausse de la dette. Celle-ci a monté de 600 milliards dans les 5 ans du quinquennat apocalyptique de Sarkozy pour dépasser les 1700 milliards. Mais d’ici 2017, il est plus que probable qu’on sera proche des 2000 milliards, soit plus de 100% du PIB.
Or une clause du TSCG, moins connue que la fameuse “règle d’or”, prévoit de ramener la dette à 60% du PIB, à raison de 1/20 de la différence tous les ans. Sur une différence de 800 milliards, ça nous fait dans les 40 milliards supplémentaires par an.
90 + 40 = 130 milliards.
Et ce n’est pas fini. Profitant lâchement de la montée, inéluctable dans ces conditions, du chômage et de la pauvreté, le patronat et l’UMP vont exiger et obtenir de nouvelles “baisses de charges” pour “améliorer la compétitivité”. Un Nième plan voué à l’échec pour “créer des zemplois”. Encore des milliards à lâcher que le peuple exsangue devra encore cracher.
Enfin, last but not least, rappelons que notre dette est suspendue aux sautes d’humeur des banksters, des “agences de notation”… Nos taux actuels sont bas, mais le “service de la dette” (la cavalerie financière qui consiste à émettre de nouvelles obligations pour rembourser celles qui arrivent à échéance) nous coûte déjà dans les 50 milliards par an. Si jamais les taux d’intérêts doublaient (ils seraient encore inférieurs à ceux de l’Espagne ou de l’Italie), nous glisserions progressivement vers les 100 milliards. 50 milliards de plus.
Il est donc tout à fait possible qu’en 2018, l’Etat soit plus léger de 150 milliards d’euros par rapport à maintenant, alors qu’il est déjà squelettique.”
Sans être le moins du monde Madame Irma, je peux déjà vous décrire tout ce qui va se passer au cours du reste de quinquennat de Hollandréou : facile, c’est écrit. Chaque année, le gouvernement, aiguillonné par la Troïka (vade retro, Satanas !), va jouer les étonnés, constater que le compte n’y est pas… Envoyer Moscovici assurer “les marchés” de sa parfaite soumission. Mettre ça sur le dos de Sarkozy, puis de la “Crise” (tout mettre sur le dos de Sarkozy, ça passera moins bien en 2017) et réclamer, sur l’air de “There Is No Alternative®” de nouveaux “sacrifices”, taxes sur le diesel ou les rhododendrons. À concurrence de 150 milliards d’euros. Auxquels il faudra ajouter les cadeaux au patronat, sous prétexte de “compétitivité”, puisque le chômage continuera à augmenter. Quelques dizaines de milliards en plus à prévoir.
Autre chose qu’il est facile de prévoir, une pluie de déroutes électorales bien méritées. Municipales et européennes en 2014, régionales en 2016, et pour finir en apothéose, présidentielle et législatives en 2017. 5 branlées consécutives.
Avec agitation de l’épouvantail Le Pen, vociférations mélenchonnesques bien senties, mais retour plus que probable des salopards de l’UMP, dont les “journalistes corrompus” vous auront préalablement expliqué qu’ils sont le seul recours, et qui feront exactement la même politique, si ce n’est qu’ils baisseront encore davantage les impôts des riches et des multinationales, augmenteront la TVA, vireront encore plus de fonctionnaires, et s’attaqueront frontalement à la Sécu, qui reste et de loin le plus gros budget public, celui sur lequel il reste le plus à récupérer pour le filer aux copains banksters.
Non mais franchement, vous les avez vus, les Copé, Fillon, NKM, Bertrand and Co ? Pas la moindre idée neuve. Ils feront du Sarkozy, ou du Hollandréou. Juste une ambition dévorante, une idée d’eux-même complètement délirante qui les pousse à croire sans rire qu’ils doivent forcément devenir président de la République. Comment pouvez-vous penser une seule seconde qu’un de ces larbins des milliardaires puisse défendre d’une manière ou d’une autre vos intérêts ? Tiens, prenez Fillon, le favori malgré le boulet du sarkozysme qu’il traîne derrière lui : derrière ses airs d’idole des mamies, avez-vous noté comment ce sale type a passé toute sa vie à lutter contre les acquis sociaux (et notamment la retraite avec laquelle il semble avoir un problème personnel) et à gaver les riches et les financiers, avec lesquels il aime par ailleurs passer des vacances de milliardaire.
Et entendre Xavier Bertrand vous expliquer le plus sérieusement du monde qu’il va résoudre le problème du chômage, alors que sa seule solution en 2012 fut de convaincre ses amis PDG de retarder l’annonce de leurs “plans sociaux” après la présidentielle…
La dernière connerie en date, c’est le ballon d’essai sur le retour de Sarko… Et attention, hein, pas comme n’importe quel prétendant lambda aux dents longues, à la Sarko : “En fait non, j’ai pas très envie, mais vu la situation, je ne vais pas avoir le choix…”. La modestie l’étouffe toujours autant, le minus ! Pendant son quinquennat, il a détruit la France pour gaver les riches et les puissants. 600 milliards de dette et un million de chômeurs en plus. On l’a déjà dit, mais il faut le répéter.
Avant son quinquennat, il voulait introduire les subprimes en France. Cela aurait dû le discréditer jusqu’à la fin des temps.
Depuis sa défaite, il empoche des cachets indécents pour des conférences dépourvues du moindre intérêt, devant des parterres de rupins qui ne pensent qu’à échapper à l’impôt. Avec cet éternel nuisible de Minc, il voulait monter un fonds d’investissement… Au Luxembourg ! Sans parler des juges qui continuent à enquêter sur le pognon qu’il aurait touché, de Bettencourt, de Kadhafi ou d’ailleurs. Assurément, le candidat idéal, que la France va supplier à genoux de revenir.
C’est le rôle principal des médias, de leurs publicitaires véreux et omniprésents, des éditorialistes panurgistes, des économistes corrompus, des lobbyistes, de vous faire croire que le choix c’est UMP ou P”S”. Ou l’inverse. Et rien d’autre. D’en choisir un, et de le hisser sur un piédestal. Quand on sait que celui qui est élu est toujours celui qui passe le plus à la télé… Observez bien l’évolution de la situation. Bien sûr, nous sommes à 4 ans de la présidentielle. Il est encore trop tôt pour parler de l’échec total de Hollande, mais c’est évidemment ce qui va se passer. Dès lors, dans son camp, certains vont se démarquer de lui et se lancer. Regardez bien le petit Valls : il y a du Sarko dans ce mec, et ce n’est pas un compliment.
La logique libérale est vaine et suicidaire. Et il suffit de regarder autour de nous pour constater qu’elle est de surcroît complètement idiote. Regardez l’état de la Grèce après ce remède de cheval roumain. Regardez l’Allemagne, le pays cité en exemple pour ses efforts en terme de compétitivité (comprendre : baisse des salaires) : 0,7% de croissance en 2013 ! Balèze, non ? Regardez la Grande Bretagne, où le dirigeant néo-thatchérien massacre le pays à la faux libérale : elle vient de perdre son Triple A”. Regardez le Portugal, tellement compétitif avec son Smic à 500 euros : c’est encore trop pour ces messieurs !
Non Monsieur Gallien. Des Moscovici, on n’en veut plus ! Ce sont des traîtres, des ambitieux, avides de pouvoir, de pognon et de gonzesses (cf photo !). Des nuisibles, des larbins des « marchés » qui n’œuvrent que pour préserver les intérêts d’une oligarchie parasitaire, ceux que les indignés appelaient “les 1%”. Nous, nous sommes les 99%. Certains d’entre nous veulent des Mélenchon, des Chavez, des Grillo, des Asselineau, des Chouard ou des Rabhi, mais une chose est sûre : tant qu’il y aura des Moscovici au gouvernement, rien ne sera possible. Qu’il dégage, avec tous ses semblables !
Source: Blog SuperNo
vendredi 11 janvier 2013
de : Antoine (Montpellier)
mercredi 9 janvier 2013 - 18h22
10 commentaires
Oui, oui, la lutte des classes est bien vivante pour 64% des Français
Blandine Grosjean | Redchef adj Rue89
La lutte des classes existe bien, c’est l’opinion de 64% des Français, selon l’enquête de l’Ifop pour L’Humanité. En 1964, seuls 40% des Français interrogés jugeaient qu’elle était une réalité, et 44% en 1967.
En revanche, seuls 56% des personnes interrogées ont le sentiment d’appartenir à une classe sociale, contre 61% en 1964.
Retour des structures de classes plus proches du XIXe
Récusée par Jérôme Cahuzac lundi soir face à Jean-Luc Mélenchon, la réalité de la « lutte des classes » est depuis quelques années portée par des artistes et la gauche de la gauche. Ou brandie comme un épouvantail que le gouvernement Ayrault agiterait contre le patronat et les « riches » via des mesures comme la taxe à 75%.
Que signifie aujourd’hui ce concept marxiste ? Thomas Piketty nous expliquait : « On a aujourd’hui une structure de classes qui est tout de même un peu plus méritocratique, plus fondée sur la liberté individuelle et la justice que sur la filiation. Mais, par rapport à l’immense espoir méritocratique sur lequel sont fondées nos sociétés démocratiques, les transformations ont été plus limitées qu’on ne l’imagine souvent. Et surtout, on assiste aujourd’hui à une vraie régression. Les privilèges de naissance et le patrimoine viennent concurrencer le capital humain, le mérite. C’est un type d’inégalité violent, que l’on croyait avoir dépassé. Je pense possible un retour des structures de classes plus proches du XIXe siècle que de celles des Trente Glorieuses. » L’article sur le site de Rue 89
Tribune libre
A propos de "l’affrontement" télévisé entre Mélenchon et Cahuzac
L’écume proprement médiatique de "Mots croisés", sur France 2 nous a mis en avant un pugilat (Mélenchon-clown contre Cahuzandréou) qui, d’une certaine façon, est bien le meilleur moyen de brouiller les repères politiques. De quoi nous remettre en mémoire que médiatique ne rime pas forcément avec politique ! En effet, alors que tout pousse, dans ces "jeux" d’images-sons"spectaculaires", à compter les points des seuls qui, par la structure télévisuelle, comptent, les "champions", nous devons prendre sur nous pour être attentifs aux éléments de décalage qui sont autant de grains de sel propres à gripper cette machinerie pseudo-politique. Et force est de constater que ledit décalage travaille essentiellement le positionnement de Mélenchon, tant le ministre socialiste du Budget a été égal à lui-même, à son arrogance technocratico-social-libérale, pardon pour les redondances... Car c’est tout de même Mélenchon qui nous intéresse, plus précisément sa façon de nous la jouer fonceur ...tout en rétropédalant, ce qui, reconnaissons-le, relève d’une indéniable virtuosité ! Certes, certes...mais, chez les anticapitalistes, pardon, ils sont (nous sommes) ainsi faits, les vessies n’ont jamais concurrencé les lanternes et nous avons le défaut de trouver le diable politique dans un détail comme celui-ci :
"Jean-Luc Mélenchon lui-même a rendu un sacré service à Cahuzac, en reconnaissant aimablement, au début de l’émission, qu’il n’y avait pas de « vraie gauche » et de « fausse gauche », contredisant le tweet écrit, en son nom, par l’un de ses collaborateurs zélé :
« Tous avec la vraie gauche ce soir à 22h55 ! »Dès le début de l’émission, Cahuzac a donc obtenu du leader du Front de Gauche ce qu’il voulait : la reconnaissance d’une « appartenance commune à la gauche » et l’absence de démenti quand il a tiré cette conclusion :
« Pour [Jean-Luc Mélenchon], être social-libéral, c’est être de gauche. »" (tiré de Sur France 2, Techno-Cahuzac résiste à Mélenchon-la-colère) Ce cadrage "de commune appartenance politique" établi d’emblée aurait dû apparaître surdéterminer tout l’affrontement qui s’en est suivi, sauf que précisément les effets de surface médiatiques, combinés à la prégnance du titre donné à l’émission "Gauche contre gauche", ont fonctionné à plein pour immédiatement déconstruire ledit cadrage sur la "maison commune à gauche" et pour imposer comme essentiels les bons mots, les contrastes de mimiques entre l’agité et l’arrogant, au détriment du politique, de cette définition du périmètre politique qui venait d’établir qu’en fait dans le pugilat il ne fallait pas oublier le ring !
Mélenchon l’avait assez dit tout en ne le disant pas trop : il n’est pas un opposant au gouvernement...il est seulement opposé à sa politique. Cette dialectique de l’opposé non opposant s’est magistralement affirmée, sans que là non plus, les médias ne s’y arrêtent vraiment, quand le leader du Front de gauche a posé sa candidature auprès de Hollande et des députés du PS pour être "leur" premier ministre en substitution de Jean-Marc Ayrault. Une telle démarche, qu’aucune des composantes du Front de gauche n’a trouvé extravagante ni un brin contradictoire avec les proclamations d’alternative qui font florès dans leurs réunions, illustre bien ce qui aurait dû apparaître hier par-delà l’écran des commentaires sensationnalistes qui ont suivi : la violence - verbale - de Mélenchon envers le social-libéralisme est inversement proportionnelle à ses propositions concrètes pour se mettre vraiment en travers de celui qui n’est au fond que le trublion du logis ! Père fouettard de "la gauche", sans plus, et orphelin du débouché institutionnel espéré à la présidentielle et aux législatives, refusant de travailler sérieusement avec les partis et associations non-institutionnels et/ou anti-institutionnels à une convergence des luttes, contre les licenciements par exemple, qui pourrait bousculer les appareils politiques et syndicaux, notre homme existe avant tout par son abattage personnel et sa capacité à maintenir l’image de l’opposé mimant l’opposant !
Il reste (!) donc à oeuvrer à une double alternative : à la politique du gouvernement et à ce qui s’avère être, en termes d’efficacité, la non-politique du Front de gauche... Etant entendu que les militants du Front de gauche...ont leur rôle à jouer pour que, en alternative à leurs propres dirigeants, émerge enfin, sans plus d’ambiguïtés politiques, une mobilisation d’opposition, sociale et politique, à un capitalisme et à ses serviteurs de gauche comme de droite (autre maison commune !), qui, au bout de la chaîne des démissions politiciennes des uns et des autres, avancent inexorablement dans leur projet d’insécurisation sociale et de démoralisation des populations ! Fermons donc la télé et ouvrons les yeux sur le seul ring qui détermine nos vies, celui de la lutte des classes !
Antoine (Montpellier)
Source: Blog Bellaciao
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