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samedi 7 décembre 2013


278 – Vos dépenses sont mes revenus…

15 juillet 2013
On ne peut pas le faire, « ça coûte » trop cher !
(Le coût réel d’un investissement public ou "vos dépenses sont mes revenus, mes dépenses sont vos revenus")
Promenade d’un billet
Une dame se présente à la réception l’hôtel du Lion d’Or et réserve une chambre. Elle verse 50 euros. Le boulanger du village observe la scène. Il attend que la cliente sorte, puis il se lève, se dirige vers l’accueil et s’adresse à l’hôtelier :
« Ne range pas ton billet, Georges, souviens-toi que tu me dois la pièce montée que je t’ai faite l’autre jour ».
De bonne grâce, l’aubergiste tend le billet de 50 euros au boulanger. Une fois dehors, ce dernier va payer son ami le menuisier qui a réparé son comptoir. Celui-ci s’acquitte alors des 50 euros qu’il devait au garagiste pour sa dernière vidange. En fin de compte le billet se retrouve dans la poche du représentant en savons industriels, qui, vue l’heure, décide de prendre une chambre à l’hôtel du Lyon d’or et paye l’hôtelier avec ce même billet.
Quel est le « coût » de cette « promenade » ? Les 50 euros ont-ils disparu ? Non ils sont toujours là, dans la communauté villageoise. Ils sont dans la caisse de l’hôtel et repartiront demain pour un autre tour, peut-être plus éloigné cette fois. Mais dans tous les cas, l’argent n’a pas disparu, il a circulé. En revanche, tous les acteurs ont travaillé : l’hôtelier, le boulanger, le menuisier, le garagiste et le représentant ; ils ont tous consommé de la matière et/ou de l’énergie. Le travail à faire à été fait, quant aux matières et à l’énergie, elles ne sont plus disponibles. Bien sûr, pris individuellement, chacun a dépensé 50 euros et à ce titre peut dire que « l’autre » lui a « coûté » 50 euros puisqu’il ne les a plus en caisse. Mais si l’on considère les choses globalement, on ne peut que constater que la production n’a « coûté » que du travail, de la matière et de l’énergie, mais pas d’argent ! L’argent est passé d’une main dans une autre, chacun s’est enrichi du travail de l’autre et lui a donné 50 euros en échange pour ne pas rester en dette. Ce qui est à un moment recette, devient dépense à un autre ; c’est la dépense de l’un qui fait le revenu de l’autre. L’argent est transféré, pas consommé sauf peut être si, comme nous aimons à raconter cette histoire, la chute devient la suivante : La dame revient, annonce qu’elle a rencontré un vieil ami et annule donc sa réservation. L’hôtelier lui rend le billet que venait de lui tendre le représentant, le regarde, le reconnaît, sort alors un briquet de son sac et brûle le billet sous le regard effaré des observateurs de la scène… « il était faux », s’exclame-t-elle dans un éclat de rire!
Un peu « d’économie fiction »
Imaginez que vous soyez Ministre des Transports et que vous alliez dire un beau matin au Ministre des Finances:
«La pollution, la consommation de carburants, les nombreux embouteillages, les blessés et les morts générés par le trafic des 4 millions de camions qui transitent annuellement sur l’autoroute entre Avignon et Lyon, nécessitent une décision politique. Il faut résoudre cette situation qui s’aggrave d’année en année et devient insupportable ; mes collaborateurs et moi-même avons étudié la chose et tout plaide en faveur de la construction d’une ligne de ferroutage sur ce tronçon. Nous estimons le montant total de l’opération à environ 10 milliards d’euros »
Par réflexe ancré dans ses anciennes croyances, il s’écriera : « Mais vous n’y pensez pas, c’est impossible, ça coûte trop cher ! ».
Vous aviez évidemment anticipé cette réaction, et vous lui demandez donc d’accepter de vous suivre dans votre démonstration, en lui expliquant :« Je vais prendre un certain nombre d’hypothèses simplificatrices pour rendre les choses aussi claires que possible »
Première hypothèse : une seule « entreprise unique » fabrique tout
Il s’agira d’une commande de l’État confiée à des entreprises privées exclusivement nationales. Même si un grand nombre d’entreprises intervient, on peut considérer qu’elles ne forment qu’une seule et même entreprise, depuis l’extraction des matières premières, qui, soit dit au passage, sont gratuites puisque la nature ne se fait pas payer, jusqu’au produit fini. C’est, bien sûr, une simplification, mais elle n’est pas abusive. Le résultat serait le même si on prenait une « chaîne » d’entreprises dont chacune achèterait aux autres ce dont elle a besoin pour remplir sa mission. Concentrer les choses sur une seule entreprise permet tout simplement de mieux comprendre ce qui se passe réellement. Les salariés de cette entreprise vont eux-mêmes dépenser leur paie dans une multitude de commerces et de services qui vont eux aussi payer des salariés, lesquels dépenseront leur salaire dans la chaîne commerciale et de services, etc. Les cotisations salariales que tous vont verser se trouveront redistribuées sous forme d’allocations et prestations sociales à différents bénéficiaires, et les taxes et impôts sous forme de salaires aux fonctionnaires. Ces revenus alimenteront à leur tour le commerce. Vous voyez les boucles, la « promenade » de l’argent et comment revenus et dépenses sont les deux faces d’une même pièce ?
Seconde hypothèse : l’État est le maître d’ouvrage
Il paye l’entreprise, donc les salaires et cotisations de toute la chaîne au fur et à mesure de l’avancée des travaux. « L’entreprise » n’a donc pas de besoin de trésorerie, créatrice d’agios, mais nous ferons intervenir plus tard les intérêts sur la dette publique supplémentaire que génèrera dans un premier temps le financement de ces travaux, puisque, depuis 1973, la Banque de France n’est plus autorisée à financer les besoins de l’Etat, ce qui contraint celui-ci à avoir recours au « marché financier » et donc à payer des intérêts.
Troisième hypothèse : il n’y a que des salaires
Bien sûr, nous savons tous qu’un prix est non seulement constitué de salaires, mais aussi du prix des fournitures et charges diverses comme les transports, le stockage, les assurances, des honoraires, des marges bénéficiaires, etc. Cela, c’est l’apparence, parce que la production est atomisée : de nombreuses entreprises participent à la fabrication d’un produit, de sorte que chacune paie des factures de « fournitures » et « services » extérieurs. Mais en réalité que se passe-t-il ? Quand l’agriculteur vend son blé au minotier, par exemple, c’est le prix de son travail, donc son salaire qu’il vend, pas le blé qui, lui, a été offert gratuitement par la nature. Bien sûr, il aura utilisé un tracteur et le prix de son blé comprendra aussi une part du coût d’acquisition et d’utilisation de cet engin. Mais le prix du tracteur, c’est quoi ? Le salaire de tous les employés de l’usine qui l’ont fabriqué, répartis au prorata, et les marges bénéficiaires. Ah oui, il y aura aussi le coût des fournitures et services que l’usine n’a pas produits elle-même. Mais chaque service et chaque fourniture achetés à d’autres, c’est quoi ? Les salaires et marges de chaque fournisseur, plus… et ainsi de suite… jusqu’à ce que vous ne puissiez plus remonter plus haut et que vous découvriez alors qu’un prix n’est en fin de compte qu’une somme de salaires et de marges emboîtés comme des poupées russes.
Quatrième hypothèse: « l’entreprise unique » et les commerces ne prennent pas de marge bénéficiaire.
Pour la clarté de la démonstration, on imagine que tout est distribué en salaires. Les salariés n’épargnent pas et dépensent la totalité de leurs revenus sur le territoire national. Cette hypothèse est certes irréaliste mais elle ne joue pas dans l’absolu. Epargne et profits sont des réserves qui ne participent pas immédiatement à la consommation, mais qui y retourneront tôt ou tard. Ils ont pour seul effet de ralentir les cycles.
Cinquième hypothèse : aucune importation
Ni d’énergie, ni de matière première, ni de produits finis. Irréaliste ? Ayez présent à l’esprit que le résultat reste identique pour le bilan global de la Nation tant que la balance importation/exportation est équilibrée. Il n’est donc pas question de poser des hypothèses illusoires, mais de ramener les choses au niveau de dénominateurs communs les plus simples possible pour rendre les choses compréhensibles.
Sixième hypothèse : pas de TVA sur les travaux proprement dits
Il n’est pas nécessaire de la compter puisque l’État est le maître d’ouvrage. En revanche, on retrouvera celle-ci dans les effets induits, c’est-à-dire dans les boucles de la consommation courante des salariés lorsqu’ils dépenseront leurs revenus dans les commerces (activité secondaire).
Septième hypothèse : salaires moyens
Pour encore simplifier nous avons considéré que la moyenne des salaires était équivalente au salaire moyen défini par l’INSEE pour 2007, soit 30800€ annuel de salaire brut. Le total des cotisations employeur est de 13200 €,ce qui porte le « coût » d’une année de travail par employé à 44000 euros. Quant au total des cotisations sociales, employeur et employé, il est de 19800 € (soit 45% des 44000 €)

Ces hypothèses posées, vous expliquez donc…

Les 10 milliards d’euros (10 md€) injectés au cours de l’année de travaux décidés représentent un chiffre d’affaire équivalent, autrement dit 227 273 emplois puisque le prix, 10 md€, n’est que la somme du coût total annuel de la main d’œuvre (44 000€ par salarié) qu’il aura été nécessaires d’utiliser pour mener à bien les travaux.
Le total des cotisations sociales va être redistribué par les différents organismes, comme c’est leur rôle, et va autoriser un pouvoir d’achat global supplémentaire de 4,500 md€ (45% des 10 md€) au bénéfice de la population.
Les employés vont recevoir chacun 24 200 € de salaire net soit un total de 5,500 md€ sur lequel nous avons considéré qu’ils allaient payer en moyenne 15% d’impôts (IRPP et divers) soit 0,825 md€, montant que l’État va ici capitaliser dans notre calcul.
(Cagnotte de l’État: 0,825 md€)
Reste donc aux employés 85% de leur salaire net, soit 4,675 md€ directement "consommables", auxquels s’ajoute le pouvoir d’achat constitué par la redistribution des cotisations sociales. C’est donc un total de 4,500 + 4,675 = 9,175 md€ que la population entière va recevoir dans ce cycle de redistribution monétaire. Mais les choses ne s’arrêtent pas là puisque l’argent va continuer de tourner dans la société:
L’activité permise par ces dépenses de 9,175 md€ va générer des salaires d’emplois secondaires dans les commerces et services ainsi que de la TVA (19,6%) au bénéfice de l’Etat soit 1,504 md€. Seul le solde hors taxes de 7,671 md€ bien sûr, va pouvoir financer les salaires d’emplois secondaires.
(Voilà donc aussi la cagnotte de l’Etat qui grossit: 0,825 + 1,504 = 2,329 md€)rr
Ces 7,671 md€ représentent les revenus, toutes cotisations comprises, de 174 341 emplois (7,671 md€ / 44 000€). Les cotisations sociales de 45%, soit 3,452 md€, issues de ces revenus bruts, vont à leur tour être distribuées dans la population. Puis les salariés payeront 15% d’impôts sur le solde net, soit 0,632 md€ (7,671 x 55% x 15%), et ce seront donc 7,671- 0,632 = 7,039 md€ qui resteront à la population pour sa consommation.
(Cagnotte de l’Etat: 0,825 + 1,504 + 0,632 = 2,961 md€)
L’activité que vont permettre ces 7,039 md€ générera une recette de TVA (19,6%) pour l’État de 1,154 md€ et ce sera donc le solde HT soit 5,885 md€ qui va pouvoir financer les salaires d’emplois secondaires.
(A ce stade la cagnotte de l’Etat se monte à : 0,825 + 1,504 + 0,632 + 1,154 = 4,115 md€)
Et on repart pour un tour : Ces 5,885 md€ forment les revenus, toutes cotisations comprises lors de cette seconde vague d’utilisation de la même monnaie sur un an, de 133 750 emplois (5,885 md€ / 44 000 €). Les cotisations sociales de 45%, soit 2,648 md€ sont distribuées à la population. Les salariés paient 15% d’impôts sur le total net, soit 0,485 md€ (5,885 x 55% x 15%) ce qui alimente d’autant la cagnotte de l’Etat, et ils pourront consommer le solde 5,885 – 0,485 = 5,400 md€ qui génèreront 0,885 md€ de TVA laissant disponibles 4,515 md€ pour financer les salaires d’emplois secondaires.
(La cagnotte de l’Etat passe à 0,825 + 1,504 + 0,632 + 1,154 + 0,485 + 0,885 = 5,485md€)
Et ainsi de suite … (Si vous voulez poursuivre le calcul, vous pouvez lire la série sur le tableur téléchargeable à l’adresse: http://www.societal.org/docs/CIP.xls )
Au terme de 10 cycles d’achat-vente, ce sont 923 154 emplois qui auront été créés ou pérennisés, et l’État aura récupéré plus de 93% de la somme initiale "dépensée". Au bout de 30 cycles, c’est quasiment 100% et près d’1 millions d’emplois créés ou sauvegardés.
Ainsi, non seulement l’État rentre dans ses frais, mais vous remarquerez que les avantages ne s’arrêtent pas là, ni pour l’État, ni pour la population. faute de ces travaux, en période de chômage chronique, comme celle que nous connaissons depuis 30 ans, le million d’emplois qu’ils génèrent se transformerait en un million de chômeurs qu’il faudrait indemniser, sans compter les effets négatifs secondaires liés au chômage en terme de santé et de sécurité publiques principalement, autant de coûts supplémentaires à charge de la collectivité. A noter enfin qu’en plus de la recette fiscale les caisses de chômage, de retraite, de santé publique, de formation, d’aide au logement etc… se trouveraient alimentées ce qui résoudrait les déficits dont on nous rebat les oreilles et qui conduisent à réduire un peu plus chaque année les avantages sociaux si chèrement acquis par nos aïeux.
Reste toutefois un point à éclaircir: car il a été passé bien vite sur une des hypothèses retenues pour la démonstration. Il s’agit de la deuxième, qui prévoit que l’État est maître d’ouvrage et qu’il n’a pas besoin de trésorerie. Or c’est bien là que le bât blesse puisque l’on sait que non seulement les caisses sont vides mais que la dette publique est énorme. Effectivement, dans la réalité, l’État devrait avoir recours à l’emprunt puisque depuis 1973, comme nous le rappelions, il ne peut plus être financé par la Banque de France et doit donc payer des intérêts au « marché financier ». Si nous retenons un intérêt à 4%, ce sont donc 400 millions qu’il aurait fallu payer au titre de l’intérêt sur les 10 milliards empruntés et qu’il faudrait retirer de ce qui revient à l’État au bout d’un an. Est-ce que la démonstration s’effondre pour autant ? Non, le retour à l’État est un peu moindre voilà tout, mais là n’est pas le plus important puisqu’une partie, bénéficiant évidemment aux résidents les plus riches (et c’est là la raison principale de notre combat au sujet de "la dette publique"), sera recyclée dans le commerce, les services et même les impôts directs.
En résumé on peut dire que la simulation est juste à condition que la balance commerciale de la Nation soit équilibrée et au « coût » près des intérêts bancaires. Effectivement, dans la réalité, l’État devra avoir recours à l’emprunt puisque depuis 1973, comme nous le rappelions, il ne peut plus être financé par la Banque de France et doit donc payer des intérêts au « marché financier ». Si nous retenons un intérêt à 4%, ce sont donc 400 millions qu’il aurait fallu payer au titre de l’intérêt sur les 10 milliards empruntés et qu’il faudrait retirer de ce qui revient à l’État au bout d’un an.
Ce sont là deux paramètres sur lesquels il serait possible d’agir si on le voulait… Mais la pensée économique dominante actuelle ne considère pas les choses comme cela.
Elle n’a ni compris ni intégré le fait que la production ne coûte pas d’argent, mais seulement du travail et de la matière et qu’au niveau de la Nation, la quantité globale d’argent reste inchangée; il n’y a que des transferts qui s’opèrent entre les acteurs économiques.
Elle n’a ni compris ni intégré le fait qu’un Etat puisse investir dans des biens et services nouveaux sans avoir à lever des impôts supplémentaires, car dans l’esprit de la plupart d’entre nous, et les plus brillants n’y échappent pas, la monnaie reste conçue comme une réalité matérielle (précieuse) de quantité finie donc rare et épuisable.
Elle n’a ni compris ni intégré le fait que lorsqu’un État investit dans des biens et services nouveaux, cela crée des emplois directs et induit une activité multiplicatrice. Si nos dirigeants politiques avaient compris cela, on cesserait, par exemple, de nous rebattre les oreilles avec le « trou » de la sécurité sociale. Car ce trou n’a aucun sens si ce n’est "comptable"! Il n’existe que par le fait que la Sécurité Sociale a un budget séparé du budget national… Nous parle-ton du « trou » de l’armée, ou de celui de la justice" ou de l’enseignement ? Mais surtout, lorsque la Sécurité Sociale paye un médicament ou une visite chez le médecin, cette dépense initiale se transforme en revenu pour le pharmacien, le médecin et tous les acteurs des services de santé. Et ces derniers vont « dépenser » leurs revenus dans le circuit économique général de la nation. Ils vont aussi payer des impôts et des taxes. Bref, la dépense des uns constituant la recette des autres, l’État en acceptant de dépenser au départ stimule une circulation dont il devient lui même bénéficiaire.
Réalisez-vous ce que ce petit calcul révèle? Il met en lumière le fait que les immenses chantiers qu’il conviendrait de mettre en œuvre pour relever les défis humains et écologiques de notre temps sont à notre portée. Il démontre que ces chantiers, d’autant plus importants que c’est la vie même de nos descendants qui en dépendent, loin de représenter un coût insupportable pour nos sociétés, représenteraient une source d’enrichissement et d’amélioration de qualité de vie immédiate!
La réalité est que si une collectivité a un besoin, la volonté de le satisfaire, les moyens techniques et énergétiques, un excès de main d’œuvre et le savoir-faire, rien ne s’oppose à sa réalisation… à un détail près, détail que soulignait déjà avec force Thomas Edison, dans une interview publiée dans le New York Times en 1928, alors qu’il était de retour d’une inspection à la centrale électrique « Muscle Shoals », en construction, sur la rivière Tennessee :
« Si la monnaie est émise par la nation, 30 millions $ pour le financement de Muscle Shoals, ce sera la bonne chose à faire. Une fois cette méthode d’émettre l’argent pour les développements publics essayée, le pays ne retournera jamais à la méthode des obligations Maintenant, il y a (Henry) Ford qui propose de financer Muscle Shoals par une émission de monnaie (au lieu d’obligations). Très bien ; supposons un instant que le Congrès suive sa proposition. Personnellement, je ne pense pas qu’il ait assez d’imagination pour le faire, mais supposons qu’il l’ait. La somme requise sera émise directement par le gouvernement, comme toute monnaie doit l’être Lorsque les travailleurs seront payés, ils recevront ces billets des États-Unis Ils seront basés sur la richesse publique existant déjà à Muscle Shoals ; ils seront retirés de la circulation par les salaires et bénéfices de la centrale électrique. Ainsi le peuple des États-Unis recevra tout ce qu’il aura mis dans Muscle Shoals et tout ce qu’il pourra y mettre durant des siècles… le pouvoir sans fin de la rivière Tennessee… sans taxes et sans augmentation de la dette nationale. »
le 4 janvier 2009
Philippe Derudder et André Jacques Holbecq

jeudi 2 août 2012

Ils veulent nous faire payer deux fois !

Posté par calebirri le 1 août 2012
Pendant que nos dirigeants nous effraient avec la menace d’une explosion de l’Europe (qui n’arrivera pas), les perspectives continuent de s’assombrir et les « plans de sauvetage » s’accumulent sans donner le moindre résultat. Chaque jour les sacrifices exigés des pauvres pour soutenir l’économie augmentent, alors même que la situation se détériore à mesure qu’ils sont successivement acceptés et validés.
Parallèlement, le nombre de « soupçons » concernant l’intégrité des grandes institutions financières (et de leurs dirigeants) se multiplient, du Libor Gate en passant par la HSBC et jusqu’à Mario Draghi (celui qui avait travaillé pour Goldman Sachs et que l’on soupçonne d’avoir contribué à maquiller les comptes de la Grèce), sans oublier le scandale des paradis fiscaux en France ou à l’échelle internationale, ni quelques autres « affaires » qui allongent une liste malheureusement non exhaustive…
Cela va donc bientôt faire 5 ans que la crise perdure, et personne ne semble encore vouloir faire le lien entre ces deux éléments qui pourtant font sens si l’on veut bien se donner la peine d’y réfléchir une minute. Et si les sacrifices que l’on exige du peuple pour sauver un système corrompu n’étaient justement que la conséquence de cette corruption ? Alors que les institutions financières ont créé par leurs pratiques criminelles la situation qui nous a appauvri jusqu’à aujourd’hui, ils exigent en plus ce soient ceux qui en ont déjà pâti une fois qui payent une seconde fois – non pas pour nous sauver « nous »- mais pour se sauver « eux » !
Car ce qu’on nous demande aujourd’hui n’est rien d’autre que de payer une seconde fois. La première enveloppe d’aide aux banques a été forcément été détournée de son objectif affiché, puisque le crédit ne s’est pas détendu, que la croissance n’est pas revenue, que les investissements et l’emploi non plus. La seule chose que nous pouvons constater, c’est que les entreprises du CAC40 ont en 2011 accumulé plus de 70 milliards de bénéfices
Et il n’y a personne dans les rues pour exiger des explications, pas un procès de la part de ces citoyens bernés deux fois, pas une manifestation unitaire ni même une misérable pétition ! Tout le monde semble aujourd’hui s’être résigné à l’inutilité de ces actions, et tout le monde sait bien que tous ces tricheurs sont protégées par la Loi des hommes de paille que sont les dirigeants de nos Etats – grâce à des sommes formidables ; et avec l’argent qu’ils ont volé à leurs victimes.
Rendez-vous compte, non seulement on nous vole une partie des fruits de notre labeur, et en plus on voudrait nous demander d’en donner davantage ; et avec le sourire s’il-vous-plaît.
Mais en acceptant les sacrifices nous ne sauvons pas notre bonheur présent, nous ne faisons que saboter notre bonheur futur. C’est une erreur grave, et sans doute historique.
Et le jour où la BCE aura injecté de l’argent pour les banques, il ne faudra pas croire que l’Europe est sauvée, et nous avec. Au lieu de sauter de joie nous ferions mieux alors de nous inquiéter, car l’argent sera bien pris dans les poches de quelqu’un : le peuple.
Tandis qu’en mettant en prison tous ces tricheurs et tous ces menteurs qui décident pour nous (et contre nous), en rendant transparents les comptes ou en supprimant les paradis fiscaux, nous trouverions aisément l’argent qui nous manque pour conserver notre niveau de vie intact -et peut-être même plus.
N’y a-t-il donc rien d’autre à faire qu’attendre ? Et pourquoi pas, après tout ?
Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

mardi 26 juin 2012

L’augmentation "raisonnable" du SMIC

Philippe ARNAUD


Je n’ai plus le souvenir exact du jour où j’ai écouté l’information que je vais commenter : était-ce vendredi ou était-ce samedi ? En tout cas, c’était sur France 3, et il y était question de l’augmentation du SMIC prévue par le gouvernement. Il était dit que cette augmentation serait "raisonnable".
Que veut dire "raisonnable" ? Le dictionnaire historique Robert de la langue française (page 3074), nous apprend qu’il s’agit d’une chose qui est "conforme à la raison". Et, plus loin, que ce terme s’applique "aux personnes qui se conduisent avec mesure et de façon réfléchie, sens dont procède l’application à un commerçant /modéré/ [je souligne] dans ses exigences (1673) probablement d’après /prix raisonnables/. Plus loin on lit, à propos de l’adverbe "raisonnablement", conformément à la sagesse, spécialement, avec modération.
On aura donc compris qu’un SMIC augmenté de façon "raisonnable" est un SMIC très peu augmenté (en l’occurrence de 2 %), soit, en salaire net, un peu plus de 20 euros par mois. Qu’y a-t-il de "raisonnable" à augmenter le salaire d’un ouvrier (ou d’une ouvrière) de 20 euros par mois ? Par rapport à son loyer, par rapport au prix de son essence, au prix des vêtements de ses enfants, au prix de sa carte de bus, en quoi est-il "raisonnable" de n’augmenter son salaire que de 20 euros ?
On peut, au contraire, imaginer qu’une toute petite hausse des prix, de l’ordre de 0,1 % – et encore juste une seule hausse mensuelle – des produits de base du supermarché (huile, farine, sucre, pâtes, riz, savon, chocolat), ou des tarifs du coiffeur, ou des prix des carburants, "mange" très largement (et bien au-delà !) cette "raisonnable" augmentation de 2 %. En quoi est-il donc "raisonnable " de laisser dans leur gêne, dans leur détresse, des compatriotes qui comptent leur argent sou par sou ? Ce qui serait "raisonnable", ne serait-ce pas plutôt une augmentation du SMIC (à l’époque SMIG) telle qu’elle avait été entérinée par les accords de Grenelle de 1968, à savoir de 35 % ? Une valeur de 35 % sur un salaire brut de 1400 euros, cela fait, en brut, 490 euros, soit (si on admet que la moitié est formée par des cotisations) une valeur en net de 250 euros. Voilà qui est raisonnable ! Voilà qui permet à une famille d’employés ou d’ouvriers de voir venir...
En fait, ce "raisonnable" ne se comprend que si l’on prend en compte de tout autres critères et de tout autres intérêts que ceux des salariés au SMIC : les critères (et les intérêts) de la Commission de Bruxelles, de la Banque Centrale Européenne (BCE), du Fonds Monétaire International, de l’OCDE, du Medef, etc. Pour tous ces doctes organismes, il n’est, en effet, pas "raisonnable" que les salariés soient rémunérés avec autre chose qu’avec des aumônes. Car, derrière l’augmentation du SMIC, il en va des "grands équilibres macroéconomiques", du déficit budgétaire, de la "compétitivité des entreprises hexagonales", et, à côté de ces intérêts grandioses, que pèse le salaire d’un ouvrier ? Que pèse son bien-être ? Que pèse sa dignité ?
Ce qui est révélateur, avec ce simple adjectif, c’est que les journalistes qui l’emploient (et dont on suppose qu’ils n’ont pas, eux, des salaires "raisonnables", ni des augmentations "raisonnables") s’avouent ainsi spontanément, ingénument, du côté des riches et des puissants...
Autre information, sur France Inter, samedi, Denis Astagneau, expédie en quelques mots la destitution – plus que litigieuse, comme le dit Le Monde diplomatique – du président paraguayen Fernando Lugo, président de gauche, surnommé "l’évêque des pauvres" (il fut en effet ecclésiastique dans une vie antérieure). Ce qui est révélateur, c’est qu’Astagneau conclut son information, plus que brève, en disant que Fernando Lugo était "empêtré dans une affaire d’enfant naturel et de corruption" (je cite de mémoire).
En quoi est-ce révélateur ? En ce que cela fait office (Astagneau, évidemment, ne le présente pas ainsi) d’explication à la destitution du président Lugo [dont, vu la brièveté de l’information, on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants]. L’auditeur d’Astagneau est donc tout naturellement amené à penser que quelqu’un qui a eu un (ou des) enfant(s) naturel(s) et qui n’est pas très clair à ce sujet, et qui, de surcroît, est corrompu, n’a aucune légitimité à gouverner et qu’il est donc normal qu’on le destitue. On n’en saura pas davantage sur Fernando Lugo. Et le Paraguay, c’est si loin, c’est si pauvre, et c’est si enclavé : qui s’y intéresse ?
Philippe Arnaud
Source: Le Grand Soir

dimanche 22 avril 2012

Vers la fin des CDI en France


Le plan de bataille des marchés : entretien avec le stratège
Par Adrien Levrat, François Ruffin, 12/04/2012


« Les gens de marché s’expriment de façon très directe. » Dans sa note (largement traduite ici), le « chief economist de Cheuvreux » conseille en effet à François Hollande de « tromper le peuple » pour mettre fin au « fameux CDI ». « On ne s’embarrasse pas de finasseries », poursuit-il dans un entretien diffusé dans l’émission Là-bas si j’y suis. Raison de plus, cette franchise, pour aller rencontrer ce « senior advisor », Nicolas Doisy. Car il ne faut pas mépriser l’adversaire : il est prêt à livrer bataille. Il a déjà son plan. Présentation.

François Ruffin : On se trouve au siège de la Corporate Investment Bank du Crédit agricole. Premier broker indépendant sur actions européennes, Cheuvreux possède quatorze bureaux à travers le monde, y compris New york, San Francisco, Tokyo, Zurich… Donc Cheuvreux conseille 1200 banques, fonds de pension et ainsi de suite.

Nicolas Doisy : Tout à fait.

F.R. : Mais pourquoi une société de courtage comme Cheuvreux a un département recherche ? Et pourquoi cette recherche s’intéresse à la politique française ?

Nicolas Doisy : Pourquoi la politique ? Parce qu’en fait, ce dont on se rend compte, c’est que dans politique économique, eh bien, il y a « politique », y a pas qu’économique. Depuis finalement le début de cette crise, la crise de Lehman en 2008, le cycle économique, financier, est beaucoup dirigé et conduit par la politique, et du coup, tout ce qui est politique prend énormément d’importance, et détermine beaucoup des événements sur lesquels les investisseurs gardent leurs yeux.
Hollande : le choix

F. R. : Vous avez publié un papier là, dont le titre est, en anglais, « François Hollande and France’s labour-market rigidity : the market will rock both ». François Hollande et la rigidité du marché du travail : le marché va chahuter, bousculer les deux.

N. D. : Tout à fait. Quand on regarde un petit peu la façon dont se déroulent les élections, dont les marchés perçoivent le problème européen, on se rend compte qu’il y a des chances non négligeables que François Hollande se trouve pris entre deux forces contradictoires : les marchés qui attendent de lui un certain nombre de réformes dites structurelles, qui vont porter sur l’assainissement des comptes publics évidemment, mais aussi des réformes qui sont appelées à rendre l’économie française plus performante. Or, c’est le type de réforme dont très vraisemblablement une partie de l’électorat de François Hollande se méfie, et si vous regardez bien, pour l’instant, François Hollande s’est abstenu de clarifier de façon nette sa position sur ce sujet.
Et pour cause : il sait qu’il sera pris à terme, à un moment, entre la pression de ses électeurs et la pression des marchés. Déjà on a des investisseurs qui s’étonnent du faible détail des candidats dans leurs programmes, les anglo-saxons que je rencontre me demandent souvent : « Où est le programme ? » Je leur dis : « Il n y en a pas ! », et pour cause, c’est un jeu tactique pour l’instant, le programme on le saura une fois l’élection finie. Et en fait on le connaît déjà, il sera imposé par l’appartenance à la zone Euro.
La fin du CDI

F.R. : Vous dites non seulement François Hollande ne va pas tenir ses promesses, mais en plus c’est lui qui va devoir flexibiliser le marché du travail, c’est lui qui doit remettre en cause ce que vous appelez « the famous CDI » le fameux CDI, contrat à durée indéterminée.

N.D. : C’est lui qui va devoir le faire dans la mesure où c’est lui qui sera élu. En d’autres termes, de toute façon, qui que soit le prochain président de la république française, c’est un travail qu’il va devoir faire, parce que tout simplement il y aura la pression des pairs dans la zone euro, c’est-à-dire de l’Italie, de l’Allemagne, de tous les autres pays. Quand vous regardez bien l’Allemagne au milieu des années 2000 a fait ce genre de réformes, l’Italie, l’Espagne sont obligés de le faire aujourd’hui, la Grèce aussi. Pourquoi la France pourrait-elle s’en dispenser ?

F.R. : Quel type de réforme ?

N.D. : Quelles réformes ? J’y viens. C’est le package typique de réformes qui a été imposé à la Grèce, qui est demandé aussi à l’Italie, qui est demandé aussi à l’Espagne, et c’est, si vous voulez, si on fait référence aux années 80, c’est ce qu’on appelle l’économie de l’offre, c’est ce qu’avaient fait en leur temps Reagan et Thatcher. L’Europe continentale a estimé qu’elle pouvait ne pas adopter ce modèle, c’est un choix de société, c’est un choix politique. Il se trouve qu’aujourd’hui le modèle traditionnel français, le modèle du CDI que vous mentionnez est en train d’arriver en bout de course. Il est à bout de souffle, quelque part. Et donc ce qu’il faut faire maintenant, c’est tout simplement le genre de réformes qui a été faite en Espagne récemment.

F.R. : Vous avez un encadré pour dire, en gros, le Royaume Uni et l’Irlande ont flexibilisé leur marché du travail, et ça a marché. En revanche, en Europe continentale, et notamment en France on a fait de la résistance, et finalement, on obtient des moins bons résultats.

N.D. : Oui, tout à fait. En Europe continentale, on a voulu s’épargner l’idée de faire un contrat de travail unique qui soit suffisamment flexible, et tout est dans le « suffisamment », c’est une question de bon dosage de la flexibilité, mais l’important c’est un contrat de travail unique, donc le CDI tel que nous l’avons connu, nous ne le connaîtrons plus normalement, ça c’est clair.

F.R. : Alors vous dites, « ça ne s’est pas fait en Europe continentale, alors que ça s’est fait au Royaume-Uni et en Irlande, donc aujourd’hui le moment est venu de flexibiliser le marché du travail en Europe continentale, on le voit en Espagne, on le voit en Italie, on le voit en Grèce… La France ne peut pas être le seul ilot à maintenir une rigidité sur son marché du travail dans une Europe qui flexibilise. »

N.D. : L’idée c’est de permettre aux entreprises d’avoir une plus grande flexibilité dans la gestion de leurs ressources humaines, de façon à ajuster au mieux leur personnel, leur force de travail, de façon a être les plus performantes. En d’autres termes, ça revient finalement à réduire substantiellement un certain nombre de garanties dont bénéficient, dont ont bénéficié jusqu’à présent les titulaires de CDI notamment. Et donc à imposer plus de flexibilité aussi sur les travailleurs. C’est là que ça va coincer, c’est là que ce sera problématique, parce que je ne suis pas certain qu’on pourra maintenir le modèle français tel qu’il est. C’est ça le point important. C’est que le conflit d’objectifs que va avoir François Hollande, c’est rester dans la zone euro et satisfaire les demandes de son électorat naturel. Les deux ne sont plus compatibles maintenant, on le voit depuis la crise grecque, il faudra qu’il fasse un choix. C’est pourquoi il est resté très prudent jusqu’à présent dans son expression publique.

F.R. : Juste une question qui vient comme ça… Vous vous êtes en CDI ou vous êtes pas en CDI M. Doisy ?

N.D. : Je suis en CDI, bien évidemment… Euh voilà… (Rires.)

L’Eurozone

F.R. : Alors dans votre papier vous écrivez : « C’est regrettable pour François Hollande, mais la nécessité d’une libéralisation du marché du travail est le résultat direct d’une appartenance de la France à la zone euro, aussi ne peut-on avoir l’une sans avoir l’autre. » Donc la seule question est de savoir si François Hollande va ne serait-ce qu’essayer de respecter ses promesses, ou s’il va volontairement revenir dessus aussitôt élu.

N.D. : C’est exactement ça, et effectivement je vous remercie de citer ce passage, c’est probablement un des plus importants de la note – en passant la traduction est très bonne – c’est exactement ça, on est au pied du mur, alors beaucoup de français penseraient « c’est la victoire du modèle libéral »… Oui en quelque sorte, mais ensuite effectivement, la France sera au pied du mur, tout au temps que l’Espagne l’est, tout autant que l’Italie, tout autant que la Grèce, tout autant que tous les pays qui n’ont pas fait ce genre de réformes…

F.R. : Ce que vous dites dans votre note, c’est, y aura quelqu’un de déçu.

N.D. : Oui, le marché ou les électeurs seront déçu.
Quelque part c’est un peu une répétition de 81-83. Pour ceux qui n’étaient pas nés à cette époque on va faire un petit point d’Histoire : en 81, alors qu’on venait d’avoir le choc pétrolier de 73- 74 et puis de 79, la France avait besoin précisément d’être plus flexible, mais François Mitterrand est élu sur un programme on va dire vraiment de gauche, très de gauche, très socialiste keynésien, relance par la consommation, etc. etc. Et tout ça pour qu’au bout de deux ans à peine, trois dévaluation du franc, en mars 83, après avoir perdu les élections municipales, François Mitterrand soit obligé de faire un complet demi-tour, et d’adopter les politiques de Madame Thatcher, de Monsieur Reagan à l’époque… Évidemment pas aussi ambitieuse, mais tout de même.

Qu’est-ce qui s’est passé à cette époque ? Le choix avait été très simple pour François Mitterrand, la question c’était : rester dans la construction européenne, dans le projet européen, ou en sortir. Et après avoir hésité, et apparemment failli quitter le SME, et donc le projet européen, la France a décidé d’y rester. Et donc la traduction de ça, ça a été ce qu’on a appelé la politique d’austérité, qui a duré des années, des années, des années, de désinflation compétitive…

Eh bien là la situation est un peu la même, si la France veut rester dans la zone Euro, il faudra très vraisemblablement qu’elle se plie à un certain nombre de programmes de réformes qui sont maintenant imposés, ou sinon l’idée sera que la France devra quitter la zone euro. Autant en 83 il était peut-être moins compliqué de quitter le projet de construction européenne, autant aujourd’hui ça risque d’être beaucoup plus compliqué. On l’a vu : si l’idée même de la sortie d’un petit pays comme la Grèce a causé une crise comme nous l’avons connue l’an dernier, je vous laisse imaginer pour la France…

La confiance

F.R. : Dans un premier temps vous dites, en gros, les marchés peuvent avoir confiance en François Hollande, parce que d’abord c’est quelqu’un de pragmatique, c’est un européen de cœur, donc il ne va pas remettre en cause l’appartenance de la France à la zone Euro et ainsi de suite… Et le troisième point : il était conseiller de François Mitterrand lorsque François Mitterrand a négocié le tournant de la rigueur en mars 1983, donc il en a gardé le souvenir de ça, donc il ne va pas commettre la même erreur aujourd’hui.

N.D. : Il me semblerait inconcevable qu’un homme de la formation et de l’intelligence de François Hollande qui a vécu l’expérience dont on vient de parler, c’est-à-dire 81-83, ne s’en souvienne pas. En gros l’alzheimer peut pas être aussi précoce que ça, et du moment où il s’en souvient, je ne vois pas comment à partir de là il serait capable de ne pas prendre en compte la réalité du marché telle qu’elle s’imposera à lui. Parce qu’il faut pas l’oublier : le marché s’imposera.
Donc je dis « ne vous inquiétez pas : a priori même si je ne suis pas dans le cerveau de François Hollande, ce que je vois ce qu’il y a tous les éléments nécessaires pour qu’il ait une approche tout à fait pragmatique… »
Et en plus, c’est visible pour ceux qui prennent le temps de scruter, François Hollande n’a pas promis le Grand soir. François Hollande n’a rien promis, parce que dans votre phrase y avait, l’hypothèse la plus optimiste, c’est celle où François Hollande prend ses fonctions et « revient sur ses promesses », mais il n’en a pas fait ! C’est ça mon point : il n’en a pas fait, ou il en a fait si peu que, finalement, de toute façon c’est comme si ça comptait pas. Donc il a gardé les mauvaises nouvelles pour plus tard.
Le danger

N.D. : Maintenant il y a un danger qui se présente, c’est la semaine qui vient de s’écouler, en particulier le week-end qui vient de s’écouler : on voit que Mélenchon est vraiment en phase ascendante, on a bien entendu ce week-end, François Hollande qui dit « oui, croyez moi, ça va être du sérieux ma renégociation du traité ». Mais bien sûr, il est bien obligé, parce que avant de gagner le deuxième tour, ceux qui ont connu 2002 savent qu’il faut gagner le premier, donc il est bien obligé de faire quelques concessions verbales à son électorat. Mais là encore je suis pas sûr qu’il ait été très spécifique sur sa renégociation. Et c’est pour ça, j’en reviens à ce point, il n’a pas fait de promesses, parce qu’il sait qu’il va devoir se renier par la suite, donc il essaie d’en promettre le moins possible pour que le retour de bâton soit le moins violent possible.

On voit la montée en puissance de Mélenchon. Ce qu’on se dit tout simplement, c’est que à partir de maintenant, il va bien falloir que Hollande commence à donner quelques gages à sa gauche, et c’est là que ça va devenir un peu plus compliqué pour lui, parce que les marchés vont commencer à comprendre, vous commencer à le sentir, c’est pour ça qu’il est resté très prudent jusqu’à présent dans son expression publique.
Tromper le peuple

F.R. : François Hollande dit « je vais demander la renégociation du dernier traité européen », vous, vous écrivez ça :

« François Hollande va avoir à naviguer à travers des forces dans la gauche, notamment à cause du référendum manqué de 2005, et dans cette perspective, vous écrivez, il serait politiquement intelligent que ses pairs de l’eurozone, ses partenaires allemands, belges italiens et ainsi de suite, permettent à François Hollande de prétendre qu’il leur a arraché quelques concessions, même si c’est faux en réalité. La demande de renégociation du traité serait alors utilisée pour tromper le public français, pour rouler – j’ai lu to ‘trick’ : rouler, tromper – pour tromper le public français, en lui faisant accepter des réformes convenables, dont celle du marché du travail. »

N.D. : Oui, alors, avant d’entrer dans le fond du sujet je voudrais préciser un point : les gens de marché s’expriment de façon très directe, donc le vocabulaire que j’ai pu choisir dans la citation que vous venez de lire, ça paraîtra peut être excessif a beaucoup de vos auditeurs. Maintenant, c’est vrai que voilà, on ne va pas s’embarrasser de finasserie, on va aller directement au point.
De « rouler » les électeurs français, c’est peut être un mot quand même excessif, l’idée c’est de dire : ce sera une concession en quelque sorte de façade qui aura été faite à François Hollande et au peuple français entre guillemets, de façon à ce que tout le monde constate qu’à la fin des fins, il les faut bien les autres réformes, les fameuses réformes structurelles dont personne ne veut entendre parler.
Le mot rouler les électeurs est peut être un peu fort, je regrette qu’il soit traduit comme ça en français, peu importe, c’est pas très grave, mais à défaut de les rouler, ça va leur permettre de peut-être prendre conscience qu’il y a un certain nombre d’idées qu’ils ont en tête, qui ne peuvent pas marcher, même s’ils en sont convaincus. Ce que je suis en train de dire, c’est qu’il y a un petit théâtre, le script est un peu écrit, si on est malin on s’écartera pas trop du script, et de cette façon là on arrivera peut être à faire passer la pilule de façon un peu plus simple que ça n’avait été le cas au début des années 80.

F.R. : Alors je reviens sur cette phrase. Ce que vous dites c’est, admettons, y a un sommet à Bruxelles, François Hollande demande une partie sur la croissance, les autres européens ils vont faire comme si « bon ben d’accord, on t’accorde ça », il rentre ici en France en disant « regardez ce que j’ai obtenu », et du coup il peut dire derrière « eh ben, en échange nous on va libéraliser notre marché du travail ».

N.D. : Vous avez parfaitement compris le sens de mon propos, c’est exactement ça. C’est une petite mise en scène, c’est un petit théâtre, alors faut pas avoir l’impression que je fais de la théorie du complot et qu’on manipule tout le monde, et c’est juste que vous avez un électorat qui a un certain nombre d’idées préconçues. Elles sont fausses peut être, n’empêche que c’est les idées que l’électorat porte, et là y a de la pédagogie à faire.

F.R. : C’est déjà un peu ce qu’il s’est passé en 1997 : en 1997, Lionel Jospin est élu avec la gauche plurielle en disant ce pacte de stabilité je n’en veux pas, donc il va à Amsterdam, on lui fait rajouter Pacte de stabilité et de croissance, et il revient en disant « regardez y a le mot croissance dans le titre ».

N.D. : Vous avez tout compris. C’est pas l’exemple que j’avais en tête quand j’ai écrit la note, mais oui vous avez raison, c’est exactement ça. J’avais pas en tête l’exemple, mais vous avez entièrement raison, c’est exactement ça. C’est… Alors certains pourraient considérer que c’est une manipulation, moi je pense pas que ce soit une manipulation, c’est juste une façon d’arrondir les angles, on va dire, voilà.

La formule

F.R. : Vous concluez sur les deux mesures nécessaires. C’est :
1) couper dans les dépenses publiques
2) libéraliser le marché du travail ; et vous dites le vrai défi pour François Hollande est de trouver la formule politique pour le vendre au public français.

N.D. : Bien entendu, il faut trouver la formule pour vendre ça au peuple français. Je suis pas le conseiller de François Hollande, c’est pas mon rôle de définir le message qu’il doit porter. Mais je voudrais quand même citer un exemple historique, c’est celui de la Pologne qui quitte le communisme et qui fait sa transition vers l’économie de marché au début des années 90. La Pologne est connue pour avoir subie ce qu’on appelait la thérapie choc, c’est-à-dire que eux ils se sont pas embarrassés de beaucoup de précautions, ils y sont allés franco d’un seul coup dès le début. Ils ont fait la totale des réformes quasiment en un an ou deux. Ça a été extrêmement douloureux pour la population polonaise, mais ce qu’il faut savoir c’est que la Pologne est le pays qui s’en est sorti le mieux, le plus vite, quand on le compare à ses pairs.

Le sujet n’est pas là, le sujet c’est comment cela est il possible ? Pas seulement parce qu’il y avait la détestation des communistes, mais parce qu’il y avait aussi un gouvernement où il y avait un ministre des affaires sociales et du travail qui allait régulièrement à la télévision expliquer à la population pourquoi on fait ces réformes, que certes c’est douloureux, certes ça fait mal aujourd’hui, mais les bénéfices viendront plus tard. Que si on ne fait pas ce genre de travail aujourd’hui, demain ce sera encore pire qu’aujourd’hui, et ainsi de suite. C’est un effort de pédagogie.
Regardez maintenant Monti. Mario Monti aux affaires en Italie, c’est quand même assez frappant. C’est un homme qui fait les réformes les plus impopulaires que le peuple italien pouvait imaginer, et qui se trouve être le Premier ministre le plus populaire de l’après guerre ou presque. Donc y a vraiment un sujet sur la communication avec l’électorat, le peuple, et une façon de faire passer les messages. Ça, moi j’ai envie de dire, c’est ce pourquoi les hommes politiques sont payés, c’est leur métier, j’espère juste que François Hollande trouvera la bonne formule.
L’angoisse

F.R. : Si je fais un récapitulatif, je me suis amusé à faire des cas à partir de votre document :
Le cas n°1, c’est François Hollande est conciliant et il revient de lui même sur ses maigres promesses de campagne et il libère le marché du travail et en finit avec le CDI comme norme de travail.
Cas n°2, il lui faut une petite pression de ses partenaires européens, une petite concession qui lui sert de prétexte, et derrière il libéralise le marché du travail.
Cas n°3, il refuse de se plier à ce programme, à cette injonction, et alors les marchés vont le punir, le rappeler sérieusement à l’ordre.

N.D. : Oui.

F.R. : Donc là, jusque-là dans les trois cas, quand vous dites, « soit les électeurs, soit les marchés seront déçus », dans les trois cas c’est toujours les électeurs qui seront déçus et les marchés qui gagnent ?

N.D. : Oui oui. Eh bien regardez la Grèce, regardez l’Espagne, regardez l’Italie, regardez tout ce qui se passe en Europe depuis 2010, on a bien vu que de toute façon, à la fin, c’est le marché qui l’emporte. Je ne vais pas encore dire que le marché a nécessairement raison au sens moral du terme, en tout cas il aura raison factuellement puisqu’il s’imposera, c’est clair. Donc, c’est de ce point de vue-là que je le dis, oui en effet. Vous avez raison, les électeurs risquent d’être plus perdants que les marchés.

F.R. : Je propose un quatrième cas, l’irruption du peuple sur la scène de l’Histoire.

N.D. : La prise de la Bastille numéro 2.

F.R. : Hier, à Paris, y avait, bon, on va pas chipoter, 80 000, 90 000, 100 000, 120 000 manifestants à l’appel du Front de gauche. Si, comme en 1936, on avait une élection qui s’était suivie de mouvements de masse, de manifestations, de grèves…

N.D. : Qu’est-ce qui se passerait en Europe ? Ben là je crois que c’est le gros coup d’angoisse, parce que si, quand les grecs manifestent, on a déjà une Europe qui se sent sur le point d’exploser, je vous laisse imaginer pour la France. C’est bien pour ça que je passe mon temps à répéter dans cette note que j’espère bien que François Hollande se souvenant de ses années de formation en 81-83 auprès de François Mitterrand évitera précisément de laisser se développer ce genre de scénario à nouveau, ou en d’autres termes trouvera la formule politique qui lui permet de vendre les réformes à la population française d’une façon qui soit acceptable…
À la revoyure…

F.R. : Je vous propose quelque chose pour terminer : qu’on se retrouve dans six mois, par exemple, à l’automne, et on fait le point pour voir où on en est dans votre scénario.

N.D. : Lequel des trois...

F.R. : Voilà, lequel des trois advient ?, où est ce qu’on en est ?, est-ce qu’effectivement y a eu des négociations ?, on a rajouté croissance dans le titre à la fin ?, vous voyez, ce genre de choses là.

N.D. : Eh pourquoi pas, avec plaisir, on a une conférence je crois à Paris au mois de septembre, je vous recevrai à ce moment là avec plaisir.

mercredi 11 avril 2012

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Le contraire de l’austérité n’est pas la croissance





"Nous sommes collectivement immensément riches sur le plan des quantités produites et consommées, mais bien pauvres en qualités de société, de démocratie, d’information, d’égalité, de fraternité, de libertés de choix de vie, de temps libre." Jean Gadrey - 11 avril 2012


Dans mon billet du 24 janvier dernier sur « le chiffrage des programmes », j’écrivais ceci : « les candidats des principales formations en présence vont tous nous dire : ’mon chiffrage, bien entendu, suppose un retour à une croissance suffisante’. Implicitement : à moins de 2 % par an, je ne m’engage à rien ! On parie ? »
J’admets que ce n’était pas un pari à hauts risques, vu que c’est ce qui s’est produit à chaque élection… depuis que la croissance se fait désirer, et surtout depuis une dizaine d’années. On peut juste se demander combien de temps il faudra encore, et quelles catastrophes devront se produire, pour que l’idée de progrès humain porte sur autre chose que le « toujours plus » qui nous mène au désastre « comme des somnambules » (Edgar Morin).
LA CROISSANCE PERPETUELLE, SEUL REMPART CONTRE L’AUSTERITE ?
Quel est l’argument de gauche qui domine dans la campagne présidentielle ? Il se fonde sur le refus, parfaitement justifié, des politiques d’austérité et de récession. Ces dernières sont en voie d’institutionnalisation en Europe, via le projet de nouveau traité ou pacte budgétaire signé le 1° mars par vingt-cinq chefs d’Etat ou de gouvernement. Une bonne analyse critique en a été fournie par le Corporate Europe Observatory sous le titre « Automatic Austerity ».
La seule solution consiste-t-elle à remplacer ce « pacte d’austérité généralisée » par un « pacte de croissance » en Europe, comme si le contraire de l’austérité c’était la croissance ?
Une telle proposition repose sur UNE VISION PUREMENT QUANTITATIVE de l’austérité : ce serait le « toujours moins », et comme la croissance c’est le « toujours plus », nous n’aurions que ce choix binaire. C’est une vision qui fait l’impasse sur les inégalités et la pauvreté (toujours plus globalement, mais pour qui ?) tout autant que sur l’écologie (toujours plus de quoi ? De dommages environnementaux ?).
On sait pourtant – c’est un thème cher à Joseph Stiglitz – que la belle décennie de croissance américaine entre 1998 et 2008 était un « mirage », en ce sens que 90 % des Américains ont alors connu une décennie de stagnation ou de déclin de leurs conditions de vie. Et que l’empreinte écologique et les émissions de gaz à effet de serre par habitant ont poursuivi leur folle progression alors que ce pays détient pourtant les records du monde « développé » pour ces indicateurs de destruction massive de la planète.
LE CONTRAIRE DE L’AUSTERITE, C’EST LA PROSPERITE. PRIVILEGIONS LA QUALITE ET LES BIENS COMMUNS.
Il est temps de laisser tomber les visions purement quantitatives du « progrès » et de considérer que, s’il est vrai que certaines quantités comptent, surtout pour ceux qui sont en manque (pouvoir d’achat, niveau de vie…), elles n’ont d’intérêt que si elles sont mises au service d’objectifs de qualité de vie individuelle et collective. Ces objectifs se nomment, selon vos préférences, développement humain soutenable, bien vivre, émancipation humaine, écosystèmes préservés, biens communs, convivialité. Ou encore : la « prospérité », au sens que lui donnent des auteurs divers, dont Tim Jackson, pour qui une « prospérité sans croissance » est à la fois possible et nécessaire. Prospérité vient du latin spero (s’attendre à) et pro (en avant) : en gros, faire en sorte que les choses aillent bien, ou mieux, au fil du temps, sans connotation d’abondance matérielle nécessaire.
L’austérité, ce sont des conditions de vie et de travail dégradées, des protections sociales affaiblies, des services publics en déshérence, l’écologie sacrifiée, etc. Il s’agit de qualités et de biens communs, pas de quantités consommées. Certaines productions utiles y contribuent, évidemment, certaines doivent même croître en quantités, mais, globalement, le « toujours plus de n’importe quoi » est une impasse qui nous mène à une autre austérité, « durable ».
On peut combattre l’austérité sans croissance quantitative perpétuelle, par une « croissance » de la qualité et de la soutenabilité de la production et de la consommation. On peut créer des emplois sans croissance globale, résorber l’excès de dette publique et financer des retraites convenables sans croissance. C’est en tout cas ce que j’ai essayé de montrer, scénarios à l’appui, dans mon livre Adieu à la croissance et dans plusieurs billets de ce blog.
Contre l’austérité, il y a d’abord le partage du travail et des revenus, une révolution fiscale, une forte réduction des inégalités, la reprise en mains de la finance (un des secteurs dont une forte décroissance serait très bénéfique), la réorientation écologique de la production dans tous les secteurs, la sobriété énergétique, etc.
Le PIB par habitant actuel de la France est, en euros constants, le double de celui de 1971. Il est 50 % plus élevé qu’en 1982. Notre bien-être individuel et collectif est-il le double de celui de 1971, 50 % plus élevé qu’en 1982 ? N’avions-nous pas plutôt, il y a trente ans, moins de graves problèmes sociaux et écologiques, de violence, de chômage et de précarité ? Et nettement moins d’inégalités et de revenus extravagants ? Et pratiquement pas d’électeurs du Front National (moins de 1 %) ?
Dire cela n’est pas souhaiter un retour en arrière, au demeurant impossible. C’est juste prendre conscience que nous sommes collectivement immensément riches sur le plan des quantités produites et consommées, mais bien pauvres en qualités de société, de démocratie, d’information, d’égalité, de fraternité, de libertés de choix de vie, de temps libre.
L’austérité, nous y sommes déjà, et, si on la juge autrement que par les quantités produites et consommées globalement, elle est plus prononcée aujourd’hui qu’il y a trente ans. C’est d’ailleurs ce qui explique que, dans les enquêtes d’opinion des années 2000, contrairement à celles des années 1980, les gens estiment majoritairement qu’ils vivent moins bien que leurs parents et mieux que leurs enfants ne vivront. Faisons en sorte qu’ils se trompent sur la deuxième partie de leur jugement. Une autre « relance » est possible (voir ci-dessous des extraits d’un billet de février 2009).
P.S. Je pense que vous apprécierez cet article de Christian Arnsperger sur « La crise comme diversion »
UNE AUTRE RELANCE EST POSSIBLE
Un débat essentiel existe à gauche entre ceux qui pensent qu’il faut très vite relancer la croissance et ceux qui estiment qu’il faut « profiter de la crise » pour en finir avec le culte de la croissance et proposer une autre vision du progrès.
Les premiers ont un argument : la croissance est favorable à l’emploi, et elle dégage des surplus économiques pour améliorer les conditions de vie et la protection sociale. Cette « loi » a été plus ou moins vérifiée dans le passé. On en déduit qu’elle doit s’appliquer à l’avenir. C’est faire preuve de peu d’imagination face à une crise systémique, et alors qu’on peut penser que, quoi qu’on fasse, la croissance va prendre fin.
CREER DES EMPLOIS SANS CROISSANCE, C’EST POSSIBLE…
On peut créer des emplois dans de nombreux secteurs sans croissance des quantités produites mais par la croissance de la qualité (de vie, des produits) et de la durabilité (des produits, processus, modes de vie).
Ce qui détermine l’emploi, c’est la valeur ajoutée et son contenu en travail. Or il existe deux grandes façons typiques de faire « progresser » la production. La première, fordiste, consiste à produire plus des mêmes choses avec la même quantité de travail. C’est la définition des gains de productivité du travail. Il y a alors de moins en moins de valeur ajoutée et de travail par unité produite (mais pas forcément moins de ressources naturelles et de pollutions, là est le problème).
La seconde, qui va être au cœur du « développement durable », consiste à produire et consommer autrement et plus sobrement d’autres choses (des kwh « propres », des aliments bio, des m2 à zéro émission, des produits à longue durée de vie et recyclables…), et cela exige en général plus de travail et plus de valeur ajoutée par unité produite que dans les solutions productivistes.
Par conséquent, une réorientation de la production et des modes de vie vers la durabilité, par substitution des productions et consommations « propres » aux solutions « sales », va se traduire par un enrichissement du contenu en emploi pour les mêmes quantités produites… mais d’une toute autre qualité.
Des scénarios existent pour une agriculture, une industrie, des bâtiments, des transports et des énergies durables (NégaWatt, WWF…). Ils combinent les apports des technologies et ceux d’une sobriété réfléchie et différenciée (personne ne demande aux plus démunis d’être sobres). Ils exigent tous plus d’emplois que dans les organisations actuelles, qui sont à la fois productivistes, gaspilleuses et polluantes.
Mais, comme les prix des produits et services durables sont et seront en moyenne plus élevés, l’accès universel à des modes de vie durables, condition clé de succès et d’acceptation, suppose de s’en prendre énergiquement aux inégalités.
… MAIS IL FAUT REDUIRE FORTEMENT LES INEGALITES
L’autre relance, celle qui pourrait nous éloigner de la zone des tempêtes sociales et écologiques, passe non pas par la croissance mais par la solidarité (du local au global) et le partage. Partage du pouvoir économique et politique, partage des ressources économiques et naturelles, partage du travail, y compris le travail domestique, solidarité avec les générations futures. Aucune de ces formes de partage ne progressera sans des mobilisations puissantes contre les privilèges des possédants et des actionnaires.
Pour améliorer les conditions de vie de la majorité des Français en réduisant fortement leur empreinte écologique, les ressources existent, sans exigence de croissance. Il faut juste les distribuer autrement.
En France, les réductions d’impôts directs décidées depuis 2000 en faveur des plus riches représentent un manque à gagner de 30 milliards d’euros par an pour les finances publiques. Si l’on y ajoute les réductions de cotisations sociales patronales décidées depuis 1992, dont au moins la moitié sont inefficaces en termes d’emploi, cela fait plus de 50 milliards par an. Il faudrait y ajouter les niches fiscales indécentes pour privilégiés, la fraude fiscale, l’évasion dans les « enfers fiscaux », les profits scandaleux de Total, etc. D’énormes ressources publiques sont ainsi disponibles, sans croissance autre que qualitative, pour la « relance » d’un progrès social respectant les équilibres écologiques : éducation, santé et autres services publics, gardes d’enfants, personnes âgées, logement, mais aussi minima sociaux, contrôle public des banques, emplois jeunes de qualité, emplois durables dans de nouvelles activités d’utilité écologique et sociale, accompagnement de la reconversion des activités insoutenables. Elles permettraient d’investir massivement dans la « grande bifurcation » d’un système en faillite sur tous les plans.


Source : Jean Gadrey
Illlustration : Moins c Plus
Lire aussi : Le rapport au Club de Rome : stopper la croissance, mais pourquoi ?

mardi 10 avril 2012

  La trahison multiple des élus : sabordage monétaire et dette publique



3/6.Chouard.Metz.oct2011-UE=DICTATURE DES... par GPS-Tv-Web

lundi 9 avril 2012

Stathis Kouvélakis : « Le laboratoire grec sert à radicaliser des politiques d’austérité »

Entretien, par Sara Millot| 9 avril 2012
 
Un entretien avec Stathis Kouvélakis enseignant-chercheur en philosophie politique au King’s College de Londres.
Regards.fr : Les initiatives menées aujourd’hui au sein de la société grecque peuventelles dessiner les contours d’une alternative ou restent-elles éparses, fragiles et isolées ?
Stathis Kouvélakis : Depuis le début de la crise, on observe une tendance remarquable à l’auto-organisation de certains secteurs sociaux, et ce mouvement s’est renforcé au cours des derniers mois. Il s’agit avant tout de faire face au désastre social qui frappe le pays et à l’effondrement de l’État. Ce sont souvent, mais pas toujours, des noyaux militants qui lancent ces initiatives, qui visent avant tout à développer l’entraide et la solidarité, d’abord à l’échelle locale. Je ne pense pas que, pour l’instant, ait émergé quelque chose qui pourrait être qualifié de tendance à l’autogestion dans les entreprises, le cas d’Eleftherotypia est beaucoup trop particulier pour servir d’indicateur en ce sens. L’expérience internationale très riche en la matière, je pense notamment à l’Argentine des années 2000, tend à montrer que ces formes d’auto-organisation survivent rarement à un « retour à la normale ». Sauf si elles s’articulent sur une perspective politique d’ensemble, capable de porter au pouvoir une alternative, un bloc de forces sociales populaires, comme ce fut le cas, là encore, dans certains pays d’Amérique latine, en Bolivie et au Venezuela notamment.
Regards.fr : La Grèce est parfois présentée comme un laboratoire politique. Partagez-vous cette analyse qui voit dans la crise grecque le terrain expérimental de la politique européenne à venir ?
Stathis Kouvélakis : Oui, et cela d’une triple façon. Le laboratoire grec sert à radicaliser des politiques d’austérité et de casse sociale, nous le constatons quotidiennement. Si ça passe en Grèce, malgré un niveau très élevé de résistance, demain cela se fera ailleurs. Mais le cas grec sert également à alimenter la fuite en avant antidémocratique des institutions de l’Union européenne, dont il révèle la véritable nature, qui est de verrouiller le néolibéralisme par l’accumulation de traités et de dispositifs institutionnels neutralisant préventivement toute pression populaire. Enfin, il sert à la mise sous tutelle des pays qui sont les grands perdants de la crise actuelle, à savoir les pays de la périphérie méridionale de l’Europe, mais aussi l’Irlande. Cette tutelle va de pair avec la mise en coupe réglée de leurs ressources, et là encore la privatisation de la quasi-totalité des biens publics de la Grèce sert de modèle à ce que le géographe David Harvey a appelé l’« accumulation par dépossession », c’est-à-dire l’expropriation au profit du secteur privé de parties socialisées de l’activité économique et sociale ainsi que des ressources naturelles. Les mémorandums signés entre le gouvernement grec et la « Troïka » (UE, BCE, FMI) sont extrêmement précis et détaillés sur les conditions de cette mise à l’encan généralisée du pays : infrastructures publiques (eau, électricité, ports, autoroutes), îles inhabitées, plages et zones côtières, bâtiments publics, terres au potentiel agricole ou de développement de l’énergie solaire, tout y passe, dans une procédure pilotée par une agence privée, sur le modèle de la Treuhand, l’organisme de sinistre mémoire chargé de la liquidation des ressources productives de l’ancienne République démocratique allemande.
Regards.fr : La menace du chaos en cas de sortie de l’Union européenne est martelée par le gouvernement grec et la troïka. Cette peur est-elle selon vous un élément de la rhétorique du pouvoir ou témoigne-t-elle d’une situation potentiellement insurrectionnelle ?
Stathis Kouvélakis : Les deux sont vrais en un sens. Depuis le début de la crise, la gestion de la peur est devenue le seul argument du pouvoir et de ses appuis médiatiques. Le but recherché est, à défaut de convaincre, d’extorquer une forme minimale de consentement basée sur l’anesthésie et la prostration du corps social. La Grèce est entrée dans une sorte d’état d’urgence prolongé où il s’agit, pour les gouvernants, de gérer politiquement à leur profit le chaos provoqué par la mise en œuvre de la « thérapie de choc ». Cela n’a pas empêché de fortes poussées de la mobilisation sociale, mais explique en partie leur caractère discontinu. Par ailleurs, il est vrai que les temps forts de cette mobilisation populaire font apparaître une dynamique insurrectionnelle. Nous l’avons vu dès mai 2010, et, à une échelle élargie, en octobre et en février derniers. Le système politique du bipartisme, qui a réglé la vie politique du pays pendant trois décennies, n’y a pas survécu et les deux partis en question sont en cours de liquéfaction.
Mais la Grèce n’est pas l’Égypte de Moubarak ou la Tunisie de Ben Ali. L’issue, pour les forces progressistes, ne se trouve pas dans un simple moment d’affrontement insurrectionnel mais dans une lutte prolongée, qui combine des actions de masses à dimension insurrectionnelle, des mouvements revendicatifs multiformes et des initiatives de type syndical et politique. C’est là que se trouve à mon sens la limite majeure à laquelle se trouve confrontée la mobilisation populaire : l’absence d’une alternative crédible du côté de la gauche radicale, une gauche dont le poids est certes important mais qui demeure divisée, perplexe face à l’ampleur de la tâche et obnubilée par les sondages qui lui promettent de confortables gains électoraux.
Quelle est justement la situation de la gauche en Grècememorandum ? Une coalition est-elle envisageable à l’aube des élections législatives ?
Stathis Kouvélakis : L’espace politique à gauche de la social-démocratie en Grèce est, avec celui du Portugal, traditionnellement le plus important d’Europe, tant en termes électoraux que militants. Les derniers sondages donnent aux deux forces de la gauche radicale, le parti communiste (KKE) et la Coalition de la gauche radicale (Syriza), un total entre 20 et 25 % des intentions de vote. Une force intermédiaire, la Gauche démocratique, issue d’une scission de Syriza, qui pratique une opposition modérée à la politique gouvernementale et se déclare ouverte à des alliances avec le PASOK, obtient de son côté entre 10 et 15 % des intentions de vote. Le PASOK et la droite sont en cours de décomposition, avec des fractions importantes de parlementaires et de cadres qui s’en détachent et créent de nouvelles formations. Il est probable qu’au prochain parlement une dizaine de partis seront représentés. La Grèce est entrée dans une période de longue instabilité politique et il semble certain que le résultat des prochaines élections, dont la date reste entourée d’incertitude, sera une coalition des diverses fractions du personnel politique actuellement au pouvoir qui entendent poursuivre la politique du désastre.
En bonne logique, une telle situation constitue une chance historique pour les forces porteuses d’une alternative, donc pour la gauche radicale. Celle-ci semble toutefois se satisfaire de la perspective de capitalisation électorale d’un vote de refus que lui prédisent les sondages. Elle demeure, d’une part, profondément divisée, essentiellement du fait du sectarisme à peine imaginable du KKE, et, de l’autre, handicapée par son absence de solutions alternatives, c’est-àdire radicales et crédibles, sur les choix stratégiques : quelle position face à la question de la dette ? Quelle attitude face à un cadre européen manifestement asphyxiant ? Comment rétablir un minimum de fonctionnement démocratique ? On sent un grand embarras face à ces questions clés, qui révèle, en fin de compte, l’incapacité de la gauche radicale d’être actuellement porteuse d’une véritable hégémonie des classes populaires. Non pas une simple force de résistance, un contrepoids face à la dévastation sociale, mais une force aspirant à diriger la société et à proposer au pays une voie nouvelle, qui, dans un contexte de mobilisation populaire, pourrait avoir un extraordinaire effet d’entraînement sur le reste de l’Europe.
La Dette Publique est une arme des riches contre l'Etat providence.


Étienne Chouard : la dette et la fin de... par cinequaprod
Les confessions "d'un assassin financier".


Confessions d'un assassin financier (J.Perkins) par himed187

dimanche 1 avril 2012

mardi 21 février 2012

La double face de la monnaie


Source : La double face de la monnaie
La double face de la monnaie est un documentaire, réalisé en 2006 par Vincent Gaillard et Jérôme Polidor, portant sur l’argent et ses alternatives dans le domaine de la consommation, des systèmes d’échanges et de travail.
 


La double face de la monnaie démystifie l’argent et propose de reconsidérer notre perception de la richesse. Il donne la parole à des hommes et des femmes qui n’ont pas la visibilité médiatique de leurs homologues libéraux : le philosophe Patrick Viveret, l’économiste belge Bernard Lietaer, le président du Conseil scientifique d’Attac Dominique Plihon, la sociologue argentine Héloïsa Primavera, le Canadien Michael Linton, inventeur des systèmes d’échange locaux...
Et il interroge les utopies concrètes que sont les monnaies complémentaires et les systèmes d’échange locaux. L’argent est devenu la valeur centrale de nos sociétés. Comme une drogue, les individus, toujours à sa recherche, craignent d’en manquer. Beaucoup sont prêts à faire n’importe quoi pour s’en procurer.

La monnaie n’est pourtant pas naturelle, c’est une création humaine censée favoriser l’échange et la création de richesse. Son émission, sa circulation, sa distribution en font un outil de domination et d’asservissement d’une partie de plus en plus grande de l’humanité, au profit d’un nombre de plus en plus réduit d’individus. Depuis la fin des années 90, des systèmes d’échanges complémentaires sont mis en place par des citoyens un peu partout dans le monde. La monnaie redevient un outil social, au service de l’homme.
Le Chiemgauer allemand, la Banque du temps anglaise et les Systèmes d’Échange Locaux français, sont des preuves concrètes que la monnaie peut redevenir un sujet de débat dans la société occidentale. Le film part d’une volonté simple : démystifier l’argent et reconsidérer notre perception de la richesse. L’argent est au coeur des préoccupations de notre société : tout le monde l’utilise, chacun s’emploie à s’en procurer, mais qui s’interroge sur sa nature ? Poser la question du bien-fondé de la prédominance de l’argent sur toute autre richesse, conduit à une remise en question de beaucoup de nos valeurs, souvent profondément ancrées. Aujourd’hui, toutes les décisions politiques sont justifiées par des « contraintes » économiques, présentées comme inéluctables, voire « naturelles ». Toute activité humaine doit dorénavant être rentable. Dérégulation, exploitation de l’homme, de la nature, sont ainsi acceptées fatalement avec un sentiment d’impuissance, sous prétexte de réalisme économique. La monnaie n’est pourtant pas naturelle, c’est une création humaine sensée favoriser l’échange et la création de richesse. Son émission, sa circulation, sa distribution en font un outil de domination et d’asservissement d’une partie de plus en plus grande de l’humanité, au profit d’un nombre de plus en plus réduit d’individus

dimanche 12 février 2012

L'obsolescence programmée (ARTE)


"Les impératifs de l'humanisme", par Maurice Allais

Billet publié initialement le 8 novembre 2011


LA MONDIALISATION, LE CHÔMAGEET LES IMPÉRATIFS DE L'HUMANISME
    par Maurice Allais, Prix Nobel d'Économie
Durant ces cinquante dernières années, toutes les recherches que j'ai pu faire, toutes les réflexions que m'ont suggérées les événements, toute l'expérience que j'ai pu acquérir ont renforcé sans cesse en moi cette conviction qu'une société fondée sur la décentralisation des décisions, sur l'économie de marchés et sur la propriété privée est non pas la forme de société la meilleure dont on pourrait rêver sur le plan purement abstrait dans un monde idéal, mais celle qui, sur le plan concret des réalités, se révèle, aussi bien du point de vue de l'analyse économique que de l'expérience historique, comme la seule forme de société susceptible de répondre au mieux aux questions fondamentales de notre temps.

Mais si la conviction de l'immense supériorité d'une société économiquement libérale et humaniste n'a cessé de se renforcer en moi au cours des années, une autre conviction, tout aussi forte, n'a cessé également de se renforcer, c'est qu'aujourd'hui notre société est menacée, tout particulièrement en raison de la méconnaissance des principes fondamentaux qu'implique la réalisation d'une société libérale et humaniste. En fait, vivre ensemble implique pour toute société un consensus profond sur ce qui est essentiel. Si ce consensus n'existe pas, la réalisation d'une société humaniste s'en trouve par là même compromise.

En dernière analyse, l'organisation économique de la vie en société soulève cinq questions fondamentales. Comment assurer tout à la fois l'efficacité de l'économie et une répartition des revenus communément acceptable ? Comment assurer à chacun des conditions favorables à un libre épanouissement de sa personnalité et comment permettre à tous les échelons une promotion efficace des plus capables, quel que soit leur milieu d'origine ? Comment rendre socialement et humainement supportables les changements impliqués par le fonctionnement de l'économie ? Comment mettre l'économie à l'abri de toutes les perturbations extérieures quelles qu'elles soient ? Comment définir un cadre institutionnel réellement approprié sur le plan national et sur le plan international pour réaliser ces objectifs ?

L'instauration d'une société humaniste est gravement compromise si le fonctionnement de l'économie génère trop de revenus indus et engendre du chômage, si la promotion sociale est insuffisante et si des conditions défavorables s'opposent à l'épanouissement des individualités, si l'environnement économique est par trop instable, et enfin si le cadre institutionnel de l'économie est inapproprié.

La question majeure d'aujourd'hui, c'est de toute évidence le sous-emploi massif qui se constate (de l'ordre de six millions en France, compte tenu du traitement social de plus en plus étendu du chômage). Ce sous-emploi massif fausse complètement la répartition des revenus et il aggrave considérablement la mobilité sociale et la promotion sociale. Il crée une insécurité insupportable, non seulement pour ceux qui sont privés d'un emploi régulier, mais également contre des millions d'autres dont l'emploi est dangereusement menacé. Il désagrège peu à peu le tissus social. Cette situation est économiquement, socialement et éthiquement inadmissible à tous égards. Ce chômage s'accompagne partout du développement d'une criminalité agressive, violente et sauvage et l'Etat n'apparaît plus capable d'assurer la sécurité, non seulement des biens mais également celle des personnes, une de ses obligations majeures.

De plus une immigration extra communautaire excessive sape les fondements mêmes de la cohésion du corps social, condition majeure d'un fonctionnement efficace et équitable de l'économie des marchés. Dans son ensemble, cette situation suscite partout de profonds mécontentements et elle génère toutes les conditions pour qu'un jour ou l'autre, l'ordre public soit gravement compromis, et que soit mise en cause la survie même de notre société. La situation d'aujourd'hui est certainement potentiellement bien plus grave que celle qui se constatait en 1968 en France alors que le chômage, inférieur à 600.000, était pratiquement inexistant et que cependant l'ordre public a failli s'effondrer.

Le chômage est un phénomène très complexe qui trouve son origine dans différentes causes et dont l'analyse peut se ramener, pour l'essentiel, à celle de cinq facteurs fondamentaux : 1) le chômage chronique induit dans le cadre national, indépendamment du commerce extérieur, par des modalités de protection sociale; 2) le chômage induit par le libre-échange mondialiste et un système monétaire international générateur de déséquilibres; 3) le chômage induit par l'immigration extra communautaire; 4) le chômage technologique; 5) le chômage conjoncturel.

En fait, la cause majeure du chômage que l'on constate aujourd'hui est la libéralisation mondiale des échanges dans un monde caractérisé par de considérables disparités de salaires réels. Ces effets pervers en sont aggravés par le système des taux de change flottants, la déréglementation totale des mouvements de capitaux, et le "dumping monétaire" d'un grand nombre de pays par suite de la sous-évaluation de leurs monnaies. Ce chômage n'a pu naturellement prendre place qu'en raison de l'existence de minima de salaires et d'une insuffisante flexibilité du marché du travail. Mais pour neutraliser les effets sur le chômage du libre-échange mondialiste et des facteurs qui lui sont associés, c'est à une diminution considérable des rémunérations globales des salariés les moins qualifiés qu'il faudrait consentir. Les effets du libre échange mondialiste ne se sont pas bornés seulement à un développement massif du chômage. Ils se sont traduits également par un accroissement des inégalités, par une destruction progressive du tissu industriel et par un abaissement considérable de la progression des niveaux de vie.

Tous les facteurs économiques qui compromettent aujourd'hui la survie de notre société ne résultent que des politiques erronées poursuivies depuis vingt-cinq ans dans un cadre communautaire institutionnel inapproprié par les gouvernements successifs de toutes tendances qui se sont succédés. La politique commerciale de l'Union Européenne a peu à peu dérivé vers une politique mondialiste libre-échangiste, contradictoire avec l'idée même de la constitution d'une véritable Communauté Européenne. Au regard des disparités considérables des salaires réels des différents pays, cette politique mondialiste, associée au système des taux de change flottants et à la déréglementation totale des mouvements de capitaux, n'a fait qu'engendrer partout instabilité et chômage.

La politique de plus en plus mondialiste de l'Union Européenne a peut-être contribué momentanément au développement de certains pays, mais elle a eu pour effet d'exporter nos emplois et d'importer leur sous-emploi. Ce mouvement a été renforcé par l'influence grandissante de tous ceux qu'enrichit la mondialisation forcenée de l'économie, et des puissants moyens d'information qu'ils contrôlent.

En fait, la libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n'est possible et n'est souhaitable que dans le cadre d'ensembles régionaux, groupant des pays économiquement et politiquement associés, de développement économique et social comparable, tout en assurant un marché suffisamment large pour que la concurrence puisse s'y développer de façon efficace et bénéfique. Chaque organisation régionale doit pouvoir mettre en place dans un cadre institutionnel, politique et éthique approprié une protection raisonnable vis-à-vis de l'extérieur. Cette protection doit avoir un double objectif : 1) éviter les distorsions indues de concurrence et les effets pervers des perturbations extérieures; 2) rendre impossibles des spécialisations indésirables et inutilement génératrices de déséquilibres et de chômage, tout à fait contraires à la réalisation d'une situation d'efficacité maximale à l'échelle mondiale associée à une répartition internationale des revenus communément acceptable dans un cadre libéral et humaniste.

Dès que l'on transgresse ces principes, une mondialisation forcenée et anarchique devient un fléau destructeur partout où elle se propage. Correctement formulées, les théories de l'efficacité maximale et des coût comparés constituent des instruments irremplaçables pour l'action, mais, mal comprises et mal appliquées, elles ne peuvent conduire qu'au désastre.

Suivant une opinion actuellement dominante, le chômage dans les économies occidentales résulterait essentiellement de salaires réels trop élevés et de leur insuffisante flexibilité, du progrès technologique accéléré qui se constate dans les secteurs de l'information et des transports, et d'une politique monétaire jugée indûment restrictive. Pour toutes les grandes organisations internationales, le chômage qui se constate dans les pays développés serait dû essentiellement à leur incapacité de s'adapter aux nouvelles conditions qui seraient inéluctablement imposées par la mondialisation. Cette adaptation exigerait que les coûts salariaux y soient abaissés, et tout particulièrement les rémunérations des salariés les moins qualifiés. Pour toutes ces organisations, le libre-échange ne peut être que créateur d'emplois et d'accroissement des niveaux de vie, la concurrence des pays à bas salaires ne saurait être retenue comme cause du développement du chômage et l'avenir de tous les pays est conditionné par le développement mondialiste d'un libre-échange généralisé. En fait, ces affirmations n'ont cessé d'être infirmées aussi bien par l'analyse économique que par les données de l'observation. La réalité, c'est que la mondialisation est la cause majeure du chômage massif et des inégalités qui ne cessent de se développer dans la plupart des pays.

Toute la construction européenne et tous les traités relatifs à l'économie internationale, comme l'Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce de 1947 et comme la Convention du 14 décembre 1960 relative à l'Organisation de Coopération et de Développement Economique, ont été viciés à leur base par une proposition enseignée et admise sans discussion dans toutes les universités américaines et à leur suite dans toutes les universités du monde entier : "Le fonctionnement libre et spontané du marché conduit à une allocation optimale des ressources". C'est là l'origine et le fondement de toute la doctrine libre-échangiste dont l'application aveugle et sans réserve à l'échelle mondiale n'a fait qu'engendrer partout désordres et misères de toutes sortes.

Or, cette proposition, admise sans discussion, est totalement erronée et elle ne fait que traduire une totale ignorance de la théorie économique chez tous ceux qui l'ont enseignée en la présentant comme une acquisition fondamentale et définitivement établie de la science économique. Cette proposition repose essentiellement sur la confusion de deux concepts entièrement différents : le concept d'efficacité maximale de l'économie et le concept d'une répartition optimale des revenus.

En fait, il n'y a pas une situation d'efficacité maximale, mais une infinité de telles situations. La théorie économique permet de définir sans ambiguïté les conditions d'une efficacité maximale, c'est-à-dire d'une situation sur la frontière entre les situations possibles et les situations impossibles. Par contre et par elle-même, elle ne permet en aucune façon de définir parmi toutes les situations d'efficacité maximale celle qui doit être considérée comme préférable. Ce choix ne peut être effectué qu'en fonction de considérations éthiques et politiques relatives à la répartition des revenus et à l'organisation de la société. De plus, il n'est même pas démontré qu'à partir d'une situation initiale donnée le fonctionnement libre des marchés puisse mener le monde à une situation d'efficacité maximale. Jamais des erreurs théoriques n'auront eu autant de conséquences aussi perverses.

Devant le développement du chômage massif que l'on constate aujourd'hui et en l'absence de tout diagnostic réellement fondé, les pseudo remèdes ne cessent de proliférer :

On dit par exemple qu'il suffit de réduire le temps de travail pour combattre le chômage, mais, outre que les hommes ne sont pas parfaitement substituables les uns aux autres, une telle solution néglige totalement le fait indiscutable que trop de besoins, souvent très pressants, restent insatisfaits. Ce n'est pas en travaillant moins qu'on pourra réellement y faire face. Réduire le temps de travail impliquerait en tout cas pour les salariés des baisses de revenus qu'il faudrait compenser par des ressources obtenues par des impôts accrus.

On soutient encore que ce sont les taux d'intérêts réels trop élevés qui expliquent la crise de l'économie et le chômage massif que nous subissons, mais ce que l'on constate, c'est que la baisse considérable observée ces dernières années des taux d'intérêts réels n'a entraîné aucun redressement significatif. En fait, qu'il s'agisse du chômage dû au libre-échange mondialiste ou du chômage dû à l'immigration extra communautaire, on ne peut y remédier par l'inflation. Lutter par exemple contre les effets du libre-échangisme mondialiste par une expansion monétaire relève d'une pure illusion et d'une méconnaissance profonde des causes réelles de la situation actuelle.

On nous dit aussi que tout est très simple. Si l'on veut supprimer le chômage, il suffit d'abaisser les salaires, mais personne ne nous dit quelle devrait être l'ampleur de cette baisse, ni si elle serait effectivement réalisable sans mettre en cause la paix sociale, ni quelles seraient ses implications de toutes sortes dans les processus de production.

On soutient encore que la Chine, pays à bas salaires, va se spécialiser dans des activités à faible valeur ajoutée, alors que les pays développés, comme la France, vont se spécialiser de plus en plus dans les hautes technologies. Mais, c'est là méconnaître totalement les capacités de travail et d'intelligence du peuple chinois. A continuer ainsi à soutenir des absurdités, nous allons au désastre.

Comment expliquer de telles positions ? En fait, et pour l'essentiel, elles s'expliquent par la domination et la répétition incessante de "vérités établies", de tabous indiscutés, de préjugés erronés, admis sans discussion, dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années. Personne ne veut reconnaître cette évidence : si toutes les politiques mises en œuvre depuis vingt-cinq ans ont échoué, c'est que l'on a constamment refusé de s'attaquer à la racine du mal, la libéralisation mondiale excessive des échanges et la déréglementation totale des mouvements de capitaux. Certains soutiennent qu'on peut fonder un nouvel ordre mondial sur une totale libération des mouvements de marchandises, des capitaux et, à la limite, des personnes. On soutient qu'un fonctionnement libre de tous les marchés entraînerait nécessairement la prospérité pour chaque pays dans un monde libéré de ses frontières économiques. A vrai dire, l'ordre nouveau qui nous est ainsi proposé est dépourvu de toute régulation réelle; en substance, il n'est que laissez-fairisme.

Cette évolution s'est accompagnée d'une multiplication de sociétés multinationales ayant chacune des centaines de filiales, échappant à tout contrôle, et elle ne dégénère que trop souvent dans le développement d'un capitalisme sauvage et malsain. Au nom d'un pseudo libéralisme et par la multiplication des déréglementations, s'est installée peu à peu une espèce de chienlit mondialiste laissez-fairiste. Mais c'est là oublier que l'économie de marchés n'est pas qu'un instrument et qu'elle ne saurait être dissociée de son contexte institutionnel, politique et éthique. Il ne saurait être d'économie de marchés efficace si elle ne prend pas place dans un cadre institutionnel, politique et éthique approprié, et une société libérale n'est pas et ne saurait être une société anarchique.

On ne nous présente que trop souvent les conditions éthiques comme incompatible avec la recherche économique d'une efficacité maximale. Mais en réalité il n'en est rien. En fait, l'objectif fondamental de toute société libérale et humaniste est de faire vivre ensemble des hommes dans des conditions assurant leur respect mutuel et des conditions de vie aussi bonnes que possible. Il n'y a rien qui soit là incompatible avec la recherche d'une efficacité maximale de l'économie. Le libéralisme ne saurait se réduire au laissez-faire économique : c'est avant tout une doctrine politique et l'économie n'est qu'un moyen permettant à cette doctrine politique de s'appliquer efficacement. Originellement, d'ailleurs, il n'y avait aucune contradiction entre les aspirations du socialisme et celles du libéralisme. La confusion actuelle du libéralisme et du laissez-fairisme constitue un des plus grands dangers de notre temps.

La mondialisation de l'économie est certainement très profitable pour quelques groupes de privilégiés. Mais les intérêts de ces groupes ne sauraient s'identifier avec ceux de l'humanité tout entière. Une mondialisation précipitée et anarchique ne peut qu'entraîner partout chômage, injustices, désordres et instabilité, et elle ne peut que se révéler finalement désavantageuse pour tous les peuples dans leur ensemble. Elle n'est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable. Elle ne serait concevable que si elle était précédée par une union politique mondiale, un développement comparable des différentes économies et l'instauration d'un cadre institutionnel et éthique mondial approprié, conditions qui, de toute évidence, ne sont pas et ne peuvent être actuellement satisfaites.

Depuis deux décennies, une nouvelle doctrine s'était peu à peu imposée, la doctrine du libre-échangisme mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux. Suivant cette doctrine, la disparition de tous les obstacles à ces mouvements était une condition à la fois nécessaire et suffisante d'une allocation optimale des ressources à l'échelle mondiale. Tous les pays et dans chaque pays tous les groupes sociaux devaient voir leur situation améliorée. Pour tous les pays en voie de développement, leur ouverture totale vis-à-vis de l'extérieur était une condition nécessaire de leur progrès et la preuve en était donnée, disait-on, par les progrès extrêmement rapides des pays émergents du Sud-Est asiatique. Pour les pays développés, la suppression de toutes les barrière tarifaires ou autres était considérée comme une condition de leur croissance, comme le montraient décisivement les succès incontestables des tigres asiatiques, et, répétait-on encore, l'Occident n'avait qu'à suivre leur exemple pour connaître une croissance sans précédent et un plein emploi. Tout particulièrement la Russie et les pays ex-communistes de l'Est, les pays asiatiques, la Chine en premier lieu, constituaient des pôles de croissance majeurs qui offraient à l'Occident des possibilités sans précédent de développement et de richesse.

Telle était fondamentalement la doctrine de portée universelle qui s'était peu à peu imposée au monde et qui était considérée comme ouvrant un nouvel âge d'or à l'aube du XXIème siècle. Cette doctrine a constitué le credo indiscuté de toutes les grandes organisations internationales ces deux dernières décennies. Toutes ces certitudes ont fini par être balayées par la crise profonde qui s'est développée à partir de 1997 dans l'Asie du Sud-Est, puis dans l'Amérique latine, pour culminer en Russie en août 1998, et mettre en cause les établissements bancaires et les bourses américaines et européennes en septembre 1998.

Deux facteurs majeurs ont joué un rôle décisif dans cette crise mondiale d'une ampleur sans précédent après la crise de 1929 : l'instabilité potentielle du système financier et monétaire mondial et la mondialisation de l'économie à la fois sur le plan monétaire et sur le plan réel. Ce qui doit arriver arrive : l'économie mondiale, qui était dépourvue de tout système réel de régulation et qui s'était développée dans un cadre anarchique, ne pouvait qu'aboutir tôt ou tard à des difficultés majeures. La nouvelle doctrine s'est effondrée, et elle ne pouvait que s'effondrer. L'évidence des faits l'a emporté finalement sur les incantations doctrinales.

L'hostilité dominante aujourd'hui contre toute forme de protectionnisme se fonde sur une interprétation erronée des causes fondamentales de la Grande Dépression. En fait, la Grande Dépression de 1929-1934, qui à partir des Etats-Unis s'est étendue au monde entier, a eu une origine purement monétaire et elle a résulté de la structure et des excès du mécanisme du crédit. Le protectionnisme en chaîne des années trente n'a été qu'une conséquence et non une cause de la Grande Dépression. Il n'a constitué partout que des tentatives des économies nationales pour se protéger des conséquences déstabilisatrices de la Grande Dépression.

Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu'il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu'une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel, politique et éthique qui en assure la stabilité et la régulation. Comme l'économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation, qu'elle se développe dans un cadre anarchique, qu'elle ne tient aucun compte des coûts externes de toutes sortes qu'elle génère, l'ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures, sinon insurmontables.

Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification majeure et sa nécessité, c'est la protection indispensable contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l'absence de toute véritable régulation à l'échelle mondiale. En réalité, le choix réel n'est pas entre l'absence de toute protection et un protectionnisme isolant totalement chaque économie nationale de l'extérieur. Il est dans la recherche d'un système qui puisse permettre à chaque économie régionale de bénéficier d'une concurrence effective et des avantages de nombreux échanges avec l'extérieur, mais qui puisse également la protéger contre tous les désordres et les dysfonctionnements qui caractérisent chaque jour l'économie mondiale.

Incontestablement, la politique de libre-échange mondialiste que met en œuvre l'Union Européenne est la cause majeure, de loin la plus importante, du sous-emploi massif d'aujourd'hui qui s'y constate. Pour y remédier, la construction européenne doit se fonder sur une préférence communautaire, condition véritable de l'expansion, de l'emploi et de la prospérité. Ce principe a d'ailleurs une validité universelle pour tous les pays ou groupes de pays. Pour toute économie régionale, un objectif raisonnable serait que, par des mesures appropriées et pour chaque produit ou groupe de produits, un pourcentage minimal de la consommation communautaire soit assuré par la production communautaire, à l'exclusion de toute délocalisation. La valeur moyenne de ce pourcentage pourrait être de l'ordre de 80 %. C'est là, au regard de la situation actuelle, une disposition fondamentalement libérale qui permettrait un fonctionnement efficace de toute économie communautaire à l'abri de tous les désordres extérieurs tout en assurant des liens étendus et avantageux avec tous les pays tiers. C'est là une condition majeure du développement des pays développés, mais c'est là surtout une condition majeure du développement des pays sous-développés.

L'ouverture à tous vents de l'économie européenne dans un cadre mondial fondamentalement instable, perverti par des disparités considérables de salaires aux cours des changes, par le système des taux de change flottants et par l'absence de toute préoccupation sociale et éthique, est la cause essentielle de la crise profonde qui ne cesse de s'aggraver. Les faits, tout comme la théorie, permettent d'affirmer que si la présente politique mondialiste de l'Union Européenne est poursuivie, elle ne pourra qu'échouer. La crise d'aujourd'hui, c'est avant tout une crise de l'intelligence. La situation présente ne peut durer. Il est dérisoire de ne remédier qu'aux effets : c'est aux causes qu'il faut s'attaquer.

Sans aucune contestation possible, la question majeure d'aujourd'hui est celle du sous-emploi qui, depuis des années, a dépassé un seuil insupportable et intolérable, dont les causes fondamentales restent plus ou moins volontairement occultées, sinon méconnues, et qui mène inéluctablement à une explosion sociale mettant en cause la survie même de notre société. En dernière analyse, dans le cadre d'une société libérale et humaniste, c'est l'homme et non l'Etat qui constitue l'objectif final et la préoccupation essentielle. C'est à cet objectif que tout doit être subordonné. Une société libérale et humaniste ne saurait s'identifier à une société laxiste, laissez-fairiste, pervertie, manipulée, ou aveugle.

Quant à la construction de l'Europe, il n'est pas conforme aux idéaux du libéralisme et de l'humanisme de substituer aux besoins des citoyens tels qu'ils les ressentent eux-mêmes, suivant leur propre échelle de valeur, "leurs prétendus besoins" appréciés par d'autres, hommes politiques, technocrates ou dirigeants économiques, quels qu'ils puissent être. En réalité, l'économie mondialiste, qu'on nous présente comme une panacée, ne connaît qu'un seul critère : "l'argent". Elle n'a qu'un seul culte : "l'argent". Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire par elle-même. Le passé ne nous offre que trop d'exemples de sociétés qui se sont effondrées pour n'avoir su ni concevoir, ni réaliser les conditions de leur survie. Les perversions du socialisme ont entraîné l'effondrement des sociétés de l'Est. Mais les perversions laissez-fairistes d'un prétendu libéralisme nous mènent à l'effondrement de notre société