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mercredi 12 septembre 2012

Casse-toi, pov' Libération

Le quotidien fondé par Sartre s'en prend violemment à Bernard Arnault, coupable de demander une autre nationalité… et oublie que son bien aimé proprio a fait de même.


Adoncques : le multimilliardaire Bernard Arnault vient de dire son intention de demander la nationalité belge – tout en précisant que ce n’était pas du tout à la fin de se soustraire au fisc français, voyons, mais bien plutôt pour d’autres raisons, qui restent pour l’instant un peu imprécises.

Ce qu’apprenant : les responsables du quotidien Libération, où cette impertinence n’a (certes) pas toujours été si nette (puisque c’est l’un des lieux où s’est depuis trente ans forgée la menterie que « le capitalisme » était « l’avenir de la gauche », et de l’humanité toute entière), suggèrent ce matin à ce « riche con » de se « casser » - prends ça dans tes dents, ploutocrate.


Par cette folle hardiesse, les responsables du quotidien Libération montrent qu’ils ont du moins l’échine flexible – et, plus précisément, que les mêmes causes, envisagées par eux, ne produisent pas nécessairement les mêmes effets.


Il y a deux ans, par exemple : le multimillionnaire Edouard de Rotschild, propriétaire du quotidien Libération, avait quant à lui demandé la nationalité israélienne - qui peut elle aussi procurer un certain nombre de stimulants « avantages fiscaux », dont l’Institut français de Tel-Aviv a récemment fait une liste précise.
Et il avait assuré qu’il n’ambitionnait nullement, par cette demande, de se soustraire à trop de rigueurs contributives :  son unique objectif, avait-t-il expliqué, était de pouvoir intégrer l’équipe israélienne d’équitation, aux Jeux olympiques de Londres.

Une abstention de Libération

Le quotidien Libération s’était alors abstenu de moquer cette initiative – et n’avait pas du tout réclamé que son proprio se casse, bon vent, et bon débarras : c’eût été malpoli.

Deux ans plus tard, force est de constater qu’Édouard de Rotschild n’a pas du tout participé aux JO de Londres – et que Bernard Arnault est un peu nigaud : s’il avait justifié son passage de la frontière franco-belge par une furieuse envie d’intégrer l’équipe bruxelloise de hockey subaquatique, il se serait probablement épargné de se faire traiter de « con » par de sélectifs indignés.

Source: Backchich

mercredi 14 mars 2012

La supercherie de l’Ifop

mardi 13 mars 2012
L’Observatoire des sondages attendait le push poll qui, pour sauver la mise de Nicolas Sarkozy, le ferait passer en tête des intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle. Les signes n’avaient pas manqué avec des présentations tronquées qui le montraient se rapprochant, en gardant un silence pudique sur un deuxième tour où il était battu (cf. Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité : une manipulation avouée). Exactement comme si les sondeurs n’avaient pas posé de question sur ce deuxième tour. Le push poll vient d’arriver (Ifop-Fiducial-Europe 1-Paris-Match-Public Sénat, 12 mars 2012). Le mardi 13 mars 2012, toute la presse française titre sur le sondage qui annonce que Nicolas Sarkozy est passé devant François Hollande. Effet d’annonce réussi. Commencé dès le jour du meeting de Villepinte, un sondage Ifop donne respectivement 28,5 % à Nicolas Sarkozy et 28 % à François Hollande. Il faudrait une sacrée mauvaise foi pour relever la coïncidence entre ce résultat et le meeting. L’opération était évidemment programmée. Le commentateur de l’Ifop peut parler « d’effet Villepinte » (Frédéric Dabi), en dépit de toute norme d’analyse pour un sondage effectué le jour même et sachant que des événements ne produisent pas d’effets instantanément.
Personne n’a relevé non plus que l’auteur du push poll n’était autre que l’Ifop, devenu, après l’Opiniongate et les problèmes d’Opinionway, trop « repéré », le fournisseur patenté de l’Elysée. On se gardera d’oublier que sa propriétaire Laurence Parisot est présidente du Medef. Que les sondages soient devenus le principal moyen des coups bas de campagne électorale, on ne l’apprend pas aujourd’hui même si cette campagne dépasse largement les précédentes. Si on se demandait benoîtement pourquoi l’Elysée s’est obstinément opposé à la réforme des sondages, on a la réponse. On aurait cependant aimé plus de vigilance méthodologique de la presse française. Il est vrai qu’un peu de suspense est si bon. Qui a été sensible à la fiche technique du sondage ? Or, le sondage a été effectué par téléphone et en ligne les 11 et 12 mars 2012 [1]. Cette méthode mixte est un bricolage qui se prête à toutes les manipulations. Sous le sceau du « secret industriel » d’un sondeur qui fait silence sur ses procédés, il s’agit donc de mêler sondés questionnés par téléphone et internautes volontaires. La mention de la méthode des quotas sur un échantillon spontané est une supercherie. Quelle est la composition sociale et politique du panel de l’Ifop ? Quelle était la rémunération des internautes ? Peu importe ici les chiffres. Qu’en dire d’ailleurs ? Aucun spécialiste sérieux ne succomberait au piège qui consisterait à les prendre au sérieux. Il s’agit ici de relever seulement les procédés déloyaux qui s’immiscent dans la lutte politique. Si on doutait que les sondages dévoyaient la démocratie, on n’a aujourd’hui que l’embarras du choix des évidences.


Source: L'Observatoire des sondages

mercredi 22 février 2012

Sarkozy détourné de son image

Le 19 février 2012

Sitôt publiée, l'affiche de campagne de Nicolas Sarkozy a été détournée. André Gunthert, chercheur sur l'image et le langage, maître de conférence à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), met des mots sur ces opérations de détournement.

Selon la formule célèbre du livre Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, de Karl Marx, les grands événements historiques se répètent, “la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.” Cette fois, c’est sûr, on est dans la farce.
Telle était du moins l’impression que produisait l’accueil de l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy aux prochaines présidentielles sur les réseaux sociaux. Pendant qu’une grande partie de la presse s’efforçait de nous convaincre que les choses sérieuses allaient enfin commencer, les outils de l’appropriation s’emparaient du slogan et de l’affiche de campagne pour une série de détournements dévastateurs.
Un slogan giscardien, une affiche mitterrandienne: les communicants sarkozystes ne brillent pas par leur imagination. La seule tentative qui sortait de la routine était celle de décliner la métaphore du capitaine courage, utilisée par le candidat lors de son allocution télévisée. Mais l’option du fond marin pour habiller l’image était un choix risqué1, véritable appel du pied aux blagues et au second degré après l’échouage du Costa Concordia ou la proximité de la sortie du film La mer à boire.

Ça n’a pas raté. Avec une réactivité significative, les premiers détournements mettaient en scène Sarkozy en capitaine naufrageur (voir ci-dessus), suivis de près par le baigneur naturiste du catalogue La Redoute.
A l’époque mitterrandienne, la présence d’un fond uni ou d’un emplacement vide était un choix visuel sans risque particulier. A l’ère du mème et de la retouche, c’est une provocation à la satire. La simplicité graphique de l’affiche La France forte, composée de 3 éléments nettement distincts – le personnage, le slogan et le fond – se prête admirablement à l’appropriation. Constatant le succès du mème, le mouvement des Jeunes socialistes proposait dès le milieu de la matinée un générateur automatique permettant de modifier le slogan ou d’appliquer diverses variations à l’image.

Outre “la France morte”, on a pu noter le succès récurrent de l’adaptation culinaire du slogan, remixé en “Francfort”, allusion à l’empreinte du modèle germanique qui hante la candidature Sarkozy (voir ci-dessus).
Que le net s’empare d’un contenu politique et le détourne, quoi de plus normal ? Mais on n’a pas constaté pareille explosion satirique à l’endroit de François Hollande, dont la campagne, si elle peine à soulever l’enthousiasme, ne provoque pas non plus d’opposition massive. La rage mordante de la caricature s’adresse bien au président sortant, dont le moindre discours paraît définitivement inaudible, menacé par l’inversion et la raillerie. Révélateur de l’exaspération qu’il suscite, le sarcasme le plus cruel a consisté à mimer l’effacement du candidat sur sa propre affiche, jusqu’à la disparition (voir plus haut).
L’écart est frappant entre cet accueil et le sérieux avec lequel la plupart des grands médias continuent de considérer une campagne menacée par le naufrage avant même d’avoir commencé. Qui, à part Alain Duhamel, croit encore que Sarkozy est capable de rééditer Marengo et de l’emporter in extremis par un retournement inouï ? Mais le storytelling d’un combat gagné d’avance ne fait pas les affaires de la presse, qui attend depuis des mois le pain béni de la présidentielle, et qui fera tout pour donner à des chamailleries de cour de récréation les couleurs d’affrontements homériques.
Pendant ce temps, la France ricane, et s’amuse plus sur Facebook que dans les mornes sujets du JT. Une divergence de perception qui rappelle le traitement de l’affaire DSK – et n’annonce rien de bon pour la suite…


Cet article, que nous rééditons ici, a été initialement publié sur Culture Visuelle

dimanche 5 février 2012

En finir avec le CSA ! Pour un Conseil national des médias… de tous les médias

par Henri Maler, le 6 février 2012
Nous ne sommes pas aveugles : nous savons bien que la question des médias, par temps de crise économique et sociale ravageuse, ne constitue pas une préoccupation prioritaire. Mais notre rôle, du moins tel que nous le comprenons, est d’éviter que la question de l’appropriation démocratique des médias ne figure plus du tout dans le débat public, notamment à l’occasion des prochaines échéances électorales. Toutes nos propositions, réunies dans une même rubrique, sont discutables et discutées au sein d’Acrimed qui, sans attendre, les met publiquement en débat.

L’article ci-dessous, publié dans Médiacritique(s) n°2 (janvier 2012), reprend et précise un article publié le 15 avril 2006 qui figure désormais en annexe (Acrimed)

Pour un Conseil national des médias… de tous les médias
Parmi les conditions de leur appropriation démocratique (et donc de l’existence d’un service public de l’information et de la culture) figure la nécessité d’une refonte des institutions publiques en charge de la question des médias. Cette refonte, telle que nous l’avions proposée dès 2006, est d’autant plus indispensable que la révolution numérique a bouleversé le paysage médiatique. Les échéances électorales de 2012 n’ont guère suscité de projets en ce sens : L’UMP n’a encore rien dit, sans doute parce qu’elle est satisfaite, et le Parti socialiste se borne à envisager quelques mesures cosmétiques [2]. Pourtant quelques mesures radicales s’imposent, à commencer par la suppression et le remplacement de l’actuel Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

* * *
Inféodé au pouvoir politique et assujetti aux entreprises médiatiques, le CSA est un organisme-fantoche et un organisme-croupion : un simple relais du pouvoir exécutif, cantonné à la régulation de l’audiovisuel dans une définition désormais archaïque. À l’heure d’Internet, de la révolution numérique, de la multiplication des supports et du multimédia, toutes les composantes de l’espace médiatique sont plus que jamais solidaires. C’est pourquoi un Conseil national des médias, entièrement redéfini dans ses missions et sa composition, doit être institué.
Quelle composition ?
Un tel conseil des médias devrait être dégagé des formes de représentations politiques qui prévalent aujourd’hui et qui aboutissent au sein de l’actuel CSA à la prédominance absolue de l’exécutif et des majorités parlementaires qui décident de sa composition. Il devrait être composé d’élus, de professionnels des médias et de porte-voix des publics.
- Quel que soit le mode de scrutin retenu pour l’élection des Assemblées parlementaires et en particulier de l’Assemblée nationale, la représentation politique au sein du Conseil national des médias doit être une représentation strictement proportionnelle.
- Quelle que soit la part réservée aux chefs d’entreprises, privés ou publics, la majorité de la représentation professionnelle doit revenir aux principaux acteurs des médias : les journalistes et les salariés des médias, ainsi que leurs organisations syndicales ;
- Quelles que soient les modalités retenues de représentation des usagers, celle-ci doit être effective, même si le risque d’une faible représentativité n’est pas négligeable : leur rôle pourrait être, du moins dans un premier temps, consultatif.
En tout cas, de telles dispositions (notamment parce qu’elles distinguent la représentation politique et la représentation directe des usagers) pourraient n’être que provisoires : elles prendraient tout leur sens si tout ou partie des représentants aux Conseil des médias étaient élus à la proportionnelle, sur la base de projets et selon un mode de scrutin spécifiques.
De surcroît, une seule autorité publique indépendante devrait remplir ou coordonner les fonctions remplies aujourd’hui par diverses institutions cantonnées à tel domaine d’intervention et à tel type de médias. Par exemple, sous réserve des autres transformations souhaitables et sans préjuger de celles-ci :
- Les organismes d’évaluation de la diffusion et des audiences ne doivent pas être sous-traités à des organismes privés et/ou dépendants. Médiamétrie et l’OJD doivent être remplacés ou modifiés. Ils devraient être ou devenir des organismes publics ;
- L’ Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) [1] devrait remplir ses fonctions au sein du Conseil national ou sous son contrôle.
- L’Autorité de régulation des communications électronique et postales (ARCEP) devrait agir de concert avec le Conseil des médias, voire constituer avec lui une seule et même instance.
Quelles missions ?
Le Conseil des médias aurait pour principaux rôles, sous réserve de précisions sur la répartition entre les pouvoirs effectifs et les fonctions consultatives :
1. La définition des modalités de financement public des médias  : l’allocation des montants de la redevance audiovisuelle ; l’allocation des aides publiques à la presse ; l’allocation des ressources destinées aux médias associatifs. Seul un organisme réellement indépendant permettrait d’en finir avec l’arbitraire politique et l’opacité qui règnent sur ces allocations.
2. Le contrôle de la publicité  : la définition des normes des messages publicitaires ; l’établissement des règles relatives aux conditions de leur diffusion, et celles relatives à leur ampleur, de concert avec l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP qui devra être refondé. La place et le contenu de la publicité dans les médias ne relèvent pas des seuls spécialistes et professionnels de la publicité : ils doivent, pour le moins, faire l’objet d’un débat public.
3. La gestion des moyens publics de production et de diffusion : la répartition des canaux et des fréquences disponibles ; le contrôle de la gestion des moyens publics d’impression ; le contrôle de la transparence des organismes de diffusion de la presse ; la prise en charge des relations avec La Poste et les Télécommunications (dont il faut souhaiter les renationalisations)
4. Le contrôle des mesures d’audience et de diffusion : la redéfinition des organismes d’évaluation de la diffusion et des audiences ; la réévaluation de leurs critères et le développement des enquêtes qualitatives sur les usages des médias, dégagées des présupposés mercantiles de celles, trop rares, qui existent actuellement..
5. Le contrôle du pluralisme médiatique et de la législation sur les concentrations, en particulier par l’instauration d’un droit de saisine des juridictions compétentes en cas de transgression des dispositions législatives.
6. La protection de la liberté sur Internet et de sa neutralité et, en particulier, la mise en œuvre de dispositions qui protègent les droits d’auteur sans recourir à la répression aveugle et absurde qui est le lot de la loi Hadopi.
Dans le cadre de l’actuelle Constitution, c’est au parlement que revient le vote du budget alloué aux médias et des lois qui les concernent, tandis que le gouvernement – la Direction des Médias (DDM) et le Ministère des Finances en particulier – sont chargés de l’application des dispositions législatives. C’est beaucoup, c’est beaucoup trop, si leurs compétences ne sont pas strictement circonscrites et surtout si n’existe aucun contre-pouvoir. Dans ce but deux mesures complémentaires doivent être envisagées. D’abord, le rôle désormais rempli par les régions et le poids grandissant, actuel et à venir, des médias locaux rendent indispensable le transfert des compétences nécessaires à des Conseils régionaux des médias, indépendants des Conseils régionaux proprement dits. Ensuite et surtout, sur le plan national, le « Conseil national des médias », tel que nous l’avons défini, pourrait être constitution être inscrit dans la Constitution : la notion confuse de « quatrième pouvoir » recevrait ainsi un sens précis.
Henri Maler, pour Acrimed